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8 octobre 2009 | Imprimer cette page

Les téléphones portables, véritables bouées de sauvetage pour l’Afrique.

par Pauline Constant

Selon Ken Banks, développeur, si voulez voir la réaction de l’Afrique de l’est face à l’arrivée des réseaux Internet à grande vitesse, il suffit d’observer le marché de la téléphonie mobile.

Sur un continent qui a souvent mauvaise presse, les innovations "faites maison" sont en train de connaître une forte hausse. En l’absence d’Internet à grande vitesse, la plupart des activités se concentrent sur la technologie mobile.

Aujourd’hui, avec un accès à Internet, un téléphone portable bon marché, un kit de développement de logiciel et ce type d’engouement audacieux que l’ont retrouve chez beaucoup d’Africains, un programmateur informatique expert en technologie possède en main tous les outils permettant de résoudre un problème, qu’il soit d’ordre commercial, technique ou social. Et c’est ce qu’ils font.

L’innovation dans le secteur des téléphones portables est particulièrement intéressante en Afrique, parce-qu’elle est souvent issue d’une nécessité. De plus, nombreux sont les pays africains qui disposent d’un environnement intéressant dans lequel l’innovation en termes de services est aussi commune que celle qui touche les logiciels ou le matériel informatique.

S’il y a une chose que j’ai remarquée au cours de ces seize dernières années passées à travailler par périodes en Afrique, c’est bien cela. Les Africains sont très loin d’être les destinataires passifs de la technologie que beaucoup de personnes semblent s’imaginer.

En effet, certains des services de téléphonie mobile les plus intéressants et les plus innovants au monde ont vu le jour grâce à une utilisation locale ingénieuse de la technologie.

Des services tels que "Call me" (littéralement "appelez-moi") - grâce auquel les clients de nombreux réseaux africains peuvent envoyer un nombre limité de SMS gratuits par jour demandant à être appelés lorsqu’ils n’ont plus de crédit – ont vu le jour suite aux "bips" ou autres "appels manqués" (en d’autres termes, lorsqu’on appelle sur un numéro et que l’on raccroche immédiatement, pour indiquer que l’on veut parler avec l’interlocuteur).

Les services actuels de ce type, plus formels et officiels, sont la conséquence directe de ce comportement ambitieux.

Le concept des paiements par téléphone portable a suivi le même parcours. Dans un nombre croissant de pays africains, il est possible de régler le paiement de biens et services grâce à votre téléphone portable, chose qui n’est qu’un lointain espoir pour la majorité des populations des pays dits "en développement".

De fait, les utilisateurs des zones rurales en Ouganda cherchaient des manières innovantes permettant d’utiliser leurs téléphones pour effectuer des paiements bien avant que Vodafone et Safaricom ne formalisent le service sous le nom de M-Pesa.

Si vous cherchez de l’innovation dans les paiements par téléphone portable, ne cherchez pas plus loin que l’Afrique de l’est, que la fibre optique y soit installée ou pas.

Des innovateurs locaux travaillent également à la frontière entre les couches populaires et le secteur privé, plus formel. Ces individus talentueux envisagent toutes sortes de solutions à toutes sortes de problèmes.

Des solutions intelligentes

Il suffit de regarder des sites comme Afrigadget, qui expose avec fierté l’ingéniosité africaine, pour voir toutes les sortes de choses possibles, même dans des environnements limités en ressources.

Le "Fish detector" de Pascal Katana par exemple, est capable à l’aide d’un téléphone portable de capter grâce à l’acoustique des bancs de poissons et d’alerter par SMS les pêcheurs environnants. Le système "Block & Track" crée par Morris Mbetsa est quant à lui une sorte d’anti-vol capable de détecter les véhicules grâce à un téléphone portable.

Ces deux innovations ont beau être aussi ingénieuses l’une que l’autre, leurs concepteurs ont deux histoires on ne peut plus différentes. Tandis que Pascal est étudiant en quatrième année en Ingénierie de l’information et électrique, Morris n’a lui aucun titre officiel de formation en électronique. Leurs seuls points communs sont qu’ils sont tous deux kenyans, intelligents, ambitieux et déterminés, et qu’ils s’attaquent à des problèmes réels.

