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15 juin 2010 | Imprimer cette page

Le porte-monnaie mobile comble le fossé de la pauvreté

par Marine Bourrier

Le porte-monnaie mobile a changé la façon dont les gens transfèrent de l’argent dans les pays en voie de développement et il est maintenant sur le point de proposer des services bancaires plus sophistiqués ce qui pourrait vraiment changer la vie des gens.

Actuellement 2,7 milliards de personnes vivant dans les pays en voie de développement n’ont accès à aucune sorte de service financier. Dans le même temps 1 milliard de personnes dans toute l’Afrique, l’Amérique Latine et l’Asie possède un téléphone portable.

Par conséquent, les services d’argent mobile font leur apparition dans tous les pays en voie de développement. Selon le groupe de l’industrie des télécommunications mobiles, l’Association GSM (GSMA), il y a aujourd’hui 65 systèmes d’argent mobile en service dans le monde, et 82 autres sont sur le point d’être lancés.

La plupart propose des services de base tels que les virements d’argent, qui sont extrêmement importants pour les travailleurs immigrés qui ont besoin d’envoyer de l’argent à leurs familles.

Le service M-Pesa au Kenya est sans doute le plus connu de tous car il a attiré 9,4 millions de Kenyans en moins de trois ans seulement.

Il est maintenant prêt à passer à l’étape suivante. M-Pesa s’est récemment associé avec la Banque d’Equité du Kenya pour proposer aux abonnés un compte épargne, appelé M-Kesho.

L’argent est essentiel

Cela signifie que leurs comptes M-Pesa ne serviront plus seulement à virer de l’argent. A la place, ils deviendront des comptes bancaires virtuels, permettant aux clients d’ouvrir des comptes épargne, de rapporter des intérêts sur leur argent et d’avoir accès au crédit et aux produits d’assurance.

C’est une extension d’un accord antérieur avec la Banque d’Equité pour permettre aux clients du M-Pesa d’accéder à leurs fonds à partir des guichets automatiques dans tout le pays.

Le CGAP, un groupe consultatif financier fondé par la Banque Mondiale, était présent au lancement du M-Kesho.

« Le Kenya est en train d’envoyer un message au monde : les pauvres veulent des comptes épargne. Le porte-monnaie mobile est un moyen très efficace de fournir des services d’épargne au milliard de personnes dans le monde entier qui possède un téléphone portable mais pas de compte bancaire », a déclaré la présidente-directrice générale du CGAP, Alexia Latortue.

Pendant ce temps en Ouganda, MTN, une société de téléphones portables qui a mis en place un service d’argent mobile similaire a atteint 890 000 utilisateurs pendant sa première année de service. Ce qui représente le double de ce qui était prévu. Richard Mwami, responsable de l’argent mobile à MTN prédit que le service comptera 2 millions d’utilisateurs d’ici la fin de l’année, et 3,5 millions d’ici 2012.

Il admet que l’un des plus gros défis lors de la mise en place du système a été de réglementer les agents qui procurent l’argent liquide.

« Nous avons eu des problèmes de liquidité quand les clients entraient dans le magasin et qu’il n’y avait pas d’argent », dit-il.

La fraude constitue également un problème, se chiffrant à un ou deux cas toutes les deux semaines.

Environ 60% des utilisateurs vivent dans des zones rurales, où les taux d’alphabétisation sont faibles et les agents sont souvent des commerçants locaux, autorisés à recevoir les dépôts et à délivrer de l’argent liquide.

« Beaucoup ignorent le fonctionnement du service », dit-il.

MTN a désormais commencé un programme éducatif, qui promeut et explique le service sur la radio nationale.

Micro-économie

Gavin Krugel, responsable de l’argent mobile à l’Association GSM (GSMA) pense que l’on fait plus confiance aux agents qu’aux banques traditionnelles.

« Les banques disposent de portes à tambour et d’agents de sécurité armés. Les clients croient que c’est uniquement pour les riches », dit-il.

A l’inverse, les agents ont tendance à être des détaillants dignes de confiance qui ont vendu des recharges de communication aux mêmes clients pendant les dix dernières années.

« Tous les agents sont formés et ceux qui se conduisent mal sont exclus du système », dit-il.

Aletha Ling, directrice exécutive de Fundamo, la plate-forme derrière le réseau mobile de MTN Ouganda, a déclaré que les défis en valent la peine car on peut facilement voir en quoi c’est avantageux pour les clients.

