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19 décembre 2004 | Imprimer cette page

Internet, une unité de mesure pour évaluer le développement durable ?

par El Ghassem Ould Ahmedou

Il existe une relation entre le déploiement de l’Internet dans les
différents pays du monde et le niveau de développement de ces pays :
l’étude des statistiques concernant la taille du réseau dans chaque pays permet de mettre en évidence certains facteurs qui favorisent ou freinent la progression de l’Internet .
Une corrélation apparaît entre le nombre de sites Internet dans un pays et son niveau de développement, analogue à celle que montre la classique courbe de Gipp entre le nombre de lignes téléphoniques principales et le niveau de développement.

L’impact du déploiement de l’Internet sur la croissance globale est encore difficile à mesurer. Les raisons pour lesquelles l’Internet se répand plus
ou moins dans les différentes régions et pays du monde sont d’autant plus
difficiles à appréhender que les données statistiques sont souvent difficiles à interpréter .
La cartographie mondiale de la pénétration de l’Internet dans les différents
pays du monde et de son évolution dans le temps met en
évidence des principaux freins et accélérateurs de cette
évolution.
On peut analyser le développement du "phénomène Internet" selon deux
points de vue :
- Un point de vue interne, celui de l’infrastructure technique
en termes de nombre, de taille, de puissance des équipements ;
ou en termes d’analyse des paramètres du trafic : flux, temps de réponse, fiabilité…
- Un point de vue externe, celui de l’utilisation et des changements
provoqués dans un "milieu humain" donné, par la présence et l’utilisation
de ce système technique : évolution des usages et pratiques, influence sur
l’économie, la culture...
une approche par l’équipement
L’approche interne est sous-tendue par l’analyse des statistiques de répartition mondiale des ressources de l’Internet.
Les statistiques publiées chaque semestre par "Network Wizard"2 fournissent le nombre de sites Internet par domaine d’adressage. Ces statistiques sont régulières,publiques et la méthode pour les obtenir est clairement exposée.
Même si ce recensement du nombre de sites par domaine donne des indications utiles, il présente néanmoins des insuffisances liées à la non prise en compte des Intranets, à une discontinuité dans la méthode utilisée
et surtout à la progression des noms de domaines non géographiques.
En effet, jusqu’en 1996, la plupart des sites hors des Etats-Unis relevaient d’un nom de domaine géographique à deux lettres .xx, tel que .fr pour la France.
Seuls les Etats-Unis utilisaient une forte proportion de noms de domaines à 3 lettres .com, .net, .gouv… Depuis, un nombre croissant d’organisations, cherchant à dissocier leur image de celle de leur pays d’origine choisit un nom de domaine non-géographique, si bien que le nombre de sites échappant aux études basées sur les noms de domaine
géographiques s’accroît rapidement : 60 % des nouveaux domaines ouverts entre janvier 1997 et janvier 1998 ont un nom de domaine non géographique et le nouveau système de nommage des domaines
accélèrera cette tendance ; en janvier 1998, 47 % des sites recensés par
Network Wizards sont dans l’un des domaines .com, .net ou .org, contre
36 % en janvier 1997. Les statistiques concernant les domaines
géographiques permettent toutefois de déceler des tendances significatives
(hors les Etats Unis) tout en gardant à l’esprit que les chiffres correspondant aux pays les plus développés sont minorés de 10 à 20 %.
Il est néanmoins urgent de trouver d’autres sources statistiques pour établir correctement la cartographie de l’Internet et son évolution. Ce devrait être
la responsabilité de L’ICAN3, nouvel organisme chargé de la gestion des adresses et des noms de domaine de l’Internet qui dispose des données de base nécessaires. Pourtant il n’est pas sûr aujourd’hui que l’ICAN accepte
d’établir ces statistiques et de les rendre publiques.
Enfin le développement de l’Internet est un phénomène complexe lié à de multiples causes, certaines locales, d’autres générales…
Le terme site-G désigne les sites Internet appartenant à un domaine géographique. Pour mieux mettre en évidence la répartition des sites-G dans la population mondiale, chaque pays est situé sur une échelle
de la densité de sites-G par habitant :

Classe A : moins de 0,1 site-G pour 1000 habitants

Classe B : de 0,1 à moins de 1 site-G pour 1000 habitants

Classe C : de 1 à moins de 10 sites-G pour 1000 habitants

Classe D : plus de 10 sites-G pour 1000 habitants.

