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21 mai 2010 | Imprimer cette page

L’OLPC n’est pas une révolution pour l’éducation

par Marine Bourrier

Wayan Vota a lancé un débat technologique éducatif sur ce que l’OLPC a accompli jusqu’à maintenant en affirmant que l’OLPC fait « évoluer l’éducation, la technologie, et même la culture bien au-delà de ce que quiconque peut imaginer. »
A en juger par certains des commentaires qui suivent, on aurait tendance à penser que l’OLPC est la meilleure chose qui soit arrivée au monde depuis l’invention du fil à couper le beurre car l’ordinateur portable XO transformerait par magie les étudiants en autodidactes (« les pairs travaillant conjointement en équipes »). Un suivi plus objectif réalisé par Scott Kipp suggère également que grâce à l’OLPC, « les évaluations, les discussions et les évaluations de la politique concernant le fait d’avoir ou non des ordinateurs dans les salles de classe deviendra très vite obsolète, si ce n’est déjà fait ».
Un enthousiasme si débordant est certainement déplacé et il conviendrait sans doute de relativiser un peu.

L’OLPC n’est pas en train de révolutionner l’éducation
D’abord soyons réaliste sur le fait que l’OLPC n’est pas en train de révolutionner l’éducation. Il est vrai que, d’ici peu 1 million d’ordinateurs portables XO de l’OLPC seront en circulation. Mais au regard des 121 millions d’enfants qui ne vont pas à l’école, des 668 millions d’enfants qui sont entrés à l’école primaire en 2007, ou des 774 millions d’adultes analphabètes, l’OLPC ne semble pas si révolutionnaire. Il ne fait aucun doute sur le fait que les ordinateurs seront importants à l’avenir, mais un grand nombre d’écoles se bat encore pour avoir un tableau ou même un bâtiment. Donc ne surestimons pas l’importance ou l’impact de l’OLPC.

L’OLPC n’est pas à l’origine du netbook
Ensuite, il est difficile de dire, comme Wayan, que le netbook est parti du XO. Le XO a fait naître le PC Classmate. Mais l’étape suivante est quelque peu exagérée. Et sans que le XO soit à l’origine du netbook, la leçon que l’on peut en tirer est double. D’abord, que les initiatives à but non lucratif comme l’OLPC sont particulièrement bien adaptées pour créer de nouvelles innovations, notamment pour les populations défavorisées.
A l’inverse, et ceci est la deuxième leçon, il est préférable de laisser la diffusion d’innovations commercialement réalisables au secteur privé. L’ordinateur portable XO coûte toujours plus de 100$, prix initialement visé.
En attendant, l’Amazon Kindle coûte 259$, le netbook le moins cher coûte aujourd’hui 98$, et dans les pays développés les netbooks sont disponibles gratuitement en souscrivant à des forfaits internet/données. Alors une autre leçon c’est que si l’on veut des ordinateurs bon marché, ne laissons pas une seule institution –notamment à but non lucratif – prendre le monopole.

L’OLPC dévalorise les enseignants
La troisième leçon, pour paraphraser Scott, est que les enseignants font partie de la solution – pas du problème. Ceci n’exprime pas ce que les partisans d’OLPC voudraient car le constructionnisme voit les enseignants comme une influence corruptrice. Une trop grande partie du débat plus général sur la qualité de l’éducation dans les pays en voie de développement reporte la faute sur les enseignants – sans avoir examiné les conditions dans lesquelles ils travaillent.
Néanmoins, existe-t-il un projet qui a remplacé les enseignants par des ordinateurs portables ? Alors, la troisième leçon est que si l’on veut obtenir l’éducation pour tous, consacrons plus d’argent aux enseignants et aux ordinateurs. Et si l’on a à choisir entre les deux, investissons dans le premier.

L’OLPC altère les choix de financement
Enfin, cela nous a aussi appris que les décideurs politiques n’utilisent pas toujours l’argent contribuable de la façon la plus judicieuse. Les 150 millions de dollars, environ, dépensés dans les ordinateurs portables XO, par exemple, représentent la même somme annuelle requise pour atteindre un taux d’alphabétisation égal à 100% au Brésil.
Il est vrai que l’OLPC a d’autres avantages, comme l’évaluation de l’impact, des avantages et inconvénients des ordinateurs dans les salles de classe. Mais avec une étiquette de prix potentielle à 66,8 dollars pour tous les enfants des écoles primaires du monde entier, ce serait une expérience qui coûterait vraiment très cher.