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14 mars 2010 | Imprimer cette page

Les écoles doivent se mettre à la technologie mobile

par Pauline Constant

La nécessité pour les établissements scolaires de se préparer à l’apprentissage du XXIe siècle était l’une des priorités de la conférence du BETT de cette année.

Selon le Professeur Stephen Heppell, spécialiste des méthodes d’apprentissage, les écoles doivent adopter les technologies mobiles, les jeux, les podcasts et les réseaux sociaux.

Elles devraient également s’écarter des modèles d’enseignement et de salles de classes traditionnels. Le fossé qui sépare les écoles adeptes à la technologie de celles qui ne le sont pas est en train de se creuser.
C’est ce qu’a déclaré le Prof. Heppell à des délégués lors du BETT 2010, le plus grand salon du numérique éducatif au monde.

Révolution technologique

Dans le même temps, l’équivalent du Ministre de l’Education britannique Vernon Coaker a réitéré l’engagement du gouvernement de placer la technologie au cœur du programme scolaire.

« Les professeurs doivent pouvoir accéder à des services innovants. Nous devons préparer nos élèves à la vie active. La technologie d’avant-garde est le fondement de nos réformes », a déclaré M. Coaker.

Le programme britannique « Construire des écoles pour l’avenir » (Building Schools for the Future) prévoit la reconstruction ou rénovation de chaque établissement secondaire public en Angleterre dans les 15 à 20 prochaines années.

Cependant, le Prof. Heppell estime qu’entre-temps il pourrait y avoir une fracture énorme entre les écoles : « il existe un fossé entre les écoles pionnières en la matière et celles qui se contentent de ne fournir qu’une version améliorée de l’enseignement du XIXe siècle. »

Les téléphones et la sonnerie de fin des cours

Durant la conférence, le débat a principalement porté sur la manière d’intégrer en douceur la technologie au programme scolaire.
Pour le Prof. Heppell, également conseiller en politiques technologiques auprès de nombreux gouvernements à travers le monde, la réponse est à la fois radicale et simple.

Il estime que les écoles doivent s’écarter de ce qu’il appelle « les téléphones et la sonnerie de fin des cours » (Cells and bells).
« Nous devons sortir du schéma de 35 minutes de cours. Il faut mettre en place une semaine d’éducation numérique et reconfigurer les écoles pour un apprentissage productif. Il faut des séances de cours plus longues et rendre les enfants responsables de leur propre apprentissage », a-t-il déclaré.

L’une des façons d’y arriver consiste à intégrer dans la classe les outils que les enfants utilisent en temps normal hors de l’école.

Des primaires sur Skype

Au lycée de Lampton, à Hounslow (quartier de Londres), le jeu est une composante importante de l’esprit de cette école. Des élèves étaient à la conférence pour montrer comment des consoles de jeux telles que la Wii ou des GPS pouvaient être des outils scolaires.

A l’école primaire de Cleveland, à Redbridge (nord-est de Londres), des élèves d’une dizaine d’années s’emploient à créer leurs propres jeux sur ordinateur. Rezwana, 11 ans, nous explique : « on a écrit l’histoire, crée les personnages et dessiné les décors ».

Pour son camarade Pawan, du même âge, « plus d’écoles devraient utiliser les logiciels parce qu’on peut mettre ce qu’on pense personnellement dans le jeu ».

Les jeux créés par ces élèves ont été envoyés à une école primaire voisine et testés par des enfants d’environ 6 ans. Ces derniers ont suggéré des améliorations par Skype.

Mais adopter la technologie est loin d’être le credo de toutes les écoles. Bon nombre d’entre elles interdissent encore l’utilisation des téléphones portables et des sites tels que Facebook.

Selon le Prof. Heppell, « éteindre les portables revient à éteindre les enfants. Les écoles dites « difficiles » tournent la technologie mobile à leur avantage, en mettant en service un numéro de téléphone sur lequel les élèves peuvent par SMS faire part de leur avis sur des questions telles que l’intimidation.

Une étude menée par Intel a révélé que les enseignants semblent vouloir se tourner davantage vers la technologie mais que les ressources sont insuffisantes pour aller dans leur sens. Intel, qui a investi 1 milliard de livres sterling dans des programmes éducatifs ces dix dernières années, a interrogé 2700 professeurs dans 15 pays à propos de la technologie dans leurs établissements.

Alors que 98% d’entre eux considèrent que la technologie joue un rôle crucial dans la préparation des élèves à la vie active, les trois quarts estiment également que les gouvernements n’en faisaient pas assez.

Pour 70% des enseignants interrogés, les enfants devraient être équipés d’un ordinateur portable, mais en réalité, seuls 3% en ont un.

Accès à Internet depuis la maison

« La pire chose que vous puissiez faire, c’est donner à un enfant un ordinateur sans connexion à Internet » pense Lila Ibrahim, directrice générale du groupe des marchés émergents chez Intel.

Au Royaume-Uni, le gouvernement vient de lancer un nouveau programme intitulé « Accès depuis la maison » (Home Access) visant à offrir à la fois la connexion à Internet et le matériel informatique à 270 000 familles à revenus modestes d’ici à mars 2011.

Les familles susceptibles d’en bénéficier doivent faire la demande d’une bourse et recevront 500 livres sterling servant à acheter un modem et un forfait auprès d’une gamme de fournisseurs définie.

Selon Stephen Crowne, directeur général de Becta, une agence gouvernementale qui coordonne le projet, le fait que les familles choisissent leur kit rend le programme plus prometteur que les précédents.

Chris Green fait partie d’une des familles pilotes qui ont testé ce
programme dans le Suffolk. Elle note d’importants progrès chez son fils Colin et déclare : « il l’utilise pour ses devoirs et je peux accéder au site de son école. Je ne le ferais pas sans ça. » Colin est sur le point de passer l’équivalent britannique du brevet des collèges et envisage de faire des études supérieures, chose qui était impensable il y a un an.

Ce n’est pas pour autant que le programme « Accès depuis la maison » convainc tout le monde.

« L’accès depuis la maison est nécessaire mais insuffisant. On ne peut pas se contenter de parachuter la technologie dans les chaumières, pense le Prof. Heppell. Nous n’avons pas beaucoup œuvré à ce que les mères aident leurs enfants à lire et nous devons nous assurer de le faire avec les ordinateurs. Sans ça, c’est bien beau d’avoir un ordinateur, mais ça ne résout pas le problème. »

Il a averti que les écoles aussi doivent s’adapter sinon de plus en plus d’élèves vont rejeter le système scolaire actuel.

« Tapez « écoles virtuelles » sur Google et vous obtiendrez 387 000 entrées. A l’avenir, les enfants pourront choisir où et comment ils veulent apprendre et si les écoles ne sont pas attrayantes, ils n’iront pas. »

http://news.bbc.co.uk/go/pr/fr/-/2/hi/technology/8457679.stm