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11 juillet 2010 | Imprimer cette page

Genre et TIC : un bon mélange

par Marine Bourrier

Genre : Afrique et Amérique Latine Février 2009

Genre et TIC : un bon mélange

L’Institut international pour la communication et le développement (IICD) aide les personnes dans les pays en voie de développement à bénéficier des technologies de l’information et de la communication pour améliorer leurs ressources et leur qualité de vie. En focalisant notre travail sur les moins privilégiés, nous avons porté une attention particulière pour atteindre les habitants des zones rurales à faibles revenus. Les femmes représentent une grande partie des membres de ce groupe cible. Il est donc primordial de s’intéresser aux questions de genre afin que le programme soit efficace et viable.

Le genre fait référence aux « rôles qui sont déterminés socialement, les comportements, les activités et les attributs qu’une société considère comme appropriés pour les hommes et les femmes. » [1] Les rapports que les femmes et les hommes peuvent entretenir et les rôles qu’ils peuvent endosser sont culturellement et institutionnellement ancrés. Dans les pays africains et latino américains dans lesquels l’IICD travaille, les femmes ont généralement les niveaux d’éducation les plus bas et détiennent moins de pouvoir économique et politique que les hommes. Ajoutés aux responsabilités domestiques, ces facteurs empêchent les femmes d’avoir accès aux nouvelles technologies de la communication. L’égalité des sexes a toujours été un principe directeur dans le travail de l’IICD. Pour s’assurer que les projets soutenus concernant les technologies de l’information et de la communication (TIC) ne contribuent pas à l’inégalité des sexes, se concentrer sur les aspects de genre est une part essentielle des projets, de la création jusqu’à la mise en place. De plus, le système de Suivi et d’Évaluation comprend la mesure de la satisfaction et de l’impact des activités sur le genre et dissocie les données par le sexe.
Voici quelques exemples du travail de l’IICD où la question du genre, en particulier, est abordée et traitée.

Kari & TIC : les TIC pour les producteurs de beurre de karité au Mali

La Coopérative des productrices de beurre de karité de Zantiébougou (Coprokazan) et l’Association Malienne pour la Promotion des Jeunes (AMPJ) ont cherché ensemble des solutions aux problèmes qu’ils ont rencontrés avec la commercialisation du beurre de karité aux niveaux national, régional et international. Le beurre de karité est fait à partir des fruits du karité ou de l’arbre de karité, et il est très utilisé dans les cosmétiques en tant que crème hydratante et émollient.
Pour générer un plus grand nombre de ventes et améliorer les ressources des productrices, les activités de publicité ont du être renforcées. Le projet a été mis en route pour installer l’électricité et des ordinateurs, pour former les femmes à l’utilisation de logiciels et d’outils bureautiques (par exemple de présentations pour les formations, de gestion des commandes de l’étranger par e-mail, et de comptabilité) ainsi que pour créer un site internet et faire de la publicité à la radio et à la télévision. Des présentations animées ont lieu dans les villages environnants, indiquant aux femmes la façon dont elles peuvent améliorer la qualité de leur beurre de karité. Par conséquent, la qualité et les ventes du beurre de karité ont considérablement augmenté.
www.iicd.org/projects/burkina-mikropa

Les femmes et les groupes de TIC au Mali

Au Mali, les femmes ne peuvent pas s’exprimer facilement sur les cas de violence dont elles sont victimes, puisque c’est toujours un sujet tabou à cause des traditions religieuses et coutumières. Afin d’aider ces victimes de violence, les femmes et le Groupe de TIC du Mali ont lancé en 2008 un programme de sensibilisation qui comprend la formation des femmes à l’utilisation des TIC (vidéo, radio, Youtube, site internet) pour aider les victimes et sensibiliser le grand public sur les cas de violence contre les femmes dans le pays. En 2008, après un combat national pour des histoires sur ce sujet, le groupe a organisé un atelier de narration numérique et a bénéficié d’une formation aux compétences multimédias, ce qui a entrainé la production d’une vidéo faite par des femmes victimes de violence. En 2009, le Groupe travaillera de façon plus approfondie avec les outils multimédias pour continuer à sensibiliser le public et à aider les femmes sur ce thème, en les aidant à acquérir des connaissances sur leurs droits, à réduire la violence contre les femmes et à augmenter le contenu audiovisuel.
En attendant, le Groupe prévoit de travailler avec davantage de femmes rurales sur l’utilisation de la radio et des outils internet pour qu’elles soient plus visibles, pour lier leurs activités socioéconomiques aux autres groupes au Mali et ailleurs, et ainsi améliorer leurs opportunités de ressources.
www.mali-ntic.com, rubrique Femmes & TIC.

