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30 décembre 2004 | Imprimer cette page

Evolution de l’Internet dans les pays en développement

par El Ghassem Ould Ahmedou

En Afrique et en Amérique Latine l’apparition de l’internet remonte à 1990.
Sous l’impulsion d’organismes internationaux comme UUCP, ORSTOM,etc, une telle évolution a fini par devenir de nos jours fulgurante sans pour autant mettre les limites nécessaires à une dépendance évidente en la matière à l’égard des pays du Nord...


L’Amérique latine a été le premier "continent du Sud" a être relié. Les grandes universités de Sao Paolo et Rio de Janeiro étaient dans le réseau Bitnet dès la fin des années 1990. Mais c’est la technologie UUCP portée
par des ONG qui a initié le plus grand nombre de pays au "courrierélectronique".

Les principaux acteurs ont été l’APC (Alliance for
Progressive Communication, http://www.acp.org) en Amérique latine etl’ORSTOM (devenue IRD, Institut de recherche pour le développement) avec le projet RIO en Afrique.

En Afrique francophone, l’aventure de l’Internet a commencé à Dakar, en 1989 avec l’installation d’un serveur Sun Microsystemes au Centre de Recherche océanographique. L’ORSTOM avait décidé d’associer ses partenaires africains à la construction des "réseaux de la recherche", l’acronyme Internet n’était pas encore en vogue. Ce réseau baptisé "RIOnet" s’est très rapidement étendu aux autres pays francophones. En 1993, il reliait une centaine d’établissements dans les pays suivants :
Sénégal, Mali, Niger, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Cameroun, Congo, Madagascar, Guinée-Conakry.
A partir de 1992, le projet RIO de l’ORSTOM veut accélérer la prise en main du réseau par les établissements et structures africaines. Il
encourage la création de centres d’enregistrement des noms de domaine,les Network Information Center (NIC) afin de créer les bases des domaines nationaux.

Parallèlement, en 1994, l’AUPELF (Association des universités partiellement ou totalement de langue française) lance le projet REFER (Réseau Francophone de l’Education et de la Recherche) afin de développer les contenus francophones. En cinq ans, REFER aura permis
le développement d’une centaine de sites Web africains.

Dès 1996, avec l’Initiative Leland de l’USAID, l’Internet va sortir du cadre universitaire. Ce programme de la Coopération américaine propose
à certains pays africains (une vingtaine)l’installation de liaisons spécialisées à haut débit (64 à 128 Kbs) entre l’Internet américain et l’opérateur national de télécommunications. Il inclut l’installation des
infrastructures et la formation de quelques techniciens. En échange l’USAID exige que le pays s’engage dans une politique de libéralisation
du marché des télécommunications (déclaration du chef de la délégation américaine à la conférence du G7 "Information Society and dévelopment" en mai 1996 à Midrand, Afrique du Sud).

Les pays en développement sont donc loin d’être totalement à l’écart du phénomène Internet. Tous ou presque sont connectés. Cependant ces liaisons ont des débits limités (128 Kbs à 256 Kbs) pour la plupart des
pays d’Afrique francophone en 1998. Les centraux téléphoniques sont
souvent vétustes et imposent généralement de limiter la vitesse du
modem à 9 600 bps. L’Internet est trop souvent cantonné aux capitales et
dans le meilleur des cas à 2 ou 3 grandes villes, il est cher, 2 à 10 fois
plus qu’en Europe tandis que les revenus sont plus de 20 fois inférieurs.
La situation est donc très différente au Sud et au Nord. Mais l’Internet est
là, même timidement, il est disponible. Il peut, sans aucun doute, rendre
de plus grands services qu’au Nord. Dans la plupart des pays du Sud,
l’information est rare voire inexistante. Il s’agit d’abord de l’information
scientifique et technique, indispensable à l’enseignement supérieur, à la
formation des cadres et de l’information commerciale nécessaire au
développement.

Cependant Internet a tendance à introduire de nouvelles dépendances. Les
ordinateurs et les technologies de télécommunication sont importés. Les
méthodes et les services proposés ont été développés pour d’autres
cultures, ils demandent des adaptations qui peuvent s’avérer coûteuses.
Les compétences techniques manquent, les sociétés fondamentalement rurales des pays du Sud peinent à s’approprier les nouveaux outils informatiques.
Définir une stratégie, fondée sur des objectifs de développement, acquérir l’expertise indispensable à la maîtrise des nouvelles technologies, définir
un cadre législatif et réglementaire approprié, voilà les nouveaux défis que la "révolution informationnelle" lance aux pays en développement. Il est de la responsabilité des organisations internationales et des agences de coopération de les aider à y faire face.

(Source : Pascal Renaud, in Enjeux des Technologie de la Communication en Afrique, Editions Karthala, 2000)