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23 mai 2003 | Imprimer cette page

La légende du Sosso Bala

par Stéphane Siramy

Un jour, au cours d’une de ses promenade, Soumaoro rentre en contact avec des génies qui lui montrent un fantastique instrument qu’il n’a encore jamais vu. A son retour, il se met au travail et le reproduit. Le balafon du royaume Sosso, le Sosso-Bala est né. L’Afrique découvre un nouveau son mais Soumaoro Kanté ne partage pas. Nul autre que lui n’a le droit de toucher ce nouvel instrument de musique. Si d’aventure quelqu’un en joue, il est aussitôt exécuté. « Même si une mouche se posait dessus, il la retrouvait et la tuait », affirme-t-on encore comme pour donner plus ampleur à cette interdiction. Soumaoro Kanté continue à livré ses batailles, au cours de l’une d’elles, il capture Diakouma Doua, le griot de Soundjata et le garde prisonnier à sa cour. Pendant une partie de chasse, Soumaoro entend au loin le son de son balafon. Il entre immédiatement pour châtier l’audacieux qui a osé enfreindre sa fatale interdiction. Arrivé à ses côtés, Soumaoro s’arrête, impressionné par le talent du griot qui joue, pour la première fois de l’instrument.

Pour sauver sa tête, Diakouma improvise aussitôt des paroles et le son le plus mélodieux qui les accompagnent. Le roi dit : on t’appellera Bala-fo-Fasèkè Kwatè, Fassèkè Kwatè le joueur de balafon Après sa victoire Sunjata confie à Bala Fasséké la gestion du balafon de Soumaoro Kanté. Le balafon devient peu à peu l’instrument privilégié de toutes les grandes cérémonies.

A la mort de Bala Fasséké les sages attribuent l’instrument à son frère le plus âgé, suivant la règle de primogéniture. Depuis, il est toujours resté entre les mains de la famille kouyaté et des descendant de l’illustre griot. Le gardien -le bélétigui- véritable détenteur de l’histoire, a pour mission de veiller sur la précieuse relique. A son décès, tous les griots Kouyaté se réunissent avec les membres du clan royal afin de nommer un nouveau gardien. « on voit si le futur bélétigui n’as pas transgressé certains principes et s’il a bien respecté la tradition. Il doit contribuer à la sauvegarde de l’instrument et de son rayonnement », précise Namankouma Kouyaté.

Quarante jours plus tard, le Sosso Bala est amené vers la demeure du nouveau gardien, accompagné des biens personnels et des femmes du défunt. Lors de la cérémonie de transmission, véritable passation de pouvoir, le balafon légendaire fait le voyage sur la tête du Bélétigui.

A l’apparition des frontières coloniales, la famille kouyaté s’étend, agrandie et répandue dans de nombreux villages, il n’était pas rare que le cortège passe du mali en Guinée, ou inversement. Aujourd’hui Le Sosso Bala, celui que les génies ont donné à Soumaoro Kanté, se trouve définitivement à Niagassola, au confins de le guinée, proche de la frontière malienne. Maintenant ce sont les gardiens qui se déplacent et depuis près de 900 ans, les bélétiguis ont su préserver de façon quasiment intacte l’instrument originel.

« On leur interdit formellement de modifier l’instrument ou de changer les piéces qui rentre dans sa conception. Si par accident une pièce se casse, le conseil doit à nouveau délibèrer et débattre sur la nécessité de la changer. A ma connaissance, seul deux lames et une gourde ont ainsi été remplacées », indique avec sérénité le professeur Kouyaté. En tout cas, la grande famille de griot est convaincue que ces balafons qui rythment sur tout le continent les longues nuit de fêtes, sont directement issus du leur : le Sosso-Bala, qu’ils conservent précieusement.

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Fatoumata Kouyate

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