La figure 2 montre qu’en 1998, plus de 80 % de la population mondiale
habite dans un pays équipé de moins d’un site géographique Internet pour
1 000 habitants.
A la même date, 87 % des sites-G sont situés dans
des pays équipés de plus de 10 sites-G par 1000 habitants.

Ce pourcentage s’est accru de 80 à 87 % entre janvier 1996 et janvier 1998, ce qui montre que l’écart entre les pays les plus équipés et les autres croit.
En outre, ces chiffres sont sans doute inférieurs à la réalité du fait qu’une majorité des sites appartenant à des domaines non géographiques sont situés dans des pays en classe D

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Figure 1 - Répartition des sites géographiques dans le monde
cette image donne la répartition des sites dans le monde par 1000hts

L’Internet est donc concentré dans un nombre limité de pays
correspondant à une petite fraction de la population mondiale, comme le
montre la figure 2 qui représente la répartition de la somme des populations des pays appartenant à chaque classe de sites-G en Europe
(hors pays de l’ex-URSS), Asie et Afrique. Plus de 90 % des habitants d’Afrique et d’Asie habitent dans des pays équipés de moins de 0,1 site
Internet par habitant. Il faudrait aussi bien entendu compléter cette étude
au niveau des pays par une étude du déploiement de l’Internet au niveau
des différentes zones :
On constaterait sans doute que dans beaucoup de pays où l’Internet est
moyennement ou peu développé, il est concentré autour des grandes
agglomérations.

Relation entre le déploiement d’Internet et du téléphone

Le fonctionnement de l’Internet repose sur l’infrastructure téléphonique.
Il est logique de rechercher une relation entre le niveau d’équipement
Internet des pays et leur niveau d’équipement téléphonique. La courbe
classique dite de Gipp montre une forte corrélation entre le nombre de
lignes de téléphone par habitant et le PNB par habitant des différents
pays (figure 2). Le même type de relation semble exister entre le nombre
de sites-G et le PNB par habitant de ces pays (figure 3).
Le développement du réseau téléphonique est un facteur clé du développement de l’Internet.

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Figure 3 : Téléphone et PNB

On constate néanmoins des différences pour
certains pays ou groupes de pays : la courbe de Gipp montre
que les pays de l’ex-URSS sont en général mieux équipés en Internet que
les autres pays de même PNB par habitant. Dans la figure 4 on voit que
ceci reste en général vrai pour les pays européens de l’ex-URSS, mais pas
pour les pays d’Asie qui tendent à être plutôt moins bien équipés en
Internet que les autres pays de même PNB par habitant.dans les pays européens
à l’exception des pays de l’ex-URSS.
Elle met en évidence 3 groupes de pays :
- les pays de l’Europe du Nord où l’Internet est fortement développé :
Finlande, Suède, Norvège, Danemark, Pays Bas, Grande Bretagne : ces
pays ont en commun une pratique habituelle de l’anglais et plus
généralement des relations suivies avec les Etats-Unis et une grande pratique du commerce international.

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Figure 4 : Internet et PNB

- les pays de l’Europe centrale et du Sud dans lesquels l’Internet apparaît
moins développé que ne laisserait penser leur PNB par habitant : France,
Allemagne, Italie, Espagne, Grèce. Si la France peut apparaître comme
un cas particulier du fait du développement important du Minitel qui a
jusqu’ ici agi en frein de la pénétration de l’Internet, ces pays sont moins
tournés que ceux du groupe précédent vers le monde anglo-saxon.
- Enfin des pays de l’ancien bloc soviétique, où la pénétration de l’Internet
s’avère plus forte que ne le laisserait supposer leur PNB par habitant :
Slovénie, République Tchèque, Hongrie, Slovaquie, Pologne.

Une approche par les pratiques

L’approche externe , quant à elle, porte plus sur les pratiques et les transformations occasionnées.
L’analyse des pratiques et usages va bien au delà de la question de l’accès pur et simple.
Elle cherche plutôt à analyser le but d’utiliser l’Internet pour répondre à un besoin spécifique .
A voir de quelle manière une "pratique de l’Internet" est définie comme un usage qui s’installe et qui prend les dimensions d’une tradition qui dure.

SOURCE : Enjeux des Technologies de la Communication en Afrique,Sous la coordination d’Annie Chéneau Loquay, Editions KARTHALA,Paris 2000