Accueil : TIC et développement  :

25 octobre 2009 | Imprimer cette page

Un ordinateur portable par élève, en Uruguay

par Angelika Zapszalka

L’Uruguay est le premier pays à fournir un ordinateur portable à tous les enfants des écoles primaires publiques.

Le Président Tabaré Vazques a présenté le dernier modèle du portable XO aux élèves d’une école de Montevideo, le 13 octobre.

Ces deux dernières années, 362 000 élèves et 18 000 enseignants ont été impliqués dans le projet.

Le projet « Plan Ceibal » (Education Connect) a permis à de nombreuses familles d’approcher l’univers des ordinateurs et l’internet pour la première fois.

L’Uruguay participe au programme One Laptop per Child (OLPC, Un ordinateur portable par enfant), une organisation fondée par le pionnier de l’internet Nicholas Negroponte. Son intention première était de concevoir des portables à 100 USD (67 euros) mais ceux-ci se sont avérés plus onéreux.

Le programme uruguayen coûte à l’Etat 260 USD (174 euros) par enfant, frais de maintenance, réparation des équipements, formation des enseignants et connexion internet inclus.

Le montant total représente moins de 5% du budget de l’éducation nationale.

Environ 70% des portables XO distribués par le gouvernement ont été confiés à des enfants ne possédant pas d’ordinateur à la maison.

« Il ne s’agit pas seulement d’une distribution de portables ou d’un programme éducatif. Le projet tend à réduire le fossé qui sépare le monde digital et le monde de la connaissance », explique Miguel Brechner, directeur du laboratoire technologique d’Uruguay et chargé du Plan Ceibal.

Dans un projet similaire, chaque enfant de Niue, un petit pays de l’océan Pacifique sud, détient un ordinateur portable OLPC. En 2008, le Portugal s’est engagé à distribuer un ordinateur Classmate Intel à tous les enfants du pays âgés de 6 à 10 ans.

« Une révolution »

A la veille des élections présidentielles en Uruguay (fixées au 25 octobre 2009), le projet est présenté comme une réussite attribuée au gouvernement de Tabaré Vazquez.

« C’est une révolution qui nous a beaucoup aidé, mais qui n’a pas été facile », explique Lourdes Bardino, directrice de l’Ecole n°173 de Las Piedras. D’après Mme Bardino, certains instituteurs étaient originairement opposés à l’introduction des portables XO. « Nous avons dans notre école une dame qui enseigne depuis 30 ans. Lorsque nous avons reçu les ordinateurs et la formation, elle a souhaité partir car elle ne désirait pas être impliquée dans le programme. Plus tard, elle a changé d’avis et, aujourd’hui, les ordinateurs ont modifié sa façon d’enseigner ». Tous les instituteurs ont été formés, mais ils restent libres de choisir la fréquence d’utilisation des ordinateurs en classe.

Une recherche menée récemment par le Système éducatif public a révélé que certains instituteurs ont décidé de ne pas inclure les démarches d’analyse informatique dans leur plan de travail.

Coûts et critiques

Les ordinateurs portables sont équipés d’un système Linux avec une interface utilisateur appelée Sugar. Ces composantes suscitent des critiques de la part de certains détracteurs qui leur reprochent un manque de corrélation avec le courant principal.

Cependant, M. Brechner considère que les enfants devraient acquérir les compétences informatiques indépendamment des logiciels intégrés. Les enfants aveugles sont formés à l’aide du système d’exploitation Microsoft Windows, déclare-t-il.

Le coût annuel d’entretien du programme, qui englobe aussi un portail d’informations pour les élèves et les enseignants, sera de21 USD (14 euros) par enfant.

L’avenir

Maintenant que tous les élèves ont leur ordinateur, les autorités expriment leur souhait d’entretenir une connexion entre les écoles, et particulièrement celles des régions rurales, dans lesquelles nombreux sont ceux qui ne détiennent pas encore d’accès internet.

Des plans sont mis en œuvre afin d’élargir le programme aux écoles secondaires et maternelles l’année prochaine.

Les organisateurs du Plan Ceibal ont établit un conseil en vue de guider les autres pays désireux de répéter l’expérience uruguayenne.

M. Brechner a signalé que le Rwanda, le Salvador, le Paraguay, quelques provinces d’Argentine et la Colombie sont entrés en contact avec eux, bien qu’ils ne soient pas encore décidés à engager leurs services.

« Nos aimerions les aider dans leurs contraintes, planifications, évaluations, le choix des logiciels à utiliser, la façon de diffuser l’information, tout le « savoir-faire » que nous avons acquis. Nous n’avons pas de mode d‘emploi. Il s’agit d’un scenario annonceur d’un bouleversement culturel que beaucoup de pays ont peur de mettre en pratique ».

By Verónica Psetizki
Montevideo, Uruguay
BBC