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23 janvier 2005 | Imprimer cette page

La Conquête de Titan par Huygens : quelques précisions

par El Ghassem Ould Ahmedou

Protégée par un bouclier thermique ablatif dont les tuiles s’érodent en dissipant la chaleur - la température du plasma peut atteindre 12 000 °C -, la sonde a pénétré dans les couches de la haute atmosphère de Titan à une vitesse de 6 km/s (plus de 20 000 km/h). Trois parachutes se sont déployés successivement

- quelques indications sur la mission spatiale d’Huygens

La sonde européenne Huygen vient de réaliser
l’une des plus ambitieuses et des plus coûteuses missions de l’espace(2,49 milliards d’euros dont 500 millions d’euros à la charge de l’Europe) jamais lancées, s’est déroulée à la perfection. Le 1er juillet 2004, après un voyage au long cours de sept ans et de 3,5 milliards de kilomètres, l’orbiteur Cassini - un monstre de technologie bardé de 12 instruments scientifiques - est entré dans l’orbite de Saturne (Le Monde du 2 juillet). D’ici à 2008, le vaisseau doit effectuer 76 orbites complètes autour de la géante aux anneaux. Celle-ci passionne les astrophysiciens, qui voient en elle un "modèle réduit" du disque de gaz et de poussières qui entourait le Soleil primitif et dont sont issues, voilà quelque 4,5 milliards d’années, les planètes du système solaire.

- Pour une durée de 140 minutes

La seconde partie de la mission, pilotée par les Européens, est en effet la pénétration de cette petite sonde de 2,7 m de diamètre et de 350 kg dans l’épaisse atmosphère orangée de Titan, la plus grosse (5 150 km de diamètre) des lunes de Saturne.

Cet exercice de haute voltige a en fait débuté le 25 décembre 2004. Dans la nuit de Noël, Huygens s’est détachée de Cassini, avec lequel elle avait voyagé depuis la Terre, pour mettre le cap sur Titan. Quatre jours avant cette séparation, un système de minuterie a été déclenché, qui doit "réveiller" la sonde - placée en mode dormant pendant les vingt jours de son trajet d’approche afin d’économiser ses batteries - à son arrivée aux abords de son objectif, vendredi 14 janvier 2005.

Alors a débuté, à 10 h 6 (heure de Paris), une fulgurante plongée dans l’inconnu, aussi périlleuse que brève. Huygens n’a parcouru un si long chemin que pour une courte mission de cent quarante minutes : le temps de traverser la dense atmosphère entourant Titan et d’engranger le maximum d’informations sur sa composition.

Protégée par un bouclier thermique ablatif dont les tuiles s’érodent en dissipant la chaleur - la température du plasma peut atteindre 12 000 °C -, la sonde a pénétré dans les couches de la haute atmosphère de Titan à une vitesse de 6 km/s (plus de 20 000 km/h). Trois parachutes se sont déployés successivement. Un petit d’abord, de 2,6 m de diamètre, pour stabiliser l’engin. Un plus grand ensuite, de 8,3 m de diamètre, pour freiner sa course. Un petit à nouveau enfin, de 3 m de diamètre, pour accélérer sa chute. A l’inverse de la méthode utilisée d’ordinaire pour les atterrisseurs, que l’on s’efforce de ralentir pour éviter qu’ils ne s’écrasent au sol - c’est ainsi que la NASA a procédé avec les robots martiens Spirit et Opportunity -, il s’agit au contraire, ici, de hâter le mouvement. Les batteries d’Huygens ne lui assurent en effet qu’une durée de vie limitée. En outre, l’orbiteur Cassini, qui réceptionnera les données, ne restera visible au-dessus de l’horizon que pendant un peu plus de deux heures.

Durant cette descente incandescente vers la surface glacée de Titan, où la température avoisine - 180 °C, la sonde multipliera les mesures et les observations. Elle dispose à cet effet de cinq instruments sophistiqués, dédiés à des tâches complémentaires : collecte d’aérosols à différentes altitudes ; analyse chimique de l’atmosphère et des aérosols ; mesure des températures et des pressions et détection d’éventuels orages cosmiques ; détermination du profil des vents ; imagerie et spectrométrie.

Source : Le Monde, 14/01/2005