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17 octobre 2004 | Imprimer cette page

Les questions d’environnement, source de conflits en Afrique

Les questions d’environnement, source de conflits en Afrique
October 9, 2004

JOHANNESBURG (Reuters) - De nombreux conflits sur le continent africain trouvent leur origine dans la dégradation et la désertification des terres, phénomènes exacerbés par le réchauffement de la planète, selon une enquête de l’Onu qu’éclaire d’un jour nouveau l’attribution du prix Nobel de la Paix à l’écologiste kényane Wangari Maathai.

"De la sécurité alimentaire à la santé, nous pouvons considérer les changements climatiques comme une très lourde menace pour toute l’Afrique", notait au début du mois Crispian Oliver, directeur général au ministère sud-africain de l’Environnement et du Tourisme.

L’étude de l’Onu (intitulée "Evaluation de l’écosystème de l’Afrique australe", Sama) estime que les causes environnementales de conflits en Afrique accentuent l’urgence de la recherche de solutions à des questions qui ne relevaient jusque-là que de l’écologie et de la défense de l’environnement.

L’attribution, à la surprise générale, du prix Nobel de la Paix à la militante écologiste kényane Wangari Maathai pour sa campagne de reboisement du continent africain résonne comme en écho à cette étude. "La paix dans le monde dépend de notre capacité à préserver notre environnement", a expliqué Ole Danbolt Mjoes, président du comité Nobel, en dévoilant vendredi le nom de la lauréate, distinguée "pour sa contribution au développement durable, à la démocratie et à la paix".

L’étude Sama met en évidence un lien frappant entre les questions écologiques et les conflits sociaux. La relation joue dans les deux sens : le conflit crée des conditions encourageant une dégradation de l’écosystème, de même que l’épuisement des ressources environnementales peut être cause de conflit.

Les problèmes évoqués englobent les pénuries d’eau ou de semences, les récoltes insuffisantes, les pratiques de surpâturage qui épuisent les terres, ou encore les déforestations massives pour récolter du bois de chauffage. D’après la communauté scientifique, tous ces problèmes, amplifiés par la pression démographique, risquent de s’aggraver encore avec le réchauffement de la planète dû aux émissions de gaz à effet de serre.

(…) Les chercheurs ayant participé à l’étude se sont penchés sur le centre surpeuplé du Nigeria, où éleveurs nomades et agriculteurs sédentaires s’affrontent pour le contrôle des terres disponibles, de plus en plus réduites à mesure de la désertification. Une analyse similaire peut s’appliquer au Darfour, dans l’ouest du Soudan, où s’opposent pareillement sédentaires et nomades.

Dans un essai publié en février 1994 sous le titre "L’Anarchie à venir", le journaliste américain Robert Kaplan estimait que la surpopulation, les épidémies, la dégradation de l’environnement et le développement de la criminalité constituaient les principales menaces contre la sécurité en Afrique.

L’Afrique, ajoutait-il dans cet article publié dans l’Atlantic Monthly, était au bord d’un chaos sans retour. L’étude de l’Onu atteste aujourd’hui en partie de la véracité de ses sombres prévisions.

Par Ed Stoddard