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7 novembre 2009 | Imprimer cette page

Les banques africaines sur téléphone portable

par Pauline Constant

Par Drew Hinshaw. Publié le 28 mai 2009. GlobalPost

ACCRA, Ghana – La majeure partie de la population active n’existe pas ici, du moins pas dans les fichiers des banques dignes de confiance : les chauffeurs de taxi cachent leur salaire sous leur tapis et les vendeuses sur les marchés accrochent leurs revenus à la taille de leurs jupes-portefeuille.

Ce sont les « non-bancarisés », c’est-à-dire les clients potentiels momentanément invisibles, perdus parmi les 80% d’Africains qui placent leur argent dans des canettes et des sacs banane. Ils ne tiennent pas les sortes de comptes que l’on peut présenter au moment de souscrire à un prêt.

L’économie africaine des transactions en espèces et des épargnes sous le matelas a été pendant longtemps autant un obstacle à la croissance économique du continent que la cause et l’excuse pour le refus d’octroyer des crédits à ses pauvres.

Mais désormais, à une époque où 10 millions de Ghanéens possèdent un téléphone portable, les banques du monde entier, les réseaux de téléphonie mobile et les agences d’aide au développement viennent ici pour transformer une chose en une autre : pour faire quelques modifications sur une carte SIM, contourner quelques réglementations, et voilà ! Un simple téléphone à carte rechargeable devient ce qui ressemble de près à un compte en banque, une manière d’envoyer de l’argent entre utilisateurs par le biais de cette complexe économie.

« C’est la prochaine ruée vers l’or », estime Michael Amankwah, PDG de CoreNet, un fabricant de distributeurs automatiques ghanéen. Il explique ouvertement que ses affaires vont « décoller » lorsque les opérations bancaires par téléphone vont se développer. « C’est l’avenir des paiements et des transactions ici. »

Des compagnies téléphoniques au Kenya et en Afrique du Sud brassent déjà des millions de rands et de shillings chaque jour grâce aux SMS hors-forfait – peut-être pour aider un proche en difficulté qui habite loin à acheter des médicaments ou pour payer des ouvriers qui récoltent dans une exploitation lointaine.

En mars, MTN, le plus grand réseau de téléphonie mobile africain, a rendu public son projet d’étendre son service appelé Mobile Money à 21 pays et va même lancer une carte de débit aux couleurs de MTN. En Côte d’Ivoire, le géant téléphonique français Orange est en train de façonner un programme similaire. De plus, l’entreprise britannique Monitise - qui n’est pas une compagnie téléphonique – va faire de même dans huit pays d’Afrique de l’Est, y compris en République Démocratique du Congo.

D’après David Andah, secrétaire exécutif du Réseau des Institutions de Microfinance, « c’est une manière d’inclure un grand nombre de personnes exclues du système financier. Je parle de cette femme qui vend du poisson sur la plage, de ces gens qui ne sont pas du tout connectés. »

Les analystes espèrent que des programmes semblables vont décoller dans la plupart des pays africains en un an. Ils prévoient que plusieurs centaines de millions des commerçants, agriculteurs et travailleurs les moins connectés d’Afrique auront accès au système bancaire d’ici trois à cinq ans.

Pour les villes de petite taille et les villages coupés du monde qui ont envoyé des générations de jeunes talents et des ressources naturelles dans les villes en plein essor, il s’agit d’une avancée spectaculaire. Cette technologie devrait permettre de faciliter le retour des paiements et pour les propriétaires terriens de gérer plusieurs exploitations éparpillées.

Ceux qui seront suffisamment chanceux pour obtenir un micro-prêt pourront recevoir des paiements sans avoir à se déplacer pendant des heures. Ceux qui auront suffisamment d’espoir pour demander un prêt pourront présenter des preuves de revenus, ne serait-ce que par SMS.

En outre, dans les capitales de tous les pays nouvellement équipés du système bancaire par téléphone portable, les gouvernements sont face à l’option alléchante de taxer des millions supplémentaires de petits achats par jour, dans tous les recoins impraticables où les bureaucrates se rendent rarement.

Selon Kofi Kufuor, le gérant ghanéen d’Afric Xpress, une entreprise qui aide les Ghanéens à payer leurs factures et à effectuer des transferts d’argent via SMS, « puisque la société sans espèce s’accroît, les conséquences vont être assez lourdes. Nous parlons de sommes d’argent colossales. »

Et de beaucoup de monde : « sur les 6,1 milliards d’habitants de cette planète, seulement 1,5 à 2 milliards possèdent un compte en banque, déclare Prateek Shrivastava, stratège international en chef chez Monitise. Des milliards de personnes vont s’y intéresser. »

Déjà, de tous ces milliards de personnes, dont les transactions infinitésimales étaient jadis si étrangères aux institutions financières de ce monde, personne ne va autant en bénéficier que les compagnies de télécommunications africaines toujours plus puissantes, ces conglomérats qui ont construit les tours cellulaires de ce continent qui lui permettent de passer des appels.

Pour M. Amankwah, de CoreNet, « ces mecs vont être plus riches que Google et que Microsoft dans les zones où ils opèrent. Les télécoms génèrent déjà plus d’argent que les banques. Et ils contrôlent les chaînes, c’est leur carte SIM. Vous utilisez leur réseau. Ces mecs vont être des rois. »

Texte original : http://www.globalpost.com/dispatch/ghana/090527/africa-looks-cell-phone-banking?page=0,0