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2 juin 2011 | Imprimer cette page

Ouganda : Polémique autour des ordi d’occase (par Léonie Wolters, Hilversum, Pays-Bas)

par Denis Rakotonoera

L’Ouganda se classe en tête de la lutte en Afrique contre la pollution de l’environnement par les déchets électroniques, grâce à une interdiction radicale des importations d’appareils de seconde main. Cependant, depuis que cette politique est peu à peu entrée en vigueur, des critiques croissantes s’élèvent aussi bien dans le monde des affaires que parmi les ONG et les consommateurs, qui se demandent à qui profite réellement cette interdiction.

Au moment où cette politique a été mise en oeuvre, en mai 2010, les importateurs des appareils de seconde main ont été les premiers à se plaindre. Et ceci, non sans raison. Pour preuve, l’E-waste Special Interest Group (le groupe d’intérêts E-Waste) estime que sur 200 entreprises ougandaises du secteur des TIC (Technologies de l’ Information et de la Communication) 160 ont fermé leurs portes ou ont été délocalisées.

L’Ouganda a perdu ainsi plus d’un millier de mains-d’oeuvre qualifiées, laissant des anciens clients sans aucune source de matériels technologiques à un coût abordable. Toutefois, lorsque les appareils de seconde main sont venus à manquer, les consommateurs ont entrepris de faire entendre leur voix.

"Quand une personne démunie me demande quel type d’ordinateur elle peut acheter, je lui conseille de s’en procurer une de seconde main", affirme Richard Ssekibuule, enseignant des Technologies de l’Information à l’université de Mekerere, à Kampala. "Elles sont moins coûteuses et plus performantes que les nouvelles sans marque. Dans plusieurs cas, les ordinateurs sans marque tombent en panne du fait des composantes défectueuses comme les processeurs, que les fabricants ne soumettent pas aux tests."

Un ordinateur de seconde main est estimé à environ 200 dollars et est accessible à l’Ougandais moyen. La différence entre un ordinateur d’occasion et un ordinateur sans marque très peu performant et vendu entre 600 et 800 dollars est significative.

En construction électronique, les métaux lourds comme le plomb et le cuivre sont utilisés. (Liens : http://ewasteguide.info/node/219) Ces métaux constituent un danger pour l’environnement et un risque pour la santé publique, s’ils ne sont pas recyclés avec soin. En Ouganda, la construction d’infrastructure adéquate a été jusqu’ici reportée.

Néanmoins, Ssekibuule est surpris des appréhensions qu’ont les politiciens ougandais concernant les déchets électroniques. "Nous avons de nombreux déchets gérés de façon calamiteuse. Les déchets électroniques ne constituent qu’une infime partie de cette mauvaise gestion. Ceux-ci sont de loin négligeables vu qu’une faible fraction d’Ougandais peuvent se procurer des ordinateurs".

Ssekibuule attribue l’interdiction aux lobbyistes d’entreprises importatrices d’ordinateurs sans marque, désireuses d’éliminer la concurrence. "Pour les importateurs d’ordinateurs clonés (sans marque), il serait logique que les ordinateurs de seconde main et autres appareils électroniques soient interdits."

Les associations caritatives qui font usage d’ordinateurs comme outils pédagogiques n’échappent pas à l’interdiction. Le photographe Arthur Kisitu enseigne les TIC à des enfants dans la zone démunie du Katanga, à Kampala, dans la cadre du projet Sweet Home Uganda. En raison de l’interdiction, son projet ne peut pas bénéficier d’ordinateurs de seconde main, promis par un ami.

"Parfois, les politiques sont établies par des politiciens dont les enfants étudient à l’étranger, affirme Kisitu. Ils ne sont pas en contact avec la réalité".