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11 janvier 2004 | Imprimer cette page

LA DEVISE DE SOUNDJATA KEITA

LA DEVISE DE SOUNDJATA KEITA

Selon la tradition mandingue, le fondateur de l’empire du Mali, sentant sa mort prochaine s’adressa à son peuple, les exhortant au travail bien accompli. Aujourd’hui encore on peut écouter ses propos repris habilement par le talentueux Ensemble Instrumental National du Mali :
Que ceux qui veulent faire l’élevage qu’ils le fassent
Que ceux qui veulent faire la pêche qu’ils la fassent
Que ceux qui veulent faire la guerre qu’ils la fassent
Que ceux qui veulent faire l’agriculture qu’ils la fassent
Que ceux qui veulent aller à l’aventure qu’ils partent ; mais qu’ils sachent que l’aventure ne connaît pas le Dambé ( c’est-à-dire la dignité, l’honneur de l’homme ).

Lorsqu’un homme opte pour l’aventure, il doit, en partant, déposer au seuil de sa porte tous ses mauvais caractères, ses désirs négatifs_ qui pourraient faire de lui un mauvais exemple des la famille, de la communauté et du pays. Il est l’image de toutes ces entités. Il emporte en lui, dans le pays d’accueil, ce qui est bien, qui fait honneur à tous.
En effet la tradition soninké nous rapporte que le peuple de Ghana était un peuple aventurier via le commerce. Suite à la chute de la capitale KOUMBI SALEH en 1076 , cet élan pour l’aventure prit de l’ampleur avec la dispersion ou diaspora des soninkés à travers toutes l’Afrique de l’Ouest. Soundjata keïta n’a fait que continuer l’œuvre de ses prédécesseurs.
Dans les années 6o, les propos de l’empereurs sont repris par la propagande révolutionnaire du régime socialiste de Modibo Kéïta. Les immigrés maliens étaient cités en exemples tant par leur ardeur au travail, par leur honnêteté, que par leur bonne conduite dans les pays d’accueil ( Côte d’Ivoire, Congo, Zaïre, Gabon… ).
Les années 70 et 80 se caractérisent par la qualité des candidats à l’immigration. Ces années correspondent au régime d’exception du général Moussa Traoré. C’est la période où la fonction publique malienne recrutait de manière laxiste les jeunes diplômés triés selon les besoins par un concours. C’est ainsi que des milliers de jeunes désoeuvrés fuyaient cette misère quotidienne doublée d’une répression policière. A titre d’exemple, environ deux cent (200) professeurs titulaires de la maîtrise et du DEUG , fraîchement sortis de l’Ecole Normale Supérieure (ENSUP) et de l’Ecole Normale Secondaire (ENSEC) de Bamako, se retrouvaient au Burkina Faso en manque d’enseignants. De plus, les salaires accusant des retards de trois à quatre mois poussaient des aînés enseignants à rejoindre leurs cadets après avoir bénéficié de la retraite anticipée. Sans formation ni conseils, des centaines de fonctionnaires bénéficiaires de cette retraite anticipée étaient incapables de gérer les quelques deux à cinq millions perçus. Ils s’acharnaient à réaliser des rêves de 15 à 20 ans de service. Sont nombreux ceux qui se sont lancés dans le commerce, le transport, secteurs déjà saturés au Mali. Les célibataires ont rompu avec leur vie de singleton tandis que d’autres s’aventurèrent dans un deuxième mariage et le mariage pompeux occasionne des dépenses de prestige. Les plus chanceux ou avertis de ces retraités ont pu se faire construire une maison pour la famille pour en finir définitivement avec les problèmes de la location. La retraite anticipée imposée par le FMI pour dégraisser la fonction publique malienne n’ a été qu’un échec. La preuve , la plus part de ces retraités sont rentrés et sont repris soit à la fonction publique soit utilisés comme vacataires. Sur les 200 enseignants maliens du Burkina Faso, plus de 90% sont rentrés définitivement, car au Mali les écoles privées ont commencé à ouvrir leur portes.
Analysée sous l’angle social, l’immigration s’avère une nécessité, un salut quand on sait que chaque cadre moyen malien a à sa charge, en moyenne 10 personnes proches ou éloignées ; dix bouches à nourrir. Un malien qui arrive en France, après mille péripéties, a bénéficié dès son départ du soutien d’un sien. De près ou de loin toute la famille participe matériellement ou non à l’organisation du voyage. Une tante vend quelques grammes d’or, une sœur qui consulte le marabout ou le féticheur ou la mère qui donne toute son économie… En fait l’aventurier qui arrive à destination, qui gagne un emploi, est un salut pour toute la famille, pour tous ceux qui l’ont aidé à partir vers les horizons meilleurs. Lorsqu’il envoie 500.000 F cfa , voici comment cet argent est disséqué :

Part de la mère :100.000
Part de la tante :25.000
Part de la sœur :25.000
Part de l’oncle :25.000
Part du père :200.000
Part de la famille voisine :10.000
Part des frères chômeurs : 25.000
Part de la fiancée :90.000