Repérer et alimenter ce type de talent est vu comme fondamental pour la croissance des technologies de l’information et de la communication en Afrique de l’est. C’est pour cette raison que les universités se situent de plus en plus au cœur de cette démarche.

Aujourd’hui, bon nombre d’initiatives poursuivent l’œuvre innovante de Nathan Eagle. Grâce à son programme EPROM [1], ce professeur de l’Institut de Technologie du Massachusets avait soumit l’idée aux facultés d’informatique en Afrique de l’est de créer des cours de programmation de téléphones portables.

Désormais, des universités telles que Strathmore au Kenya et Thies au Sénégal organisent régulièrement des "journées de formation" sur quelques jours qui offrent à des étudiants un cours sur le développement des applications de téléphones portables.

Même si le monde de l’entreprise aurait préféré que cela se produise plus beaucoup plus tôt, pour la communauté de la téléphonie mobile l’arrivée du câble Seacom [2] semble tomber à point nommé. Il y a selon moi trois raisons à cela.

Une nouvelle bande passante

Premièrement, le monde de l’éducation est en train de gagner en importance : les étudiants ont toujours plus d’opportunités d’apprendre à programmer et à innover dans les téléphones portables, la technologie la plus utilisée dans leurs pays à l’heure actuelle.

Deuxièmement, pour la première fois l’année dernière, il y a eu davantage d’envois vers l’Afrique de combinés de téléphones munis de capacités de données que sans. Très rapidement, la majorité des consommateurs possèderont un combiné capable de se connecter à Internet, créant un nouvel ensemble d’opportunités pour les innovateurs et entrepreneurs en herbe.

Dernièrement, les technologies sans fil – certainement un mélange de téléphones portables et de Wimax [3], et peut-être d’autres systèmes - seront probablement le moyen permettant de partager la toute nouvelle bande passante trouvée en Afrique de l’est avec la majorité de ses citoyens. Une couverture plus étendue, en particulier jusqu’à ce qu’on appelle la "boucle locale" [4] , représente encore plus d’opportunités, en particulier pour le secteur du développement qui à l’heure actuelle lutte pour toucher de nombreuses personnes dans cette zone.

Tandis que les internautes sont de plus en plus nombreux et que la connexion de l’Afrique de l’est au reste du monde ne cesse d’augmenter, la puissance et l’esprit de l’ambition africaine passeront difficilement inaperçus.

Cet esprit a assurément toujours été présent, mais c’est peut-être la technologie de la téléphonie mobile – et maintenant peut-être l’arrivée d’un certain câble à fibre optique - qui a réussi à créer un environnement véritablement propice à son épanouissement.

Ken Banks est le fondateur de kiwanja.net, une organisation qui promeut l’utilisation de la technologie de la téléphonie mobile au service du changement social positif et de l’environnement dans le monde en développement.

Texte original : http://news.bbc.co.uk/2/hi/technology/8256818.stm


[1NDLT : "Erasable Programmable Read-Only Memory", type de mémoire morte reprogrammable. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Erasable_Programmable_Read_Only_Memory

[2NDLT : Opérationnel en 2009, ce câble à fibre optique fournit une bande passante à grande capacité en Afrique australe et de l’est, en Europe et en Asie du sud. Source : http://www.seacom.mu/overview/overview.html

[3NDLT : "Worldwide Interoperability for Microwave Access". Le WiMAX est une technologie hertzienne de transmission de données à haut débit. Elle permet notamment de surfer sur Internet en haut débit, de téléphoner (VoIP), ou encore d’interconnecter des réseaux d’entreprises. Contrairement à l’ADSL ou une autre technologie filaire, le WiMAX utilise les ondes radio, tout comme vous utilisez déjà la radio avec votre téléphone portable.
Source : http://www.altitudetelecom.fr/Wimax.asp

[4NDLT : Partie de la ligne téléphonique allant du répartiteur de l’opérateur téléphonique jusqu’à la prise téléphonique de l’abonné. Physiquement, il s’agit de tous les câbles urbains que l’on peut voir dans les rues, des câbles souterrains et même de la paire de fils arrivant chez l’usager. Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Boucle_locale