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9 décembre 2004 | Imprimer cette page

American Apparel : des T-shirts "sweatshop free"

par N. Wihlm

La chaîne de T-shirts American Apparel a ouvert cette année des magasins en Allemagne. Son créateur le canadien Dov Charney conçoit et fait fabriquer ses produits aux Etats-Unis, en adoptant une politique de ressources humaines de qualité. American Apparel est avant tout un modèle de gestion qui se veut avant-gardiste et bien sûr profitable.

« Je crois que les gens en ont assez de la suprématie des marques. Ils ont soif de retrouver des vêtements simples, sans logos, sans slogans » constate Vera Heindel, responsable du magasin American Apparel de Francfort.
De fait, la ligne de vêtement se veut simple et agréable, sans motif - « basique » pour reprendre le terme consacré. On trouve différents modèles de T-shirts, mais aussi des robes, des foulards, des vestes, des vêtements pour bébés...

Après quelques difficultés de démarrage, Vera Heindel se dit satisfaite des ventes à Francfort, sans toutefois donner de chiffres. Il semblerait que la filiale francfortoise d’American Apparel aille à contre-courant de la tendance nationale puisque l’Allemagne vit sa quatrième année de stagnation économique et que de grands noms de la distribution textile comme Karstadt se battent pour survivre. La presse textile allemande estime que AA est devenu le troisième producteur de T-shirts aux Etats-Unis, avec un chiffre d’affaire annuel avoisinant les 83 millions de dollars.
La boutique parisienne ouvrira le 15 décembre 2004.

L’organisation de l’entreprise californienne repose sur ce que le jargon du textile nomme une organisation verticale, ce qui lui évite d’avoir recours aux sweatshops. Toute la chaîne de production, à l’exception de la teinturerie, se trouve dans les locaux de l’entreprise à Los Angeles.
Selon les propos du fondateur, cela offre une gestion du temps de fabrication optimale, permettant une rapidité de production impossible à atteindre autrement sauf à délocaliser dans des pays en voie de développement. Cette organisation permet également un bien meilleur contrôle sur la qualité des produits. American Apparel produit 210.000 T-shirts par semaine, et emploie 3.000 salariés sur le site. Ces derniers bénéficient de salaires et de conditions de travail différentes des pratiques courantes. AA offre des cours d’anglais puisque la grande majorité du personnel est hispanique, 60 heures de cours de formation par an, une assurance maladie. Les locaux sont bien éclairés et aérés, l’équipement est le plus moderne possible. Les salariés peuvent gagner entre 13 et 15 dollars de l’heure. S’ils sont payés à la pièce, American Apparel propose, en contre-partie, des contrats à durée
illimitée, le but étant d’offrir « un emploi à vie ». Ces dispositions ne relèvent pas de l’altruisme mais permettent une meilleure motivation et une plus grande assiduité au travail ainsi qu’une baisse du turn-over, autant de facteurs concourant à une productivité et qualité maximales.

« Nous pensons que les altermondialistes perdent leurs temps à attaquer le système d’entreprise, » n’hésite pas à écrire Dov Charney en présentant son entreprise. Si dans les nombreuses interviews données à la presse américaine, il tient à refuser l’étiquette de romantique sociale, le patron d’American Apparel n’hésite pas à montrer que son entreprise se trouve à l’avant garde d’une nouvelle conception du business.
« Nous faisons avancer le concept qui voit dans les affaires un instrument de changements sociaux. Nous sommes un exemple de fusion d’hyper capitalisme et de valeurs socialistes. Nous sommes une société qui pratique l’activisme social pour prospérer. »

Claire Stam - © Novethic