Les 500.000 frs s’envolent en un temps records. Cet exemple illustre bien la situation de la plupart des immigrés restés à l’Hexagone au Canada ou aux Etats-Unis. En Afrique en générale et au Mali en particulier, les français ont une conception individualiste de la société. Or l’individu est un tout dans un ensemble composite. Cette réalité est à prendre en compte. Il ne faut pas dissocier l’individu de sa famille. Cette vérité repose sur trois principes qui constituent le fondement de la société toute entière. Ces trois principes sont représentés par les trois pierres qui retiennent en équilibre la marmite de la cuisinière. C sont :
La 1ère pierre représente le fourou (le mariage) et le soutoura (le respect)
La 2ème pierre représente le badenya (la fraternité, la solidarité) et le hinè(la pitié, l’entre aide)
La 3ème pierre représente le tériya(l’amitié) et le jigui(espoir)

La 1ère pierre représente le fourou (le mariage) et le soutoura (le respect)
Si dans le mariage qui est un lien sacré, il n’y a pas de respect entre les conjoints,c’est l’échec du foyer, de la famille or la famille est la cellule de base de la société. Si le soutoura ou le respect est absent dans un mariage, c’est la honte, l’irrespect de l’homme et de la femme. C’est aussi les déséquilibre des valeurs de toute la communauté.

La 2ème pierre représente le badenya (la fraternité, la solidarité) et le hinè(la pitié, l’entre aide)
Si dans la famille, les frères ne sont pas solidaires, ne sont pas soudés par le lien fort du sang,alors la famille se fissure, le ciment a lâché et le mur familial déséquilibre toute la société. Dans une famille il faut un pour tous et tous pour un.

La 3ème pierre représente le tériya (l’amitié) et le jigui (l’espoir)
Dans la famille l’amitié est espoir. C’est dans l’épreuve, l’adversité, la lutte quotidienne qu’on découvre ses amis. Dans la vie , il faut être un espoir pour l’autre. Tout comme la branche est l’espoir pour l’oisillon en danger de mort devant l’aigle.

Si une de ces trois pierres manque ou déséquilibre, la famille, la société est aussi déséquilibrée. L’individu est la somme de ces trois pierres ou principes qui lient les uns aux autres. L’individu s’efforcera de ne pas briser ces liens.
Bien sûr, aujourd’hui le matériel emporte sur le social pour déboucher sur l’égoïsme individuel, la haine, la trahison etc. Les politiques ou tentatives de solutions à l’immigration doivent prendre en compte dans leur globalité les valeurs africaines. Le financement des projets des candidats au retour, leur formation doivent assurer nécessairement la formation des membres de sa famille. Sans cette formation à la chaîne, son retour est un échec. Selon les propos de René MONORY, recueillis par Jeune Afrique Nº1704 du 2 au 8 sept. 1993 « On doit donc être généreux, tout en sachant qu’on ne règlera rien par les transferts, l’assistance ou l’aumône. Mais par la formation des hommes, le sauvetage de l’économie et le respect d’un prix minimum pour les productions. Je le répète : si vous donnez un milliard de francs et que dans le même temps, le cacao, qui permettait d’empocher dix milliards, n ’en rapporte que cinq, le don ne sert à rien… Ce qui manque à l’Afrique c’est la formation. Il y a des populations illettrées, des élites et pas de cadres moyens. Or on ne développe pas une économie sans cadres moyens ».
Fred SARPONG dans "Kwamé NKRUMAH et le rêve de l’unité africaine"écrit :
« Si tu veux étudier, c’est coton
Si tu veux construire maison, c’est coton
Si tu veux marier ah ! Il faut coton
Si tu veux acheter vêtements, coton
Si tu veux acheter voiture, coton
Si tu veux faire quelque chose dans ce monde
S’il faut agent, donc coton coton, coton, coton… »

Dans le texte original de l’auteur, c’est le cacao qui est cité. Nous l’avons remplacé, avec sa permission, par le coton pour question d’actualité.
Quelles sont les conséquences sociales qu’entraîne la subvention accordée par les pays riches à leurs producteurs de coton ? Plus de 10 millions de personnes dépendent du coton. Quelle impression cela vous fait si ce produit est saboté par le pays riches particulièrement la France l’unique client des pays producteurs francophones ? Le sauvetage de l’économie et le respect d’un prix minimum pour les productions ne sont ils pas des solutions pour freiner l’immigration et favoriser le développement durables des populations ?
De Soundjata Kéïta à Amadou Toumani Touré, que de siècles se sont écoulés et au cours desquels les maliens, sous l’impulsion des forces socioéconomiques continueront à immigrer. Ils remplissent ainsi leur mission à savoir le maintien et le respect des liens, des valeurs qui sou tendent l’équilibre de leur communauté.

ATJI
Abdouramane
Correspondant/AEDEV/Burkina
Tél :00226625191
BP.46
Bobo-Dioulasso