Accueil : TIC et développement  :

30 décembre 2009 | Imprimer cette page

L’e-démocratie est-elle une bonne chose ?

par Angelika Zapszalka

Nous devons nous pencher sérieusement sur ce que la démocratie numérique est capable de nous apporter, déclare Bill Thompson.

“Peu importe le vainqueur des prochaines élections législatives, nous sommes sur le point d’inaugurer l’ère du numérique en Grande-Bretagne, et nous ferions mieux de nous y préparer.

Il se pourrait que les connections haut débit demeurent encore péniblement lentes, mais le souhait de fournir un accès Internet à tout le monde sera réalisé en raison du besoin pressant d’économiser de l’argent par une réforme des services publics, une réduction des coûts et une amélioration du rendement et cela, peu importe qui soit au pouvoir.

Nous connaîtrons donc l’universalité de l’accès Internet uniquement parce que les bénéfices financiers des services publics en ligne ne seront réalisables que si presque tout le monde y a accès.

Des prestations hors ligne seront toujours possibles, pour ceux qui ne peuvent pas être servis correctement au moyen d’un écran et d’un clavier d’ordinateur. Comme beaucoup d’autres personnes, je vais me battre pour cela.

Cependant, au cours de cinq prochaines années, nous pouvons nous attendre à une utilisation croissante des outils en ligne, qui deviendrait la principale façon d’accéder aux services fournis par l’Etat.

Je renouvelle déjà ma taxe de circulation, paye ma TVA et ma taxe sur le revenu, remets de l’argent pour ma licence de télévision et règle mon amende pour quelques stationnements interdits, et je m’inscrits même au scrutin électoral, en ligne.

Exigences de transparence

La ruée vers le numérique sera aussi alimentée par une exigence croissante de transparence, étant donné que la crise de défiance envers nos députés née des révélations à partir de réclamations fiscales fait son chemin à travers le système politique.

De plus, un souhait d’imiter le président américain Obama donnera une impulsion supplémentaire à la « Googleisation » du Centre des technologies de l’information de l’Etat et aux initiatives telles que data.gov.uk.

Toute ressemblance avec son cousin transatlantique data.gov, qui parle fièrement de sa mission stimulante consistant à « augmenter l’accès public à des ensembles de données de grande valeur et exploitables par ordinateur, générées par le pouvoir exécutif du gouvernement fédéral », est bien sûr entièrement délibérée.

Mais introduire les technologies numériques au cœur de la société ne consiste pas seulement à fournir des ordinateurs, des sites web et des connexions internet et de s’y faire.

Comme nous avons pu le constater à travers les tentatives d’utilisation d’ordinateurs en classe, les nouvelles technologies ne débouchent pas forcément sur des résultats positifs.

Au sein du secteur éducatif, le débat autour des véritables bienfaits des ordinateurs en classe et la substitution graduelle des textes imprimés par des livres électroniques (e-books) devient de plus en plus vif et nous devrions nous attendre à de semblables controverses partout ailleurs.

Les enjeux sont élevés en ce qui concerne le défi de transformation du gouvernement, et nous ne pouvons pas nous permettre de prendre à la légère les transformations à entreprendre à l’égard de la démocratie numérique.

Facebook et Foucault

Heureusement, les nouveaux théoriciens de la société contemporaine, la génération ayant grandi avec les ordinateurs qui connaissent aussi bien Facebook que Foucault, peuvent prêter main-forte dans ce nouveau domaine.

L’un des penseurs les plus influents est Will Davies. Celui-ci a fait ses preuves aux côtés de l’économiste Will Hutton dans le laboratoire d’idées « The Work Foundation », où il était en première position du projet innovateur iSociety.

Il est à présent chercheur au sein de la Said Business School de l’université d’Oxford.

M. Davies incite Weber, Hayek, Weinberger, Arendt et même Habermas à se pencher sur la question de savoir si une information décentralisée au travers de services en ligne tels que data.gov.uk peut nous offrir un bon gouvernement.

Sa conclusion est la suivante. Alors que celle-ci peut procurer transparence et même responsabilité, elle ne pourra jamais maintenir la légitimité que procure un état démocratique.

Il offre un raisonnement étoffé et complexe, écrit pour un public qui connaît bien les auteurs dont il parle.

Les écrits de Davies ne sont pas destinés à tout le monde, mais ils peuvent se révéler être une lecture intéressante pour tous ceux qui souhaitent comprendre l’implication des structures sociales et politiques dans les changements technologiques que nous semblons avoir acceptés comme s’ils étaient imparables.

C’est le type de pensée dont nous avons désespérément besoin si nous voulons comprendre le devenir technologique qui nous est offert par les politiciens de tous les partis principaux, et dans tous les pays en développement, étant donné qu’ils sont séduits par Google, Microsoft et Facebook, jusqu’à penser que la recherche, les réseaux sociaux et les logiciels informatiques pourraient nous aider à résoudre de nombreux problèmes planétaires.

Nous devons espérer que les politiciens qui nous trainent vers le devenir numérique prennent le temps de lire et de considérer les questions les plus profondes soulevées par des gens comme Davies au lieu de se limiter à adhérer aveuglément au programme. Autrement, nous en serons tous les victimes.”

Bill Thompson est un journaliste indépendant et un commentateur régulier du service mondial BBC pour le programme Planète Numérique.

Source : "Is e-democracy a good thing ?", by Bill Thompson, UK BBC