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23 avril 2010 | Imprimer cette page

Les petits prêteurs aident les entrepreneurs en développement

par Angelika Zapszalka

Le soleil se lève enfin

Atuna, une mère célibataire, transporte son stock de manioc à travers les ruelles étroites et sinueuses de Dar Es Salam, Tanzanie.
Le manioc frit est un petit-déjeuner populaire en Afrique de l’Est, et pour Atuna, il s’agit de sa nouvelle opportunité professionnelle.
Comme la majorité de ses clients, et plus de la moitié des adultes de Tanzanie, elle n’a pas accès aux services bancaires classiques.
Mais elle vient juste d’obtenir un prêt, un prêt qui pourra l’aider, elle l’espère, à fonder son entreprise et mettre en place des projets pour l’avenir de sa fille.
Ce prêt ne provient pas d’un de ces usuriers frauduleux, trop répandus ici, mais a été fourni via Kiva.org, un site web basé en Californie.
Kiva, qui est salué par des partisans célèbres, tels que Bill Clinton et Oprah Winfrey, permet à ses utilisateurs d’accorder des prêts personnels à des entrepreneurs, surtout dans le monde en développement.

Des prêts de personne à personne

De l’autre côté du monde – à tout égard – se trouvent les quartiers généraux de Kiva à San Francisco.
Kiva a tout ce que vous pourriez attendre d’une start-up IT californienne. Une attitude décontractée, des animaux de compagnie dans le bureau, un baby-foot dans la cafétéria et les pieds sur les tables dans la salle de conférence.
Mais ne soyez pas dupes. Kiva est une vraie ruche avec une éthique de travail pointue.
Son fondateur, Matt Flannery, ainsi que le président de Kiva, Premal Shah, pensent fermement que c’est ce que leur organisation est en train d’essayer d’accomplir qui a inspiré et enthousiasmé son équipe.
L’objectif de Kiva est à la fois simple et extrêmement ambitieux – réduire la pauvreté dans le monde à travers de petits prêts de personne à personne, ce que l’on nomme, plus communément, de la micro-finance.

Rétrocession de l’argent

Les entrepreneurs à la recherche de prêts sur Kiva vont des chauffeurs de taxi du Moyen-Orient aux fermiers d’Amérique du Sud.
Les montants qu’ils cherchent vont de quelques centaines de dollars à plus de 1500 dollars. Le taux d’emprunt de Kiva est fixé à 2%.
Depuis que ce système a été mis en place, plus de 400 000 utilisateurs ont emprunté plus de 120 millions de dollars.
Généralement, les prêts sont financés par des douzaines de personnes différentes, chacune prêtant à peine 25 dollars.
Les prêteurs reçoivent des nouvelles des entrepreneurs et de leurs affaires, ainsi que du baume au cœur.
Et avec Kiva, vous pouvez ressentir le même effet encore et encore, si vous choisissez de prêter à nouveau votre argent une fois celui-ci rendu.
Atuna, qui a obtenu le prêt, en arrive même à élargir le crédit à ses clients. « Généralement, ils me paient tous les jours », dit-elle. « Dans les deux semaines, tous les paiements devraient être effectués ».
C’est le modèle de Kiva en miniature.

L’impact social

Les entrepreneurs tels qu’Atuna doivent payer des intérêts sur leurs prêts. Mais ni Kiva ni ses prêteurs ne reçoivent d’intérêts en retour. En tant qu’organisme de bienfaisance agréé, ils ne sont pas autorisés à tirer un quelconque bénéfice des prêts.
Au début, M. Flannery tenait à changer cette situation.
« Cela aurait rendu la relation prêteur – emprunteur un peu plus digne et aurait marqué pour moi une avancée positive et empreinte de dignité, mais tout le monde n’est pas de cet avis », dit-il.
En fait, pour de nombreux prêteurs potentiels, recevoir des intérêts de la part des personnes les plus pauvres du monde est perçu davantage comme étant de l’exploitation que de la dignité.
Pourtant, même sans cette incitation en espèces, Kiva est en pleine croissance.
M. Shah ne souhaiterait certainement rien changer, même si la loi le permettait,
insistant sur le fait que ceux qui prêtent de l’argent sont plus intéressés par l’impact social provoqué que par les taux de rendement.
« Jusqu’à présent, nous avons vu Kiva grandir en termes de trafic sur le site et le nombre de personne désireuses de faire un prêt assez rapidement, même sans la composante taux d’intérêt », a-t-il déclaré.

