Accueil : Le développement durable : Environnement :

2 juin 2013 | Imprimer cette page

L’exploitation du pétrole de schiste sous la Grande barrière de corail a « de grandes chances d’être interdite »

par Rivery

Avec l’assouplissement de la réglementation l’industrie de l’extraction du pétrole sur le littoral australien prospère. Cependant, le site devrait être protégé par son statut de patrimoine mondial de l’UNESCO.

Vue satellite de la Grande Barrière de Corail, dont le delta du Fitzroy River au sud de Rockhampton et du littoral, au sud de l’île Curtis Island. Photographie : Envisat/ESA

L’extraction du pétrole de schiste en dessous de la Grande barrière de corail risque d’être interdite par le gouvernement fédéral travailliste australien, alors que l’essor de l’industrie du pétrole et du gaz sur le littoral proche de la barrière de corail suscite des tensions au sujet des conséquences sur l’environnement.
En février, le gouvernement conservateur de l’Etat du Queensland a levé un moratoire empêchant l’exploitation du pétrole de schiste dans la plupart des zones situées le long de la côte, pour permettre aux entreprises d’évaluer si l’essor que connaît l’industrie du pétrole de schiste aux Etats-Unis pourrait être reproduit en Australie.
La société Queensland Energy Resources (QER) développe actuellement à coté de Gladstone une mine de schiste à ciel ouverte sur le rivage et une usine de transformation et de démonstration à l’échelle commerciale. Elle sera chargée par la suite de se prononcer sur l’exploitation de vastes zones dont elle possède les droits miniers, et dont le sol abrite jusqu’à 8 milliards de barils de pétrole de schiste récupérable sur les 22 milliards estimés sous l’ensemble du sol du Queensland.
Les Verts australien ont qualifié de « vandalisme environnemental » la position que l’état a prise en décidant d’autoriser l’industrie hautement polluante. Le Premier ministre du Queensland, Campbell Newman, a affirmé que l’arrivée de cette nouvelle industrie serait « une victoire » pour l’état, notamment grâce à la création d’emplois et aux revenus que l’état empochera avec les redevances. « J’accepte la critique quant à la gourmandise en énergie, mais au bout du compte nous manquons de pétrole » avait-il alors déclaré.
Mais selon une note du ministère de l’Environnement du Queensland, adressée au Ministre fédéral de l’environnement Tony Burke et que s’est procuré l’édition australienne du Guardian, le gouvernement fédéral pourrait utiliser ses pouvoirs en matière de gestion des sites du patrimoine mondial pour stopper l’industrie naissante du pétrole de schiste en cas d’éventuelle exploitation de réserves situées sous le récif corallien.

Cette note indique que certains gisements potentiels de pétrole « se trouvent à proximité et sous la Grande barrière de corail, site inscrit au patrimoine mondial » et que toute exploration effectuée sous le récif – même dans le cas où les ressources seraient profondément enfouies sous l’eau et accessibles par forage horizontal depuis l’extérieur de la zone protégée – serait « en contradiction avec les principes de gestion du patrimoine mondial ».

« Les principes de l’UNESCO concernant l’extraction minière sont parfaitement clairs. Il est interdit d’extraire des minéraux ou du pétrole sous la Grande barrière de corail. C’est aussi simple que ça. » a déclaré le ministre Burke au Guardian.

QER affirme n’avoir aucune intention d’exploiter les réserves de schistes au delà de la limite posée par la marée haute.

Alors que les procédures d’homologation environnementale promettent d’être sujettes à controverse pendant les élections fédérales de Septembre, le ministre Burke a également critiqué le bilan des décisions prises par l’état du Queensland. « A chaque fois qu’il ya un problème de protection de l’environnement dans le Queensland, Campbell Newman est du côté des bulldozers. » a-t-il déclaré.

Littoral à l’Est de l’Australie, où l’exploitation du schiste est en plein essor. Image : Guardian

Les opposants au ministre Burke du Parti Libéral et du Parti National proposent de remettre le pouvoir de décision sur les questions environnementales aux gouvernements des états fédérés, en les soumettant à des conditions et à une charte strictes – un projet que le Parti Travailliste a abandonné l’année dernière sous prétexte que les procédures mises en place par les états n’étaient pas à la hauteur.

La note reçue par le ministre Burke sur l’industrie naissante du pétrole de schiste tombe alors qu’il doit prendre des décisions plus urgentes, concernant au moins sept nouveaux ports et les dragages inhérents le long du littoral corallien, construits pour desservir neuf imposantes nouvelles mines de charbon.
En juin, le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO va se prononcer quant à l’ajout des 2 600 km de récif corallien sur la liste des sites en danger, du fait de l’impact causé par l’essor des industries du charbon et du gaz naturel liquéfié (GNL), et du projet de construction de ports et de dragage soumis au gouvernement pour exporter ces ressources.

