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24 juin 2010 | Imprimer cette page

Wayan Vota : la technologie dans les écoles, dans l’éducation, n’est pas inutile

par Marine Bourrier

Le Débat technologique éducatif a un an ce mois-ci et à cette occasion, nous avons eu, dans les bureaux de la Banque Mondiale à New Delhi en Inde, un débat en direct : La plupart des investissements dans la technologie pour les écoles sont-ils inutiles ? Avec six grands orateurs, nous nous sommes concentrés sur les questions autour de la mise en application de la technologie dans les systèmes éducatifs des pays en voie de développement.

Voici les premières remarques et la réponse initiale de Wayan Vota, spécialiste en éducation dans les TIC pour infoDev, et président du Débat technologique éducatif, sur la question : la plupart des investissements dans la technologie pour les écoles sont-ils inutiles ?

Wayan Vota :
Je suis contre la motion ; je pense réellement que la technologie dans les écoles, dans l’éducation, n’est pas inutile. En effet nous connaissons quelques grands succès. Nous connaissons un grand succès sur le plan de la mise en place. Ceux-ci sont vraiment en train de transformer et d’améliorer les notes dans l’ensemble des établissements.

Je pense qu’ils sont en train d’apporter du changement quand nous dépassons certaines idées. Quand nous allons au-delà du concept d’informatique, du concept de salle de classe, et du concept de l’étudiant.

Alors commençons par regarder au-delà de l’informatique.

Les technologies de l’information et de la communication : ce n’est pas qu’un ordinateur, ce n’est pas non plus qu’un téléphone portable, c’est le concept réel d’une ligne téléphonique. Nous pouvons retourner au concept de radio, de radio FM. Ils font ce qu’on appelle l’Enseignement interactif par radio (EIR), avec énormément de succès, dans sept Etats, ici en Inde. L’EIR est vraiment en train d’augmenter l’apprentissage, d’augmenter la compréhension de texte, d’augmenter les résultats éducatifs, d’après ce qui est contrôlé par le conseil. Ici, la mise en place apparaît donc comme un succès.

La télévision et la vidéo : combien d’entre vous –venez lever la main- apprend quelque chose en regardant des vidéos ou la télévision ? J’espère qu’en ce moment, c’est ce que les gens de cette diffusion par internet sont en train de faire. Peut-être pas avec moi mais avec les autres.

Pour ce qui est des téléphones : en tant qu’administrateur d’école je peux appeler l’enseignant : « venez-vous aujourd’hui ? ». L’enseignant peut rappeler et me dire : « je suis malade ». Un parent peut parler à un enseignant, ou ce dernier peut appeler le parent et lui dire : « Savez-vous que votre fils n’était pas à l’école aujourd’hui ? ». Et le parent répond : « Oh vraiment ? Laissez-moi voir ce qu’il s’est passé. »

Et regardons au-delà des réels étudiants eux-mêmes.

La formation des enseignants est souvent mentionnée, ainsi que le concept d’enseignants pouvant partager des plans de cours –que ce soit par téléphone, que ce soit sur Internet. Pouvoir consulter des plans de cours venant d’autres régions, sur d’autres sujets et apprendre de nouvelles choses grâce à ceux-ci. J’espère vraiment qu’à l’administration scolaire ils disposent d’un tableur qui montre le nombre d’enseignants et combien ils doivent être payés, car s’ils n’ont pas été payés, il est très probable qu’ils ne se présentent pas le jour suivant.

Encore mieux, un tableur montrant combien d’étudiants sont vraiment présents dans une classe, dans chaque classe, dans chaque école. Ou montrant au moins la position de chaque école. Nous n’avons peut-être pas ça, mais cela pourrait être une bonne idée, non ? Ce sont les TIC dans l’éducation. C’est au-delà de l’étudiant.

Intéressons-nous désormais à la participation des parents. Je ne suis pas sûr que vous ayez cela en Inde – dans de nombreux pays, nous avons les associations de parents-enseignants. Aux E.U., jusque dans les années 80, dans les associations de parents-enseignants il n’y avait que les mères, les pères disaient : « je dois aller au bowling ». Maintenant, les mères se plaignent parce que les pères sont tous dans les APE. « Vraiment ? Quelles sortes de technologies avez-vous ? Oh cool, je peux réparer ça ! » Maintenant les pères s’engagent, ils sont de retour. Ce n’est pas un impact direct… en fait c’est un impact direct, mais il n’est pas direct pour ce qui est de la salle de classe avec des TIC.

Alors prenons vraiment un moment pour réfléchir aux TIC en dehors de l’école et à la façon dont les TIC ont un impact sur la société.

C’est une occasion de changer l’enseignement, pour passer de ce par cœur : « je mets ce truc dans ton cerveau et tu me le recraches », à des enfants qui pensent vraiment à ce qu’ils sont en train d’apprendre –ainsi quand ils ont notre âge ils deviennent des adultes éclairés. Ils peuvent penser, ils peuvent discuter, et ils peuvent prendre leurs propres décisions.

Cela suscite aussi beaucoup d’intérêt dans l’éducation. Pourriez-vous soutenir l’ordinateur portable XO ? Cette petite chose verte… Je ne sais pas pour vous, mais il y a sans aucun doute un grand nombre de personnes enthousiastes à l’idée de la technologie dans les classes. Ce que je veux dire c’est que nous avons tous notre avis sur ce que c’est et si c’est une bonne chose dans les classes, mais maintenant les gens ont vraiment une opinion. Les gens s’y intéressent vraiment. En 2000 tout le monde s’intéressait aux TI, en 2004 quand on essayait de parler de TI dans l’éducation, les gens disaient que c’était l’ère du point com – c’est terminé. Maintenant les gens sont à nouveau enthousiastes.