Réseau d’information des femmes rurales à Zabré, Burkina Faso

Une station de radio de la communauté et une connexion internet sont en train d’être installées au bureau de l’association des femmes Pag-La-Yiri (11 000 membres) basé dans la zone privée d’informations de Zabré, une région agricole de l’est du Burkina Faso. La région manque d’une bonne infrastructure de transport et de communication, ce qui entrave son développement. Actuellement, à l’intérieur d’une zone d’influence de 130 kilomètres, il y a seulement une station de radio qui diffuse des sujets concernant la région dans leur propre langue locale. On s’attend à ce que la nouvelle station de radio de la communauté et l’accès à internet aident à surmonter le fossé d’information et de communication entre Zabré et les villages ruraux environnants, ainsi qu’à réduire de façon significative le temps et l’argent consacrés à l’envoi et à la réception de l’information (comme les derniers bulletins d’information sur la santé ou les dernières informations agricoles) à partir du siège social de Pag-La-Yiri en Ouagadougou au bureau de Zabré.
Le principal objectif du projet est de fournir une information sur le prix du marché aux 20 000 fermiers autour de Zabré. Les prix du marché seront recueillis via internet par des partenariats avec des groupes qui ont de l’expérience dans la commercialisation de biens agricoles. Les profits économiques directs et indirects sont attendus une fois que la radio sera à l’antenne à la mi-2009. Le projet a un potentiel considérable de développement et incite en particulier les femmes à utiliser les TIC.
www.iicd.org/projects/burkina-pag-la-yiri

WIDNet : Renforcement des capacités dans le domaine des TIC pour les femmes en Zambie

Le faible niveau d’éducation est une des raisons pour lesquelles seulement un petit pourcentage de femmes Zambiennes ont un travail formel. Pour contribuer à leur développement socioéconomique, le réseau d’information des femmes pour le développement (WIDNet) a lancé en 2004 un programme de renforcement des capacités dans le domaine des TIC. En mettant en place un centre de formation informatique et en développant un site internet et un bulletin internet, l’initiative veut renforcer le statut et la position des femmes en Zambie. Les TIC améliorent la collecte, le partage et la dissémination d’informations utiles aux femmes et elles assurent un réseau d’informations parmi les organisations de femmes pour permettre le plaidoyer et le lobbying sur les questions des femmes. Le projet est dirigé par l’Association Zambienne pour la Recherche et le Développement (ZARD). Un site internet WIDNet a été lancé et un Centre de ressources et de formation aux technologies de l’information pour les femmes a été ouvert. Un nombre croissant de femmes écrivent des articles pour le bulletin internet et le considèrent comme un outil pour défendre ses intérêts.
www.iicd.org/projects/zambia-widnet

Renforcement des capacités des dirigeantes autochtones en Bolivie

Depuis 2002, la Confédération des peuples indigènes de Bolivie (CIDOB) utilise les TIC pour rassembler des informations sur l’aménagement du territoire et sur la cession d’une partie du territoire afin d’appuyer ses activités de lobbying. Après avoir implanté l’utilisation des ordinateurs et d’internet dans leurs activités journalières, les dirigeantes autochtones ont demandé à améliorer leurs compétences en TIC pour augmenter leur participation dans les processus de lobbying et de prise de décision. En parallèle, une section nationale de la CIDOB pour les femmes indigènes a été créée et a ouvert début 2008, prenant pour cible les TIC et la direction.
Le projet est axé sur le développement des compétences des TIC, notamment des outils Web 2.0 [2], d’un groupe de base composé de 100 femmes indigènes venant de toutes les régions. Ce projet leur permettra d’être mieux informées et de participer aux débats sur les droits des indigènes et les droits politiques, il les encouragera à acquérir des postes de direction dans l’organisation, et à améliorer leur participation directe dans les processus politiques nationaux. Les femmes apprennent à communiquer par mail ou avec Skype [3], et également à collaborer en ligne en utilisant un Wiki [4]. Le groupe de base formera ensuite 500 autres femmes indigènes grâce aux compétences acquises.
www.iicd.org/projects/bolivia-cidob

Service de conseil en ligne sur la violence domestique en Bolivie

La violence domestique est généralement passée sous silence par le dominant « machisme », la peur, et par la passivité des femmes qui se trouvent incapables de réagir et de s’échapper du cycle de la violence. Ces femmes ont tendance à s’isoler et à ne participer à aucun groupe. Par conséquent, la plupart du temps, les institutions existantes assignées pour qu’elles adressent leurs problèmes de violence domestique ne parviennent pas à atteindre leur groupe cible. De plus, les longues distances rendent difficile le contact et l’union entre les femmes.
Le programme de Service de conseil en ligne sur la violence domestique en Bolivie offre aux femmes victimes de violence domestique un réseau en ligne, un site internet avec des informations utiles, une consultation en ligne et des conseils juridiques, et produit et diffuse régulièrement des émissions de radio qui présentent des histoires de victimes de violence domestique. Pour compléter ceci, trois centres de communication, gérés par des organisations de femmes, ont été mis en place dans trois quartiers différents, proposant une formation aux compétences des TIC, aux techniques de consultation en ligne et aux questions juridiques.
Grâce à l’usage des technologies de la communication dans le programme, les problèmes où les méthodes conventionnelles ont auparavant échoué peuvent être abordés. De plus, l’usage d’internet et des mails fait gagner du temps, comble des distances physiques et permet aux femmes de participer de façon anonyme. Le projet est dirigé par Casa de la Mujer [Maison de la Femme], un mouvement de femmes en Bolivie disposant d’une influence politique qui défend les droits des femmes et le droit de la femme de vivre sans violence.
www.iicd.org/projects/bolivia-casa-de-la-mujer

