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13 mars 2005 | Imprimer cette page

Moolaadé, film du réalisateur sénégalais Sembene Ousmane

par N. Wihlm

Dans son film, Sembene Ousmane dénonce l’excision, un rituel considéré comme un acte de purification pour certains, et un acte de barbarie pour d’autres.
« Moolaadé » a été récompensé par le prix « Un certain regard » au Festival de Cannes 2004 et par le « Prix spécial du jury » au Festival International de Marrakech en décembre 2004.

Actuellement, dans le monde, entre 100 et 130 millions de femmes et fillettes ont subi une mutilation sexuelle, et chaque année, deux millions de femmes et fillettes risquent d’être soumises à cette pratique.
En Afrique, cette pratique concerne 28 pays africains dont la prévalence de la pratique varie de 5% à 98%. En Asie, cette pratique concerne surtout la Malaisie, l’Indonésie et l’Inde. En Péninsule arabique, cette pratique concerne la quasi-totalité des Etats de cette région. En Occident, depuis une trentaine d’années, cette pratique concerne les pays d’accueil des populations africaines en raison des flux migratoires.

Les mutilations sexuelles féminines consistent en l’ablation, partielle ou totale, des organes génitaux externes de la femme ou la lésion des organes génitaux féminins, pratiquée pour des raisons culturelles ou religieuses ou pour toute autre raison non thérapeutique.

Les conséquences à court et à long terme des mutilations sexuelles féminines pour la santé varient selon le type et la gravité de la mutilation pratiquée, et peuvent entraîner la mort.
Les complications immédiates comprennent douleurs intenses, choc psychologique, hémorragie, septicémie, rétention d’urine, ulcération de la zone génitale et
lésions des tissus adjacents.
L’hémorragie reste une des causes les plus courantes de décès à la suite d’une mutilation. L’utilisation d’un même instrument, le plus souvent non stérilisé, peut accroître le risque de transmission du VIH/Sida. L’infibulation, forme sévère de mutilation, peut occasionner d’importantes cicatrices, des infections récurrentes de la vessie et des voies urinaires. Elle peut provoquer la stérilité, et accroît les risques de mortalité maternelle et infantile.
Surviennent aussi des problèmes psychologiques : traumatismes, frustration, dépression, frigidité, conflits conjugaux, névroses et psychoses.

Halte à la violence contre les femmes ! Les traditions et la religion se confondent pour perpétuer des mutilations qui se pratiquent depuis très longtemps. Ces mutilations contribuent à exercer un contrôle de la sexualité féminine qui s’inscrit dans un rapport de domination des hommes sur les femmes.

Au Sénégal, l’article 299 bis du Code pénal (27.02.1999) affirme que : " Sera puni d’un emprisonnement de six mois à cinq ans quiconque aura porté ou tenté de porter atteinte à l’intégrité de l’organe génital d’une personne de sexe féminin par ablation totale ou partielle d’un ou plusieurs de ses éléments, par infibulation, par insensibilisation ou
par tout autre moyen. La peine maximum sera appliquée lorsque ces mutilations sexuelles auront été réalisées ou favorisées par une personne relevant du corps médical ou paramédical. Lorsqu’elles auront entraîné la mort, la peine des travaux forcés à perpétuité sera toujours prononcée. Sera punie des mêmes peines toute personne qui aura, par des dons, des promesses, influences, menaces, intimidation, abus d’autorité ou de pouvoir, provoqué ces mutilations sexuelles ou donné les instructions pour les commettre ".

Pour en savoir plus sur le film MOOLAADÉ :
www.filmsduparadoxe.com/moolaade.html

Tout commence avec l’arrivée de quatre fillettes qui ont déserté la Purification (l’excision) et demandent la protection (Moolaadé), à une femme, la belle Collé Ardo.
Le film éclaire les conflits entre hommes et femmes, ancienne et nouvelle génération, entre tenants de deux valeurs ancestrales : la tradition de l’excision contre celle de l’asile.