L’année dernière, le Comité avait averti qu’il envisageait ce changement de statut et que le gouvernement australien devait « interdire toute construction de nouveaux ports ou d’infrastructures inhérentes, en dehors des grandes zones portuaires existantes et établies depuis longtemps dans l’enceinte du site (inscrit au patrimoine mondial), de même que s’assurer que la construction serait interdite si elle devait avoir des conséquences individuelles ou cumulatives sur la valeur universelle exceptionnelle du site. »
Le ministre Burke a indiqué qu’à l’évidence le Comité « observait de très près la façon dont étaient traitées les zones immaculées… Ils ont très clairement affiché qu’ils ne souhaitaient pas que l’empreinte écologique de la barrière de corail augmente. »

Il a annoncé qu’au moins deux des nouveaux ports potentiels étaient dans une zone immaculée : le projet de terminal charbonnier de Xstrata sur l’île de Balaclava, dans le delta de la Fitzroy River au sud de Rockhampton ; et le projet du terminal Fitzroy proposé par la société Mitchell, qui consiste à utiliser des barges pour transporter le charbon jusqu’à des bateaux amarrés en des eaux plus profondes.

« D’après moi et si l’on se fonde sur des preuves environnementales, la zone aux alentours de l’île Balclava a été épargnée et reste intacte. Il y a de vastes et importantes étendues d’herbiers marins… en réalité c’est le jardin de la grande barrière de corail » a déclaré le ministre Burke.

Ces deux projets sont toujours en cours d’évaluation.

La proposition Great Barrier Reef Ports Strategy du gouvernement de l’état du Queensland mentionne que « des développements significatifs » ne devraient pas intervenir en dehors des zones portuaires existantes pendant au moins une dizaine d’années, mais les deux projets destinés au delta du Fitzroy interviennent techniquement dans l’enceinte d’une zone portuaire et pourraient donc aboutir en respectant le cadre de la Great Barrier Reef Ports Strategy.

Le processus d’approbation des autres projets n’a pas été suspendu, malgré la mise en œuvre par le gouvernement fédéral d’une « évaluation stratégique » des effets cumulatifs du développement de l’industrie sur le récif, comme exigé par le Comité du patrimoine mondial.

Alors que son gouvernement se prépare pour les élections fédérales du 14 septembre pour lesquelles les sondages donnent son parti perdant, le ministre Burke pourrait avoir plusieurs décisions sujettes à controverse à prendre, et ce avant que l’évaluation ne soit terminée.

En octobre dernier, le ministre Burke a approuvé sous certaines conditions la construction d’un nouveau terminal portuaire à Abbott Point, près de Bowen, par une entreprise indienne, GVK ; et par une société minière privée, Hancock Prospecting. Cependant, son ministère mène actuellement une enquête suite à un dépôt de plaintes concernant l’impact du port sur les habitats d’espèces menacées. Il est également prévu qu’il se prononce avant juin sur le projet de port déposé par Adani Corporation, lui aussi à Abbott Point.
À l’approche de la réunion du Comité au Cambodge et du scrutin de septembre, des groupes d’activistes et de défense de l’environnement militent pour la protection de la Grande barrière de corail. Le navire de Greenpeace, le Rainbow Warrior, navigue dans la région ; la Société australienne pour la conservation marine (Australian Marine Conservation Society) va lancer une nouvelle campagne ce weekend ; et le groupe de pression GetUp ! a réuni plus de 120 000 signatures avec sa pétition appelant le ministre Burke à protéger le récif.
Les écologistes s’inquiètent non seulement de l’impact des zones portuaires, mais aussi de l’expansion massive de l’industrie du charbon : si tous les nouveaux projets de mines aboutissent, la production australienne de charbon fera plus que doubler. Ils avancent par ailleurs que les gaz à effet de serre produits par l’exportation de ces ressources contribueraient à dépasser largement la limite du réchauffement climatique fixée à 2° C par la communauté internationale, et que dans tous les cas, le récif subirait des dommages irrévocables.
Le ministre Burke éconduit l’argument selon lequel les exports de charbon devraient être arrêtés en raison de la menace du changement climatique.

« Une partie de la campagne de protection de l’environnement est en réalité une campagne anti-charbon. Nous avons réglé le problème des émissions de gaz à effet de serre en Australie lorsque nous avons introduit la taxe carbone. » a-t-il déclaré.