Dernière remarque mais non des moindres, je pense que les TIC sont notre présent et notre futur.

Nous devons en tirer profit maintenant. Nous ferons des erreurs, il y aura des problèmes, il y aura des échecs, mais comment voulez-vous réussir à moins d’essayer ? Si vous n’essayez pas, je peux vous dire à quoi vous êtes voué – à répéter le passé –exactement de la même façon encore, et encore. Alors la pire chose que nous pouvons faire c’est de ne rien faire. Je vous demande donc de continuer à apporter votre soutien contre la motion. Lors du dernier vote, s’il vous plaît, votez contre la motion, comme je le ferai, en ayant la conviction que les TIC sont une bonne chose pour l’éducation. Merci.

Docteur Kelly : Wayan, vous nous avez en quelque sorte défiés de regarder au-delà de l’informatique, vous avez parlé de standard automatique qu’une école pourrait utiliser pour fournir des informations, et d’Internet. Pouvez-vous vraiment regarder l’informatique lui-même et nous donner au moins un exemple où la technologie a, par un processus d’évaluation rigoureux, été bien investie dans les écoles.

Bien, en fait, je vais retourner un petit peu cette question et dire que si nous trouvions une évaluation de TIC et son utilisation dans les écoles, et qu’ensuite nous faisions des investissements en gardant la tête froide, et sans être influencés par la politique pure, ce serait la toute première fois.

Nous avons eu un débat très intéressant sur le Débat technologique éducatif à propos des évaluations des TIC pour le développement (ICT4E) et de leur bien-fondé. J’ai pensé que le courrier le plus explosif, qui s’est révélé avoir le moins de commentaires, ce qui m’indique que ce n’était pas explosif du tout et que tout le monde l’a déjà admis, disait que les évaluations des TIC pour le développement sont elles-mêmes un gaspillage.

Nous devrions arrêter de gâcher la vie des enfants avec autant d’évaluations. Car que nous pensions à cela comme étant bon, ou mauvais, ou quoique ce soit, les TIC dans les écoles c’est de la bonne politique, et les parents aiment cela.

Tout politicien a depuis longtemps réalisé, qu’on pourrait parler de mettre une poule au pot à chacun, ou de mettre une voiture dans chaque garage. Et bien actuellement, ce qui rend enthousiaste une grande partie des gens, à l’intérieur et à l’extérieur de cette salle, c’est que je veux mettre un ordinateur devant chaque enfant.

Alors des évaluations sont importantes et c’est formidable d’en avoir, car grâce à celles-ci nous pouvons apprendre de nos erreurs et être meilleur au final, dans le détail. Mais dans l’ensemble, à grande échelle, les écoles le font, les parents le veulent, et les politiciens font en sorte que cela ait lieu. Nous devrions donc vraiment nous assurer que nous faisons partie du jeu, en essayant de piloter le bateau, au lieu de se mettre devant en disant « NON NON NON » et simplement se faire renverser.

Ainsi si nous restons sur le bateau et gardons la métaphore du bateau si vous le voulez bien, je pense que nous pouvons tous être d’accord sur le fait que la technologie peut vraiment être un brise-glace. Nous pouvons vraiment nous frayer un chemin à travers les rochers.

Souvent nous pensons à la technologie comme une chose que nous mettons dans un système existant et qui est absorbée pendant que le système continue à fonctionner de la même façon qu’avant. Mon véritable espoir et mon vrai rêve, c’est de voir ce que la technologie est capable de faire, c’est-à-dire changer ce système et changer le bateau. Alors au lieu du bateau Titanic qui coule lentement, il devient un bateau hydroglisseur qui vole.

Nous pouvons donc avoir une modification de ce concept d’éducation vu comme une activité très ennuyeuse et routinière. Enfin, soyons honnête. Les faire mémoriser une liste et la ressortir dans un test qui est à choix multiple, très facile à noter avec un Scantron ou à l’aide de tout autre système de notation automatique – c’est horrible. C’est en train de gâcher la vie des enfants et c’est en train de gaspiller tout notre temps.

Nous devons vraiment changer cette façon d’enseigner afin d’avoir des enfants enthousiastes à l’idée d’apprentissage, et afin de leur apprendre la façon dont nous travaillons. C’était quand la dernière fois que votre patron vous a dit : « Bonjour, je voudrais que vous me ressortiez ce qui est dans ce livre pour faire votre travail, et tant que vous réciterez correctement je vous donnerai une augmentation ». Je n’ai jamais entendu parler de ce type de travail.

Alors l’idée c’est que nous voulons avoir des enfants qui peuvent mieux apprendre et apprendre d’une façon qu’ils utiliseront quand ils seront adultes, et qui améliore leur vie. Et selon moi, la technologie est une façon de se sortir de cette impasse. C’est un brise-glace pour passer à travers ce mur d’inertie, c’est le moins qu’on puisse dire.

Article publié sur educatedebate.org, edutechdebate.org/is-ict-in-schools-wasted/wayan-vota-technology-in-schools-is-not-wasted/, le 20 mai 2010, traduit par Marine Bourrier (Aedev).