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20 octobre 2009 | Imprimer cette page

Des téléphones portables pour changer le monde

par Pauline Constant

Un projet de l’Institut de Technologie du Massachusetts se penche sur la création de programmes venant en aide aux travailleurs médicaux et aux agriculteurs dans les pays en développement

Par D.C. Denison, journaliste au Boston Globe | 14 Octobre 2009

Voici un appareil médical pas comme les autres : un élégant smartphone, plus facilement trouvable dans une boîte de nuit que dans un centre de soins rural. Mais cet appareil est équipé de logiciels qui offrent aux travailleurs médicaux de la province de Batanes, la plus reculée au Nord des Philippines, un gain de temps considérable pour transmettre des rayons X à un radiologue – et par conséquent pour obtenir le diagnostic d’un test de dépistage de la tuberculose.

Crée par Moca, une association à but non lucratif, ce logiciel compte parmi les près de vingt-cinq projets de téléphonie mobile lancés à l’initiative de NextLab, un cours dispensé à l’Institut de Technologie du Massachusetts (« Massachusetts Institute of Technology », MIT) par Jonathan Rotberg. Ce professeur a été envoyé au MIT par Telmex, l’une des plus importantes compagnies de télécommunications en Amérique Latine, afin de rendre accessible la technologie mobile aux « 90% de la population » qui échappent aux stratégies de marketing de la majorité des groupes téléphoniques.

Tandis qu’il parle de son poste chez Telmex, M. Rotberg dessine un pic avec ses mains. « Auparavant, nous traitions avec le sommet de la pyramide, déclare-t-il assis dans son bureau au MIT. Nous passions le plus clair de notre temps à essayer de vendre plus de téléphones et autres produits aux classes moyennes et à la bourgeoisie. »

Ainsi, il y a trois ans, grâce à une bourse octroyée par la fondation de l’investisseur mexicain Carlos Slim, Telmex a envoyé M. Rotberg au MIT pour élaborer des méthodes visant à utiliser les téléphones portables pour aider les « pays limités en ressources, c’est-à-dire les pays en développement, les pays à faibles revenus. »

Lorsque M. Rotberg s’est lancé dans la recherche et l’enseignement au Media Lab, il a fait la découverte suivante : le service permettant aux adolescents américains de s’envoyer des SMS peut être adapté aux besoins des agriculteurs mexicains et des femmes indiennes illettrées.

D’après lui, « les téléphones portables sont économiques, personnels, connectés et partout. Ils sont également le cheval de Troie par excellence du développement social parce-qu’il n’est pas nécessaire de convaincre qui que ce soit d’en acheter un. »

Pendant le NextLab, M. Rotberg a mis ses élèves au défi en leur posant la question suivante : « est-ce que pouvez faire en sorte qu’un téléphone portable change le monde ? ». Ce à quoi ses élèves ont répondu en mettant sur pied près de deux douzaines de projets et trois jeunes start-ups qui fonctionnent grâce au travail de communautés locales dans des pays en développement tels que l’Inde, le Vietnam et le Mexique.

« C’est comme si ça vous sautait au visage, l’impact positif qu’on peut avoir avec la technologie mobile », s’exclame Zack Anderson, un jeune diplômé du MIT et membre de l’équipe à l’origine de Moca, cette association non-lucrative qui se consacre au développement de logiciels pour téléphones portables dans le but de renforcer l’accès aux soins de santé dans les pays les moins bien lotis.

Toujours d’après Anderson, « le prochain million de nouveaux internautes se connecteront sur leurs téléphones portables, pas sur leurs ordinateurs. Ça fait réfléchir aux possibilités de diffuser tout ça. »

L’équipe de Moca a fait du cours de M. Rotberg un vrai laboratoire d’idées et a décidé de mettre l’accent sur les façons de faciliter la communication par téléphones portables entre les travailleurs médicaux situés dans les zones rurales et les médecins qui se trouvent plus souvent en ville.

