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1er mars 2005 | Imprimer cette page

Développement local et usage des TIC

par El Ghassem Ould Ahmedou

A l’heure actuelle, parmi tous les moyens de communication envisageables, ce sont indubitablement
les TIC qui apparaissent comme l’investissement le plus réaliste parce que présentant le retour sur
investissement le plus rapide par rapport aux autres types d’infrastructures lourdes.

Nous partons des constats suivants :
- le manque d’infrastructures et l’illettrisme sont parmi les toutes premières causes d’entretien de la pauvreté ;

- l’accès à l’information pour se soigner, se nourrir,
communiquer avec ses pairs, développer ses propres projets, … apparaît alors comme un véritable
« ballon d’oxygène » pour les populations isolées.
- l’approvisionnement et la sécurité alimentaire, les
activités économiques locales souvent « informelles » constitue un véritable frein au développement
local et à la réduction de la pauvreté : pour elles, la seule solution est alors de se déplacer, induisant
ainsi perte de temps et dépenses excessives, autant d’entraves quotidiennes au développement local
A l’heure actuelle, parmi tous les moyens de communication envisageables, ce sont indubitablement
les TIC qui apparaissent comme l’investissement le plus réaliste parce que présentant le retour sur
investissement le plus rapide par rapport aux autres types d’infrastructures lourdes. Certes, Internet ne
remplacera jamais les routes qui font tant défaut mais des services Internet appropriés permettront de
mieux utiliser le peu de moyens de transport qui existent aujourd’hui ; ainsi, les TIC pourront
véritablement atténuer les effets néfastes du manque d’infrastructures de transport, mais aussi de santé,
d’éducation, de logistique d’approvisionnement, qui eux, pour être définitivement jugulés
nécessiteront que soient consentis des montants d’investissement considérables, à échelonner sur
plusieurs dizaines d’années, repoussant d’autant les chances de décollage rapides des régions isolées.
Sur le plan économique, les TIC contribueront à créer des circuits locaux de commercialisation plus
transparents, limitant ainsi les spéculations et les risques de pénurie artificielle, améliorant la
répartition des marges entre les différents maillons de la chaîne de la valeur de chaque filière, du
producteur au consommateur. Temps et argent ainsi économisés pourront être réinvestis dans de
nouvelles activités productives, contribuant à dynamiser l’économie locale, conduisant à la création
de nouveaux emplois, qui eux-mêmes justifieront davantage de moyens de communication … et ainsi
de suite, c’est le premier cercle vertueux.
Le second cercle vertueux est d’ordre social et politique où les TIC pourront être utilisées comme
outil de soutien à la mise en œuvre de programmes de santé dans lesquels les campagnes
d’information sont si importantes - le problème de la santé dans les pays en voie de développement ne
se résume pas à la cherté des médicaments : le traitement de la lèpre par exemple est aujourd’hui
gratuit, et pourtant, il y a encore plusieurs millions de lépreux de par le monde. Dans les domaines de
l’éducation, du fonctionnement de la société, l’outil Internet rendra possible une meilleure
communication locale entre pouvoirs publics et administrés, entre pouvoir central et autorités locales,
facilitera un fonctionnement plus transparent des institutions, rejoignant ainsi des objectifs de bonne
gouvernance. Ces progrès contribueront à limiter l’exode rural et de plus, par voie de conséquence, de
nouvelles personnes ressources se rendront ainsi opérationnelles pour participer au cercle vertueux
économique.
Reste le problème de financement des investissements correspondant à la mise en place sur le terrain
des moyens de communication nécessaires ; il y a lieu, là, de bien distinguer les 2 cercles vertueux en
fonction de leur finalité : le premier cercle vertueux sera alimenté par des investissements privés
puisqu’il s’agit de développer des services avec des objectifs de rentabilité économique et de retour
sur investissement financier. Le second cercle vertueux sera lui alimenté par des investissements
publics qui viseront à soutenir, par la mise en place de moyens de communication nouveaux,
l’amélioration des services de santé et d’éducation et de lutte contre la pauvreté, des services qui n’ont
pas vocation à dégager une rentabilité économique directe mais qui bénéficient au plus grand nombre
en contribuant très concrètement à l’amélioration leurs conditions de vie … et aussi à terme au
développement économique de la région et du pays.
De notre point de vue, la clé de la réussite pour la diffusion des TIC à grande échelle réside dans la
synergie et la complémentarité qui saura être trouvée entre ces deux types d’investissements, tel que,
par exemple, le financement conjoint, par des acteurs publics et privés, d’une infrastructure de
communication unique. Cette approche basée sur une mutualisation tout à la fois des investissements,
des objectifs complémentaires de développement, des risques inhérents et des bénéfices potentiels à
retirer par toutes les parties prenantes, constitue très certainement un atout déterminant pour la réussite
d’un modèle de développement basé sur les TIC.
Par ailleurs, ce modèle de développement explique comment l’accès à des services de proximité basés
sur les TIC peut contribuer à réduire les situations de pauvreté : satisfaction des besoins essentiels en
termes de santé, d’alimentation, d’éducation d’une part et soutien aux activités génératrices de revenus
d’autre part. Ainsi, la plupart des projets TIC seront éligibles dans le cadre de la mise en œuvre des
stratégies nationales de lutte contre la pauvreté en conformité avec les objectifs du millénium ; les
pays les plus pauvres bénéficiant de la remise conditionnelle de leur dette extérieure (initiative PPTE)pourront définir leur politique de diffusion des TIC en cohérence avec leur Document Stratégique de
Réduction de la Pauvreté (DSRP) et ainsi assurer tout ou partie du financement de leurs programmes
de déploiement.
Enfin, la promotion et la mise en œuvre de ce modèle pour être totalement bénéfiques devra s’appuyer
sur une solide dynamique d’appropriation par les acteurs locaux eux-mêmes et les populations
concernées ; il y aura lieu d’éviter ainsi certains écueils inhérents à la mise en place de tout modèle de
développement basé sur le progrès technique - des risques de rejet par les utilisateurs potentiels ou par
les autres acteurs de développement du secteur, une remise en cause des valeurs culturelles
traditionnelles, …
Des services de proximité basés sur un contenu d’information à forte valeur ajoutée locale, une
appropriation de la démarche de mise en œuvre par les principaux acteurs locaux constituent bien les
ressorts essentiels pour la pertinence de ce modèle nouveau de développement, qui se veut tout aussi
attractif pour les investisseurs que pour les bénéficiaires parmi les populations des pays en voie de
développement, condition de durabilité.

Source : Colloque Africanti 2003