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27 février 2004 | Imprimer cette page

"Courants de Femmes" se mobilise pour la promotion des femmes africaines

par Moira FRATTA

"Courants de Femmes" se propose d’offrir une visibilité aux associations de femmes ouest-africaines qui oeuvrent pour la défense de leurs droits et pour le développement de leur pays.

Vos parcours de vie, en lisant les CV publiés sur le site Internet, semblent plutôt différents. Comment est née l’idée d’une association comme « Courants de Femmes » ?

L’idée de créer une association est venue après la conception du projet, qui est la traduction concrète de certaines de nos convictions. Depuis quelques années, Clara voulait mettre en place un projet de soutien au développement local, convaincue que les organisations à la base sont les mieux à même d’initier un processus de développement économiquement et socialement viable. Nourrissant les mêmes convictions, Lucile souhaitait sensibiliser les populations du Nord au travail mené par ces acteurs locaux.
Claire et Blandine ont ensuite rejoint le groupe et orienté son action vers le travail des femmes, moteur du développement de l’Afrique. Nous avons alors ensemble décidé de favoriser l’accès des structures locales de développement aux NTIC.
Et toutes quatre, appuyées par quelques membres actifs également sensibles aux questions de développement, avons mis en forme le projet final : offrir une plus grande visibilité aux associations de femmes et témoigner de leurs activités à la fois sur notre site et dans des expositions et conférences. Former certaines de ces associations à la programmation web nous semblait particulièrement important pour éviter le « don lié », c’est-à-dire une relation de dépendance.
La diversité de nos parcours nous permet donc d’avoir des visions complémentaires du projet.

Nous nous sommes enfin constituées en association pour donner un statut légal à notre projet et dans l’espoir de pérenniser notre action.

Y a - t - il une raison spécifique pour laquelle vous avez décidé de vous concentrer sur l’Afrique de l’Ouest ?

Nous avons choisi de tourner notre activité vers l’Afrique, d’une part parce qu’elle est trop souvent le continent oublié et celui qui souffre le plus de la pauvreté, d’autre part parce que les femmes y sont au cœur des initiatives de développement.
Certaines d’entre nous avaient par ailleurs déjà une connaissance de quelques pays d’Afrique de l’Ouest. Nous avons également choisi des pays francophones et politiquement stables pour assurer plus d’efficacité à notre projet.
Enfin, Internet prend de plus en plus d’ampleur en Afrique, et les Africains ont conscience qu’ils doivent tirer profit de la « révolution technologique » pour renforcer leurs capacités de développement. Et nous voulions participer aux efforts pour réduire la fracture numérique entre Nord et Sud.

Quels sont les objectifs, présents et futurs, de « Courants de Femmes » ?

A long terme, nous désirons offrir une forte visibilité aux associations locales, favoriser les échanges à la fois entre elles et avec des partenaires du Nord et, ainsi, soutenir leurs actions.
Nous souhaitons renforcer ces associations en leur donnant les moyens de mieux communiquer et, par ailleurs, constituer grâce à notre site Internet, une importante base de données sur les associations de femmes en Afrique de l’Ouest.

Sur le terrain, notre volonté est de former les associations de promotion féminine qui en ont les moyens à la programmation web pour qu’elles puissent créer et actualiser leur site Internet.
Nous cherchons également à dresser un panorama relativement complet des diverses initiatives et à avoir dès que possible une vision critique de leurs actions. Nous voulons à l’avenir asseoir notre action en lançant de nouveaux projets, permettant d’assurer un suivi avec les associations rencontrées au cours de ce premier projet et de rencontrer de nouvelles associations.

Un de nos objectifs à notre retour consistera à diffuser le plus largement possible, à travers les médias et grâce à des conférences et expositions, des informations sur les actions menées par les associations rencontrées. Nous publierons également des articles plus transversaux, notamment sur le rôle des femmes et de la société civile dans le développement.

Pourquoi pensez-vous que le rôle des femmes est tellement important pour le développement ?

Le développement passe d’abord par l’éducation. Or, en Afrique de l’Ouest, ce sont principalement les femmes qui sont en charge de l’éducation des enfants, qui représentent l’avenir du continent.
Par ailleurs, en raison de la persistance des schémas traditionnels, ce sont les femmes qui « tiennent le foyer ». L’homme est chargé de subvenir aux besoins de la maisonnée, mais c’est la femme qui doit gérer les ressources familiales. La répartition des rôles est telle que l’homme n’est responsable que de sa propre famille, alors que la femme peut davantage s’investir dans la vie de son quartier ou de la communauté. Elle s’implique plus souvent dans des activités collectives ou sociales, dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’assainissement, secteurs-clés du développement.

Votre voyage en Afrique vous a permis de rencontrer plusieurs associations, et beaucoup de projets et d’idées en faveur du développement. Quels sont, à votre avis, les projets ou les idées les plus innovants ?