L’été dernier, Moca a lancé un programme pilote dans la province de Batanes en utilisant des téléphones portables pour envoyer des rayons X à des médecins situés en ville afin de mener des tests de dépistage.

Leo Anthony Celi, un physicien qui a obtenu récemment un master au MIT, a voyagé trois fois aux Philippines afin d’évaluer le travail de Moca sur le terrain.

« En réalité, les Philippines ont adopté le système de SMS bien avant les États-Unis, donc il existe déjà une plateforme que l’on peut exploiter, a-t-il déclaré. Nous avons commencé par les rayons X mais rien ne nous empêche de transmettre également des vidéos d’ultrasons, des échocardiogrammes, et autres imageries médicales. »

La téléphonie mobile fonctionne très bien pour ce que l’on appelle la télé-médecine, c’est-à-dire des réseaux qui relient des régions reculées grâce à des diagnostics et des conseils médicaux poussés. Les téléphones portables sont également des outils servant aux entrepreneurs sociaux à développer le commerce dans les zones reculées et à promouvoir l’alphabétisation.

Dinube, une spin-off de NextLab testée au Mexique l’été dernier, fournit des services de paiement aux populations qui n’ont pas accès aux banques traditionnelles.

Selon Jonathan Hayes, co-fondateur de Dinube, « l’une des forces du téléphone portable au Mexique est que le taux de pénétration est de 75%. Par contre, seulement un quart de la population possède un compte en banque. Un système qui fonctionne via les portables permet ainsi de combler un énorme fossé. »

Deux autres projets élaborés par NextLab montrent l’étendue de la gamme des programmes : CelEdu, qui offre des jeux et questionnaires sur portable, est utilisé en Inde pour enseigner les bases de l’alphabétisation. Le programme Zaca – développé par des étudiants du MIT et des universités de Harvard et de Tufts – aide les agriculteurs à conclure des marchés grâce à leurs portables, en évitant ainsi le coût élevé d’un intermédiaire. Ce système peut également communiquer le cours du prix des récoltes ainsi que des conseils sur les pratiques de culture.

Le « Legatum Center » du MIT soutient un ensemble de projets innovants consacrés à la modernisation dans les pays en développement et quatre d’entre eux, basés sur l’utilisation des téléphones portables, sont en gestation. Cela n’a rien d’étonnant quand on sait que le directeur du centre, Iqbal Quadir, est le fondateur de Grameenphone, une entreprise qui a introduit au Bangladesh dans les années 1990 un service de téléphonie mobile à bas coût.

D’après M. Quadir, « les téléphones portables n’en sont qu’à leurs débuts, parce-qu’ils sont en train de devenir des ordinateurs. À votre avis, quelles sont les limites des ordinateurs ? Eh bien, il n’y en a pas. »

Pour ne pas se laisser dépasser par cette technologie en rapide évolution, M. Rotberg a lancé récemment ce qu’il appelle la version 2.0 de NextLab. Le cours qui se déroulera au printemps au sein du Centre des Transports et de la Logistique du MIT sera consacré à la création d’une plateforme s’appuyant sur les téléphones portables qui servira à une large gamme de projets.

Pour M. Rotberg, « ce qui est magique avec ce type de technologie, c’est qu’on peut créer quelque chose d’un côté puis le modifier et l’utiliser ailleurs. Il n’est pas imprudent de déclarer qu’il y aura encore plus de possibilités d’adaptation pour la technologie mobile. »

« Il n’est en aucun cas question d’augmenter l’empreinte écologique des téléphones portables, de réduire leur prix et de donner encore plus de place à l’informatique, ajoute-t-il. La seule question est de savoir si l’on reconnaîtra un jour qu’il s’agit d’une opportunité d’amélioration sociale. »

Texte original : http://www.boston.com/business/technology/articles/2009/10/14/mit_program_looks_at_ways_to_change_the_world_using_cellphones/?page=1