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9 août 2015 | Imprimer cette page

Le fossé digital n’est pas binaire

par auriant-thauvin

La croissance économique et l’inclusion sociale, qui sont des questions critiques pour beaucoup de pays, seront promues en amenant en ligne, les plus de quatre milliards de non-utilisateurs d’Internet . La vision commune donnée par ce fossé numérique est qu’il sépare « ceux qui ont Internet » de « ceux qui n’ont pas Internet », divisant ainsi ceux qui sont « en ligne » de ceux qui voudraient « aller en ligne », mais qui en sont empêchés à cause de la disponibilité ou de l ’accessibilité.

EN CE QUI CONCERNE LA RESOLUTION DU FOSSE NUMERIQUE, IL NOUS MANQUE QUELQUE CHOSE

Cette vue binaire du fossé numérique est encouragée par une boucle de contre-réaction : « ceux qui ont Internet » supposent tout naturellement que tout le monde veut les rejoindre, tandis que ceux qui font face à des obstacles pour aller en ligne insistent tout naturellement sur cet accès. Cependant, comme le montre le premier rapport Internet annuel mondial de la société Internet, il y a un fossé négligé dans le groupe même de « ceux qui n’ont pas Internet », entre ceux qui sont intéressés par le fait d’aller en ligne et ceux qui ne le sont pas.

Le graphique ci-dessous montre la population de chaque pays, représenté par une barre horizontale divisée en trois groupes de citoyens. D’abord, la proportion de population qui est en ligne, représentée par la partie bleu foncé à gauche de la barre de chaque pays. Ensuite, les personnes qui ne sont pas en ligne indiquent, dans les enquêtes, qu’elles n’ont pas d’accès « online » ou qu’elles ne peuvent pas se permettre de payer cet accès ; elles sont représentés par la partie bleu clair à droite. Enfin, les personnes qui ne sont en ligne, affirment que le fait d’aller en ligne ne les intéresse pas ; elles sont représentées par la partie bleu très clair au milieu de chaque barre.

Comme le montre le graphique, dans les pays interrogés, la majorité des gens qui n’utilisent pas Internet indiquent qu’ils ne sont pas en ligne à cause d’un manque d’intérêt, de compréhension ou de temps, plutôt que l’accessibilité financière ou la disponibilité de l’accès. Cela est vrai, même dans des pays vers le fond - tels que la Colombie, où l’accessibilité financière (représentée dans les chiffres, par un point vert indiquant le prix de l’abonnement comme une proportion du revenu moyen) est la plus haute de tous les pays interrogés.

QUAND L’OBTENTION DE L’ACCES EST LA CLE, C’EST SEULEMENT LA MOITIE DE LA BATAILLE

Ces résultats suggèrent une approche nuancée du fossé numérique, celle qui se concentre non seulement sur la fourniture d’un accès abordable et universel à Internet, mais également sur l’augmentation de l’intérêt dans l’utilisation des accès qui en résultent. En fait, nous avons vu que, comme l’infrastructure nécessaire à l’accès d’Internet devient plus disponible dans les pays en voie de développement, les efforts pour « fermer » le fossé numérique se sont concentrés sur la promotion du contenu local pour développer l’intérêt de l’utilisation d’Internet et propulser son adoption.

Cependant, s’assurer que le contenu est pertinent n’est pas suffisant (dans les bons termes, pour les débutants). Il doit aussi être accessible. La majorité des pays en voie de développement – si ce n’est pas la totalité – a un contenu local ; cependant, ce contenu se trouve souvent en Europe ou aux Etats-Unis, où les services d’hébergements sont moins chers. Dans un document de la société Internet, publié la semaine dernière, nous montrons que les hébergements de contenu situés à l’étranger rendent ces contenus plus chers et que leur accès est plus lent. Cela décourage la création de nouveaux contenus.

NOUS DEVONS VOIR PLUS GRAND

Les politiciens doivent adopter une approche globale pour réduire le fossé numérique, en s’assurant non seulement qu’un accès abordable est disponible, mais également qu’il y a une demande qui mènera à l’adoption et à l’utilisation. Ce n’est que de cette façon que le plein impact économique et social d’Internet sera ressenti par tous.

Michael Kende est l’économiste en chef de la société Internet.