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17 octobre 2004 | Imprimer cette page

L’ONU établit la liste noire des produits toxiques

par Denis Rakotonoera

L’ONU établit la liste noire des produits toxiques

130 pays ont pris part à la première réunion de la Convention de Rotterdam, qui réglemente le commerce international des pesticides et des produits chimiques dangereux. Ce texte prévoit qu’aucune exportation ne peut avoir lieu sans que le pays importateur ait été informé des dangers potentiels liés au produit et qu’il ait donné son consentement. Le Canada et la Russie, grands exportateurs d’amiante, ont scandalisé les associations de victimes et les organisations écologistes, en refusant d’inscrire cette substance dans la "liste noire" des produits dangereux.

La réglementation internationale en matière de gestion durable des produits toxiques progresse. La Convention de Rotterdam, ratifiée en 2003 par une soixantaine de pays, vient s’ajouter à la Convention de Bâle sur les exportations de déchets toxiques et à la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP).
Trente pesticides et onze produits chimiques figurent désormais sur la "liste noire" établie par la Convention de Rotterdam, qui exige que les exportateurs de ces produits obtiennent le consentement préalable du pays récepteur avant toute expédition. Un chiffre qui semble dérisoire, comparé aux quelques 70.000 produits présents sur le marché et auxquels viennent s’ajouter 1500 nouvelles substances par an. Mais la liste a toutefois vocation à être complétée chaque année et elle constitue un premier pas vers une gestion plus durable de ces produits, notamment pour les pays en développement, très consommateurs de pesticides à forte toxicité.

"Ce Traité permettra aux pays en développement d’éviter de nombreuses erreurs commises auparavant dans les pays riches et qui se sont traduites par des victimes et des dégâts à l’environnement", indique Klaus Töpfer, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). "Dans beaucoup de pays en développement, les conditions ne permettent pas aux petits paysans d’utiliser sans danger des pesticides à haute toxicité. Il en résulte des dégâts permanents aussi bien sur la santé des agriculteurs que pour l’environnement", souligne de son côté Jacques Diouf, Directeur général de la FAO (Food and agriculture organization). "Nous sommes conscients que les pesticides continueront d’être utilisés en réponse à la demande croissante de denrées alimentaires. La Convention de Rotterdam offre aux pays un outil de choix pour réduire les risques liés à l’utilisation des pesticides (...) notamment pour les paysans des pays en développement ".

Empoisonnements

On estime qu’il y aurait en effet chaque année un à cinq millions de cas d’empoisonnements aux pesticides, entraînant la mort de plusieurs dizaine de milliers d’ouvriers agricoles (dont des enfants) dans les pays du Sud.
Si, dans les pays industrialisés, la plupart des pesticides dangereux sont interdits ou font l’objet de contrôles stricts, ces règles sanitaires n’existent pas au Sud. La culture bananière constitue un exemple particulièrement inquiétant de l’utilisation des pesticides. Au Costa Rica, une étude de l’IUCN (Institut Universitaire pour la Conservation de la Nature) révèle que 44 kg de pesticides par hectare et par an sont utilisés, soit 16 fois plus que la quantité utilisée pour l’agriculture intensive des pays industrialisés... L’impact sanitaire et environnemental est catastrophique : pollutions des cours d’eau, atteintes à la biodiversité et érosion des sols, auxquels s’ajoutent les maladies liées à l’intoxication et les cas de stérilité chez les employés. D’autres cas d’empoisonnement, provoquant parfois des décès, ont été recensés au Sénégal, dans les plantations d’arachides.

La responsabilité des gouvernements, en la matière, est fondamentale, et notamment celle des pays producteurs. Alors que plusieurs pays souhaitaient ajouter à la liste 5 formes d’amiante, le Canada et la Russie, grands producteurs d’amiante, ont bloqué la motion qui aurait permis l’ajout de l’asbestos chrysotile à la liste des composants dangereux réglementés par la Convention de Rotterdam.
"Cette décision revêt une grande importance pour le Québec, le deuxième producteur mondial de chrysotile, a déclaré le ministre québécois Sam Hamad. Notre gouvernement croit fermement en l’avenir de cette l’industrie. Nous la soutenons vigoureusement pour qu’elle puisse continuer de jouer un rôle économique de premier plan".
Cette victoire pour l’industrie canadienne a été vivement critiquée par l’association des victimes de l’amiante. Le Canada se rend coupable de complicité d’un crime abominable qui consiste à répandre en toute connaissance de cause la maladie, la mort et d’atroces souffrances chez des milliers d’êtres humains, accuse dans un communiqué l’Association des victimes de l’amiante. La plupart des pays industrialisés occidentaux ont banni l’usage du chrysotile, ou sont en voie de le bannir, car son usage sécuritaire est jugé irréalisable, a poursuivi l’organisation québécoise. Face à cette situation, le Canada accentue ses efforts pour favoriser l’usage et l’exportation du chrysotile dans des pays pauvres où les contrôles et la réglementation laissent très souvent à désirer.
L’association a demandé un moratoire sur la production de l’amiante chrysotile jusqu’à ce des conditions de sécurité soient trouvées pour les employés de ce secteur.

Véronique Smée
Mis en ligne le : 04/10/2004