Nous avons eu l’occasion de rencontrer différents types d’associations : des associations de promotion des droits de la femme, des associations permettant aux femmes de mener plus facilement des activités génératrices de revenus, des regroupements d’associations féminines, des associations intermédiaires entre groupements de femmes et bailleurs de fonds internationaux, des caisses d’épargne et de crédit destinées aux femmes, des associations offrant des formations spécifiques aux femmes, œuvrant pour le développement d’un quartier ainsi que des associations de soutien à des femmes particulièrement défavorisées (handicapées, aides ménagères, filles-mères…). Mais la plupart des associations interviennent dans plusieurs de ces domaines. Ainsi, une majorité d’entre elles offrent des formations en alphabétisation ainsi qu’en hygiène alimentaire et sanitaire. De même, nombreuses sont celles qui participent à des activités génératrices de revenus.
Plus généralement, ces associations ont été créées pour pallier l’incapacité des secteurs publics à assurer les droits les plus élémentaires que sont l’accès à l’éducation, à l’eau, à la santé…

Certaines associations nous ont paru mettre en œuvre des projets particulièrement originaux et innovants.
Ainsi, certaines associations aident par exemple les femmes à investir des secteurs du marché du travail traditionnellement réservés aux hommes : l’association Promo-Femme à Bamako (Mali) dispose d’un centre de formation des jeunes filles aux métiers de la photographie et de l’audiovisuel. De même, l’Association des Femmes Ingénieurs du Mali (AFIMA), à Bamako également, cherche à favoriser l’accès des filles aux filières scientifiques. Ces démarches innovantes permettent d’espérer une réduction de la ségrégation par sexe qui a cours sur le marché du travail.
Dans des secteurs exclusivement féminins, certaines associations se démarquent par leur caractère indispensable et par l’adoption d’une démarche originale. Ainsi l’Association de Promotion des Aides Familiales (APAF), qui intervient à tous les niveaux pour améliorer la situation des aides familiales, a un rôle comparable à celui d’un syndicat. De même, toujours à Bamako, l’association des femmes fistuleuses « Benkadi » facilite la prise en charge médicale, psychologique et financière des femmes atteintes de fistule, maladie particulièrement répandue sur le continent africain.
D’autres organisations s’impliquent dans des combats qui devraient avoir un impact sur la situation des femmes à long terme. Ainsi, la toute jeune Association « Femmes et Développement au Mali » (A.Fe.De.M) souhaite offrir aux jeunes filles une formation mieux adaptée au marché du travail.
L’Association des Femmes Africaines pour la Recherche et le Développement (AFARD), située à Dakar (Sénégal), a choisi d’aborder le développement sous l’angle de la recherche-action essentiellement sur le thème du genre. Autre initiative originale, la Case Foyer de Fatick (Sénégal), qui rassemble la plupart des groupements de femmes de la petite ville, leur offre des formations en alphabétisation fonctionnelle, des sessions de sensibilisation en santé, hygiène… Cette organisation obtient ses financements grâce aux activités qu’elle a développées : un télécentre, un restaurant, une boutique et des chambres de passage qu’elle loue. La Case Foyer peut ainsi également aux groupements de femmes des crédits à 2% pour développer leurs activités génératrices de revenus.

Et quels sont les facteurs les plus importants qu’il faut prendre en compte quand on pense au développement ?

Les éléments moteurs du développement, en particulier en Afrique, sont certainement les organisations à la base (groupements de quartier…) et les associations locales. En effet, les groupes communautaires, fondés sur la solidarité, constituent une structure centrale dans l’organisation sociale africaine. Ces groupements tirent leur énergie et leur efficacité du respect de cette structure sociale et de la fonction d’entraide qu’elles assument.
Par ailleurs, les associations qui oeuvrent au niveau d’une région s’adaptent plus facilement aux besoins, aux contraintes et aux capacités propres au « public cible ». Elles s’inscrivent en outre dans la logique du processus de décentralisation enclenché dans de nombreux pays d’Afrique de l’Ouest depuis quelques années et qui permet aux sociétés civiles locales de participer plus efficacement au processus de développement.

Parmi les stratégies de développement « prometteuses », il faut souligner le transfert de compétences : au sein des groupements de base, les femmes qui ont reçu des formations (provenant le plus souvent d’associations ou d’ONG) en font presque systématiquement bénéficier les autres membres du groupement (transmission exponentielle des informations). A un autre niveau, le transfert de compétences du Nord vers le Sud (et du Sud vers le Nord), facilitant la diffusion des savoirs, constitue un facteur-clé du développement et un des meilleurs moyens pour réduire l’écart entre le Nord et le Sud.
Enfin, le caractère primordial de l’alphabétisation n’est plus à démontrer. Les femmes prennent conscience de l’importance de ces formations afin de mieux gérer leurs petits commerces, évaluer la rentabilité de leur activités et être plus à même de participer à la vie économique et sociale. Les femmes alphabétisées sont également beaucoup plus sensibles à l’éducation de leurs enfants et à la nécessité pour leurs propres filles d’être scolarisées. Mais un énorme travail reste encore à faire puisqu’au Burkina Faso, par exemple, 95% des femmes rurales sont analphabètes.
Courants de Femmes
c/o Clara Delavallade
61, rue de Rochechouart
75009 Paris
FRANCE
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