« L’argent est envoyé des villes aux zones rurales où il est nécessaire. Moins d’argent liquide circule c’est alors beaucoup plus sécurisé. Auparavant les gens voyageaient avec d’importantes sommes d’argent », dit-elle.

« Dans un village de pêcheurs que j’ai visité, celui-ci avait créé sa propre micro-économie », dit-elle.

En Ouganda le taux de population qui va à la banque est faible avec seulement 38% qui possède un compte bancaire et seulement 7% qui utilise plus d’un produit bancaire.

Le porte-monnaie mobile peut aussi servir de voie pour sortir de la pauvreté, selon Andrew Mitchell, le nouveau Secrétaire d’Etat au Développement International du R.U.

Cette semaine, dans un discours prononcé lors du sommet de la GSMA sur l’argent mobile à Rio de Janeiro, il a déclaré :

« L’accès aux services financiers de base –la possibilité d’épargner, de virer et d’investir même de petites sommes d’argent- peut apporter un énorme changement aux gens du monde entier. Cela peut aider un fermier à survivre à une mauvaise récolte, ou fournir à un habitant de taudis disposant du capital vital requis la possibilité de démarrer une petite affaire »,

C’est un point de vue repris par M. Mwami.

« Le téléphone portable est démystifié. Les gens ont confiance en son utilisation » Richard Mwami Responsable de l’argent mobile à MTN.

Technologie perturbatrice.

L’an dernier Bill Gates a promis 5 millions de dollars pour aider les pays pauvres à accéder aux comptes bancaires. Le Fonds d’Argent Mobile pour ceux qui n’ont pas accès aux services bancaires est en train d’être administré par la Fondation GSMA.

Cette dernière a annoncé les projets qui bénéficieront de l’argent.

Ils comprennent le Grameenphone du Bangladesh qui espère améliorer son service d’argent mobile avec par exemple un service de billetterie électronique accessible à partir d’un mobile pour les Chemins de fer du Bangladesh.

L’argent ira aussi à Orange Money pour faire découvrir des services financiers plus développés en Afrique de l’Ouest, où moins de 4% de la population dispose d’un compte en banque.

Safaricom, la société de téléphones portables derrière M-Pesa, obtiendra une subvention pour aider les organisations non-gouvernementales et le gouvernement Kenyan à avoir l’argent fort nécessaire aux ménages vulnérables qui vivent dans les villages informels à Naïrobi.

Au Cambodge, la majorité du personnel est payé en argent liquide, on attend alors l’arrivée de Cellcard afin de mettre en place le système de virement d’argent, de facture et de recharge de communication pour les immigrés urbains qui attendent désespérément d’envoyer de l’argent à leurs familles vivant dans les zones rurales.

Des projets similaires au Pakistan, en Inde, au Sri Lanka et aux Fidji bénéficieront également des fonds.

Le porte-monnaie mobile ne rapporte pas vraiment pour le moment, a annoncé M. Krugel, mais il est potentiellement révolutionnaire pourvu qu’il soit né de la demande des consommateurs.

« Dans la plupart de ces marchés, proposer un compte bancaire à part entière serait une perte de temps. Les consommateurs ont d’abord besoin de comprendre les bases », dit-il.

« Au départ ils ne font pas confiance au système. Ensuite ils peuvent voir qu’il marche et finalement ils commencent à laisser un peu d’argent sur leur compte. C’est comme cela qu’ils commencent à se sortir de la pauvreté », dit-il.

L’étape suivante ce sont des services plus sophistiqués tels que l’assurance décès et hospitalisation.

« Dans la culture africaine, par exemple, ils croient fortement au respect et l’assurance décès est extrêmement importante », dit-il.

Les banques traditionnelles commencent maintenant à réagir face à la menace formulée par les services mobiles et s’associent de plus en plus avec les sociétés de mobiles afin d’exploiter le potentiel d’un marché absolument nouveau.

« M-Pesa a été suffisamment perturbateur pour obliger les banques à réagir. Si les banques voient ces services comme une menace ils réaliseront qu’il y a une opportunité à la base de la pyramide économique et que c’est un travail bien fait par l’industrie du mobile », déclare M. Krugel.

Article de Jane Wakefield, Journaliste spécialisée en technologie, http://news.bbc.co.uk/2/hi/technology/10156667.stm, 28 mai 2010, traduit par Marine Bourrier (Aedev)