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4 janvier 2006 | Imprimer cette page

VIH SIDA : témoignages sans tabous ni détours

par N. Wihlm

Les reportages des journalistes de l’agence Syfia International racontent ce que vivent les femmes et les hommes séropositifs en Afrique. Derrière les témoignages, ce sont toutes les difficultés de la prévention et de la lutte contre le VIH SIDA qui apparaissent.

Un exemple parmi d’autres, celui de Vero à Madagascar : mère d’un petit garçon de 4 ans, elle se retrouve à 18 ans terrassée par la maladie et refuse de savoir si elle a ou non le sida.

Vero ne pèse plus que trente kilos. « Je crois que tous mes maux viennent de coups que j’ai reçus en bas du dos », explique-t-elle. « La fièvre me harcelait depuis un an. Un liquide gluant et nauséabond s’écoulait de mon sexe. Je maigris de jour en jour. Le paludisme m’a cloué au lit. Un guérisseur a stoppé les écoulements mais, à peine finis, j’ai attrapé une forte toux. Je me résigne à l’idée qu’après le paludisme, c’est la tuberculose qui se présente en moi. » A aucun moment, l’idée d’avoir contracté une maladie sexuellement transmissible (MST) n’a effleuré la jeune femme.

Regardée comme une beauté dans son village à 200 km de la capitale, Vero a eu un enfant avec un homme de passage à l’âge de 14 ans. Aujourd’hui elle tient à peine sur ses jambes, et la rumeur court dans le village : « Vero serait atteinte du sida ».
Issue d’une famille pauvre, elle a quitté l’école sachant à peine manier le stylo. « Ma mère a été abandonnée par mon père avec cinq enfants. Je suis la troisième. Pour aider maman, j’allais chercher de l’eau à la source pour six familles », raconte-t-elle. Toute jeune, elle a rêvé d’une vie meilleure avec un de ces camionneurs qui passent si souvent. Et pour son malheur, il n’a pas tardé à venir. Dès le troisième mois de son fils, elle le laisse à sa mère pour suivre son premier camionneur qui faisait des allers-et retours entre Tana et Tsiroanimandidy (chef-lieu de la préfecture). « Mais je faisais toujours halte dans mon village pour remettre de l’argent à ma mère », s’empresse-t-elle de préciser.
Quelque temps après, elle trouve une place de femme de ménage dans une maison de Tsiroanimandidy. Surprise par la cuisinière en train de voler un morceau de viande, celle-ci la frappe violemment au bas du dos avec une louche en fonte. « Tombée malade, je suis rentrée chez ma mère pour me soigner par des séances de massage », raconte Vero. Et la « belle » vie avec les chauffeurs continue. La pauvreté et l’ignorance ont poussé Vero à prendre des risques pour sa santé. Elle ne sait pas qu’elle peut attraper la maladie en changeant de partenaire sans préservatif. « Tant que je ne me prostitue pas, le sida n’est pas en moi ! », assure-t-elle. Elle ne se considère pas comme une prostituée même si les hommes avec qui elle sort pendant une période plus ou moins longue l’aident financièrement.

En janvier dernier, Vero est revenue dans son village, affaiblie et malade. Une de ses amies l’a accompagnée chez un médecin qui a diagnostiqué une syphilis à un stade très avancé. Il lui a recommandé de faire un test de dépistage du sida mais il faudrait pour cela qu’elle monte à la capitale. Elle ne l’a pas fait d’autant qu’elle refuse l’idée d’être séropositive. Elle ne manifeste aucune angoisse. Son rêve : voir son fils grandir...

L’histoire de Vero illustre le manque d’informations des ruraux de la Grande île en matière de MST. Ils se retrouvent ici à égalité avec les travailleurs du sexe en matière de contamination par le sida.

D’autres témoignages rassemblés dans un livre édité par Syfia International :
Sida, la sale infection qui décourage l’Afrique.
© Syfia international