Accueil : Le développement durable :

25 février 2005 | Imprimer cette page

Comprendre la disparition de la mousson africaine

par N. Wihlm

La sécheresse dans les pays du Sahel, en Afrique de l’Ouest, est l’exemple le plus édifiant des ravages que peut provoquer le réchauffement climatique.

La raréfaction de la mousson africaine a modifié les paysages, rétréci considérablement le lac Tchad, tari certaines années le fleuve Niger à Niamey (Mali) et craquelé les sols.
En fragilisant l’agriculture et la société rurale, elle a créé des migrations qui ont gonflé les flux vers le Nord ou pu contribuer à la déstabilisation politique de pays comme la Côte d’Ivoire.
Au-delà de la menace permanente de famine, elle a renforcé certaines épidémies meurtrières facilitées par la vigueur de l’harmattan, le vent du nord chargé de poussières qui ne se heurte plus au barrage des orages d’été.

L’Afrique de l’Ouest est confrontée à la sécheresse chronique depuis le début des années 1970, mais aujourd’hui, "on parle beaucoup plus des risques, indéniables, qui pèsent sur la forêt amazonienne que des dégâts au Sahel", regrette Jean-Luc Redelsperger, directeur de recherche au Groupe d’étude de
l’atmosphère météorologique (CNRS, Météo-France), et responsable du programme scientifique de l’Analyse multidisciplinaire de la mousson africaine (AMMA). Plus de 60 laboratoires européens, africains et américains participent à ce projet dont l’objectif est de mieux prévoir ces pluies cycliques qui ne bénéficient pas de la notoriété de leurs sœurs d’Asie.

Lorsque tout fonctionne correctement, la mousson africaine se forme au mois de juin et dure jusqu’à septembre. Le continent, surchauffé, aspire les masses d’air qui se sont chargées d’humidité au-dessus du
golfe de Guinée. Les systèmes orageux traversent les pays côtiers pour se déverser, en juillet et août, au-dessus du Tchad, du Niger, du Mali ou de la Mauritanie, aux lisières du Sahara. Pour les végétaux du Sahel, ces précipitations sont d’autant plus cruciales que plus une goutte ne tombera durant le reste de l’année.

Les scientifiques ont une idée assez précise de ce qui dérègle ce mécanisme depuis plus de trente ans, même si certaines années demeurent pluvieuses.
- Il y a d’abord le réchauffement très net des eaux du golfe de Guinée, lié au mouvement plus global qui frappe la planète. Le contraste de température avec le continent a ainsi tendance à s’estomper l’été et à amoindrir les flux vers les terres.
- L’autre cause est la déforestation qui sévit depuis plusieurs décennies dans certains pays de la côte. "En Côte d’Ivoire, par exemple, cela a pris des proportions impressionnantes, explique M. Redelsperger. Or la forêt est une immense réserve d’eau qui contribue fortement à humidifier et à réchauffer les masses d’air". Son recul affaiblit encore la mousson et boucle un cercle vicieux (moins de pluie, donc moins de forêt) qui ne fait qu’accélérer le mouvement général.

En mobilisant des experts de toutes disciplines - météorologie, agronomie, médecine, hydrologie, socio-économie, etc. - AMMA va tenter de mieux comprendre ces fluctuations, dans une zone cruciale pour l’équilibre climatique de la planète.

Jérôme Fenoglio
© Le Monde
Article paru dans l’édition du 20.02.05

Pour en savoir plus : le site internet d’AMMA.


Comprendre et Agir

Le cloisonnement des approches nationales d’adaptation réduit les opportunités de réaliser des économies d’échelle, alors que beaucoup des ressources en eau douce de la région sont transfrontalières.

Il est donc urgent de sensibiliser les décideurs ouest-africains sur l’ampleur des défis climatiques auxquels la région fait face, afin d’échanger les expériences et d’élaborer une stratégie régionale, dans une approche écosystème de la gestion des ressources en eau et des zones humides continentales et côtières.