Ecole pour le renforcement des capacités de gestion locale des dirigeantes rurales en Equateur

Le projet de l’Asociacion Mujeres Juntas Parroquiales Rurales del Ecuador (AMJUPRE) se concentre sur le développement des compétences des femmes qui agissent en tant que représentantes des communautés rurales marginalisées dans ce qu’on appelle les ‘juntas parroquiales’ (assemblées provinciales). L’objectif du projet, qui a commencé début 2008, est de créer une École pour le renforcement des capacités de gestion locale des dirigeantes rurales. Trois modules d’apprentissage ont été prévus sur les TIC, sur la gestion et l’organisation locales, et sur l’administration financière pour les fonctionnaires. Équipées d’outils de TIC, ces femmes représentantes sont capables de garantir à leurs communautés une gestion locale efficace, participative et démocratique dans leurs assemblées provinciales rurales. Ceci aide également à faire connaître la gouvernance locale exercée par les femmes dirigeantes en Équateur, et cela réduit également les inégalités de sexe, ce qui augmente l’estime de soi des femmes rurales. Jusqu’à présent, presque 100 dirigeantes d’assemblées provinciales dans des zones rurales ont été formées à l’utilisation des TIC.
www.iicd.org/projects/ecuador-amjupre

L’OSP et L’IICD

L’OSP (Renforcement des capacités dans les pays en voie de développement) soutient l’IICD pour augmenter la participation des femmes dans les projets de TIC pour le Développement en Bolivie, en Équateur et en Zambie. Le projet a été fondé par le Fonds d’Innovation de l’OSP, un fonds ayant pour objectif d’encourager les ONG néerlandaises à travailler pour trouver de nouvelles approches, méthodologies et façons de renforcer la capacité de développement.
www.iicd.org/articles/collaboration-with-pso-deepened/

GenARDIS

En reconnaissance du dilemme entre un jeu d’outils potentiellement puissant –les TIC- et leur échec à atteindre la majorité des pauvres –les femmes rurales- le CTA, le CRDI, l’Hivos et l’IICD ont mis en place GenARDIS, un fonds de petites subventions pour traiter les questions de genre dans le domaine des technologies de l’information et de la communication pour l’agriculture et le développement rural en Afrique, dans les Caraïbes et le Pacifique. GenARDIS soutient les activités innovatrices qui contribuent à la compréhension des questions de genre dans les TIC ainsi qu’à l’application des TIC dans le développement agricole et rural en tenant compte de l’égalité des sexes.
www.agricta.org/about/genardis.htm

Avec les bons outils, les peuples dans les pays en voie de développement peuvent améliorer de façon considérable leurs ressources et leur qualité de vie. Un meilleur accès aux technologies de l’information et de la communication (TIC) est particulièrement essentiel pour leur permettre d’atteindre leurs buts. C’est pourquoi l’Institut international pour la communication et le développement (IICD) crée des solutions réalisables et durables qui connectent les personnes et leur permettent de bénéficier des TIC. En tant que fondation à but non lucratif, nous mettons le savoir, l’innovation et la finance au service de partenaires des secteurs public, privé et non lucratifs. Ensemble, nous pouvons changer le monde.

Article de Judith Veldhuizen (jveldhuizen@iicd.org), http://www.iicd.org/about/publications/icts-for-gender/at_multi_download/files?name=Gender%20and%20ICT%20a%20good%20mix_web.pdf, février 2009, traduit par Marine Bourrier (Aedev)


[1Définition de l’Organisation Mondiale de la Santé, OMS, www.who.int/gender/whatisgender/fr/

[2Le terme « Web 2.0 » fait référence à une présumée seconde génération de développement et de conception web, qui a pour but de faciliter la communication, le partage d’informations, l’interopérabilité, et la collaboration sur la toile mondiale. (Wikipédia, http://fr.wikipédia.org)

[3Un logiciel qui permet aux utilisateurs d’effectuer des appels téléphoniques sur internet

[4Un wiki est une page ou un recueil de pages Web conçu pour permettre à chacun d’apporter sa contribution ou d’en modifier le contenu (Wikipédia, http://fr.wikipedia.org)