Les prêteurs locaux

Alors pourquoi les emprunteurs doivent-ils payer des intérêts ?
Kiva, lui-même, continue à opérer via des subventions et une donation facultative qui encouragent les utilisateurs à se dépêcher d’apporter chaque prêt.
Cependant, l’argent n’est pas remis aux emprunteurs.
Au lieu de cela, ils travaillent avec de nombreux partenaires locaux sur le terrain, des institutions de micro-finance qui collectent les intérêts pour couvrir leurs frais généraux.
Ces derniers sont élevés, étant donné que cela coûte inévitablement plus cher de gérer 50 fois 100 dollars qu’une fois 5000 dollars.

Femme d’affaires

Mais au final, les efforts fournissent un soutien important aux entrepreneurs tels que Neema, une mère célibataire qui vend des tissus de porte à porte et est chanteuse au sein d’un groupe.
Neema a un esprit entrepreneurial énergique. Auparavant, elle avait également tenté de lancer une pharmacie, mais le coût élevé des médicaments et la réglementation l’ont découragée. Quand ce projet a échoué, elle a essayé de vendre du charbon de bois.
Mais, bien que polyvalente, le risque est que Neema répande ses activités de manière trop mince, donc elle se rend compte qu’à un certain niveau, elle devra choisir l’activité qui la satisfait le plus. Ce ne sera pas une décision facile.
« Je suis chanteuse depuis tellement d’années, le chant est une grande part de moi-même », explique Neema. « Mais j’ai également vu des gens monter dans les affaires et cela est mon rêve. Je souhaiterais être une femme d’affaires brillante aussi.”

Les prêts américains

Kiva ne cherche peut-être pas à créer de la richesse, mais cherche à accroître l’impact détenu.
Pour ce faire, Kiva a récemment décidé de s’élargir à un marché très différent, en offrant des prêts aux propriétaires d’entreprises aux Etats-Unis.
Cela a créé la controverse. A en croire quelques voix, Kiva devrait se concentrer sur le monde en développement étant donné qu’ils croient que fournir des prêts aux Etats-Unis va propager le même montant d’argent de manière plus parcimonieuse.
Kiva espère par contre que cela attirera davantage de personnes sur le site, accroissant la taille du montant d’argent pour tous.
L’ironie pour M. Flannery est que le lancement aux Etats-Unis était une réponse aux avis de nombreux membres du public.
« Pendant des années, nous avons reçu des messages de haine qui disaient « pourquoi financez-vous ces gens en Afrique quand sur notre propre territoire, les gens ont besoin d’aide » », dit-il.
Ce que Kiva essaie de faire soulève de nombreuses questions.
Ils ont des objectifs ambitieux et le chemin qu’ils prennent pour les atteindre pourrait ne pas être le plus approprié.
Mais bien que leurs procédés pourraient être clairement améliorés, l’espoir et l’optimisme que les prêts ont fournis aux deux femmes en Tanzanie est certain.
« A présent, j’ai l’argent nécessaire pour envoyer mes enfants à l’école, je peux payer pour leur transport et leurs cours », dit Atuna. « Et en ce qui me concerne, j’ai de l’argent pour mes besoins personnels ».

Source : Small lenders help developing entrepreneurs, by Joe Loncraine. Alvin’s Guide To Good Business, BBC World, Tanzania & California : BBC News