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4 décembre 2004 | Imprimer cette page

Le Brésil, terre d’asile pour la voiture bicombustible

Renault et PSA lancent à leur tour des modèles mixtes essence-éthanol.

Par Chantal RAYES
lundi 15 novembre 2004 (Libération)

Face à la flambée du prix de l’essence, de plus en plus de Brésiliens cèdent au flex fuel. En septembre, 32 % des véhicules vendus dans le pays étaient bicombustibles, contre 4 % en 2003. Premier implanté sur ce marché dont il est devenu le leader, l’allemand Volkswagen a été rejoint par General Motors, Fiat, Ford et Renault, qui vient de lancer sa Clio Hi-Flex et prévoit d’autres modèles. La Peugeot 206 et la Citroën C3 flex fuel, elles, seront en vente l’an prochain.

Arrivés dans les années 90 sur le marché brésilien, les constructeurs français ne dominaient pas encore la technologie du moteur fonctionnant au seul éthanol qui prévalait ici avant leur arrivée et qui est l’ancêtre du flex fuel. D’où leur retard, qui a aussi une autre explication, dans le cas de Citroën : « Le flex fuel, c’est comme les canards, ça ne marche pas bien », lâchait encore l’an dernier le président de la filiale brésilienne, avant de ravaler ses propos, face au succès de cette technologie...

Pour les experts, la tendance du flex fuel est irréversible, la technologie pouvant même équiper un jour la plus grande partie de la production, puisqu’elle permet au moteur de fonctionner aussi à l’essence. Le Brésil est le seul pays à réunir les conditions nécessaires à son introduction. L’éthanol, dont le pays est le premier producteur et consommateur mondial, y est abondant, bon marché et disponible dans presque toutes les stations d’essence (la loi prévoit déjà son incorporation à l’essence à hauteur de 25 %).

C’est dans les années 70 que le Brésil, face à la crise pétrolière, avait commencé à produire ce biocarburant. Dès 1986, 90 % des voitures produites ici fonctionnaient à l’éthanol. Mais le marché s’est effondré : les producteurs avaient cessé de fabriquer de l’éthanol, préférant destiner la canne à la production de sucre, pour exporter la matière première dont le cours était en hausse. « Les Brésiliens, qui ne pouvaient plus utiliser leur voiture, en sont encore traumatisés, dit Paulo Sergio Kakinoff, directeur des ventes chez Volkswagen. Le flex fuel vise à rendre sans objet la crainte d’une nouvelle crise d’approvisionnement en éthanol. Si elle a lieu, on peut se reporter sur l’essence. Et, inversement, si c’est l’essence qui est en crise. »