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14 octobre 2007 | Imprimer cette page

Premières Rencontres du Tourisme Responsable en région Centre - Pour un développement local durable -

par benedic

Ce samedi 29 septembre 07 a eu lieu à Tours la première journée sur le Tourisme Responsable en région Centre, séminaire organisé à l’initiative de la Région Centre, de Centraider et des Cités Unies. Ce sont à la fois des collectivités locales, des entreprises comme des agences de tourisme, et des ONG qui ont participé à ces rencontres ouvertes à tous.

Premières Rencontres du Tourisme Responsable en région Centre - Pour un développement local durable -

- Compte-rendu de Laura Bénédic pour l’AEDEV

Pourquoi ces rencontres s’imposaient-elles ?

L’objectif de ces rencontres était d’aller vers un tourisme responsable et durable, et ce pour plusieurs raisons : en premier lieu, les énergies fossiles sont trop néfastes pour l’environnement ; ensuite, il faut reconsidérer le touriste dans la société d’aujourd’hui car ses attentes sont bien précises et ont beaucoup évolué ; enfin, il faut absolument lutter contre le tourisme de masse qui entraîne de graves conséquences comme la pauvreté, la concentration et parfois le déplacement des populations locales (40 à 50 millions de paysans quittent leurs terres chaque année pour s’installer dans des bidonvilles), des problèmes de ressources, des nuisances environnementales et la défiguration des paysages.

Faire le point sur l’activité touristique [1]

  • Les exigences : elles sont de plus en plus variées. Ce sont des exigences de qualité (offre : accueil, prestations) et des exigences écologiques. On remarque que la durée des voyages est de plus en plus courte, que les prix sont de plus en plus bas avec une concurrence exacerbée, et que l’utilisation de l’outil Internet est aujourd’hui quasi-systématique (recherche d’informations et/ou achat de séjours). La demande change clairement, surtout que les clients sont plus volatiles et plus difficiles à satisfaire qu’auparavant.
  • L’industrie touristique en chiffres, c’est :
    • 800 millions de touristes internationaux/an (76 millions de visiteurs/an en France), 1,6 milliards prévus en 2020
    • Le tourisme représente 12 % du PIB mondial (env. 7 % pour la France), soit 633 milliards de dollars US
    • Une répartition du tourisme inégale au niveau géographique (n°1 : Europe ; n°2 : Amérique [voir graphique ci-dessous]) et économique (75% des profits reviennent au Nord)

Ordre des arrivées internationales 1950-2020 : 1) Europe ; 2) Amérique ; 3) Asie orientale/pacifique ; 4) Afrique ; 5) Moyen-Orient ; 6) Asie méridionale

Un nouveau touriste [2]

Désormais, le touriste ne part pas qu’en famille : il lui arrive de partir aussi avec des amis et il a des attentes plus variées (contact avec les populations locales, vacances sportives, etc.). Le rapport au temps a beaucoup évolué, ce qui est dû entre autres à la réduction du temps de travail, même si, paradoxalement, l’individu dans la société actuelle a très souvent l’impression de ne plus avoir de temps pour soi et subit un stress plus important. Aujourd’hui, le touriste cherche à « rentabiliser » le plus possible son séjour, c’est-à-dire qu’il veut voir beaucoup de choses en un laps de temps assez court.
Les valeurs du touriste les plus souvent citées sont le respect, l’observation de la nature et les pratiques sportives. Par ailleurs, il éprouve de plus en plus le besoin de savoir comment sera distribué l’argent qu’il paye pour son voyage.
On remarque ces dernières années une évolution de la prise de conscience, notamment depuis le Sommet Mondial sur le Développement Durable de 2002 à Johannesbourg, bien qu’elle soit encore insuffisante (seulement 5 000 touristes solidaires par an en France contre 15 000 en Italie). En 2005, 29 % des touristes voyageant à l’étranger avaient entendu parler du tourisme solidaire - un tourisme de niche qui l’est de moins en moins -, et 66 % de ces personnes étaient intéressées [3]. Les mentalités évoluent cependant lentement car dans la pratique, seulement 1 à 3 % des voyages vendus sont solidaires.

Des idées à développer

Voici énumérées quelques pistes évoquées à l’occasion de cette journée sur le tourisme responsable :

  • Il faut savoir que le développement dans les pays d’accueil de petites structures d’hébergement, de restauration, ainsi que la valorisation des produits locaux suffit à faire vivre 30 à 35 familles parfois. La diversification de leurs activités peut s’en ressentir sur l’environnement (ex : l’initiative italienne du « pescatourisme » - des professionnels de la pêche prennent quelques touristes sur leur embarcation pour leur faire découvrir leur métier -. Les pêcheurs passent du temps avec les touristes et pêchent ainsi beaucoup moins de poissons).
  • solliciter plus souvent les média
  • développer des jumelages entre les collectivités Nord et Sud
  • favoriser des synergies thématiques
  • développer le tourisme rural, surtout face aux surcharges des littoraux liées à la venue massive de touristes. Avec 3 milliards d’urbains en 2007 (80 % des habitants en Europe vivent en ville), le tourisme rural a encore de l’avenir car quand on est urbain, on a un taux de départ en vacances plus important que les autres.
  • œuvrer pour que l’UNESCO inscrive des sites culturels et naturels au Patrimoine mondial de l’humanité (forte influence sur l’activité touristique) ou encore pour que des sites obtiennent la certification Green Globe et soient reconnus parcs naturels
  • travailler davantage avec les populations locales pour que le tourisme leur profite en leur permettant de vivre et de travailler (encore 1,5 milliards d’hommes sur terre sont sans logement)
  • demander aux gouvernements d’agir et en particulier dans les pays d’accueil
  • étendre davantage l’offre des séjours à toute l’année
  • faire payer le prix réel du séjour (certaines compagnies aériennes arrivent à proposer des transports low-cost car en fait elles négocient pour ne pas payer pas les taxes servant à limiter les dégradations du pays d’accueil)
  • donner davantage de moyens aux ONG pour mener à bien leurs projets, car elles n’ont souvent pas la possibilité de rémunérer les salariés et que leur action est surtout possible grâce à des subventions publiques dans un premier temps, puis grâce aux dons. Beaucoup de personnes pensent que le tourisme responsable passe d’abord par les petites structures.

Ce que l’on retiendra de cette journée, c’est qu’il faut continuer à sensibiliser la population aux dangers du tourisme de masse et la faire réfléchir sur sa place dans l’industrie du tourisme, car l’offre doit s’adapter à la demande et non pas l’inverse. L’objectif à long terme serait l’application généralisée des « 3 R » : une redistribution financière équitable, une responsabilité partagée (du voyageur, du voyagiste, de l’hôte) et le respect (des valeurs, des coutumes, de l’environnement). Cela ne sera réalisable que lorsque le touriste aura une réelle prise de conscience et en viendra à penser : « je veux faire un voyage éthique et suis prêt à payer un peu plus cher pour y parvenir ».






[1Pour de plus amples informations, vous pouvez consulter le dossier de Jean-Marie Collombon, GRET, coordinnateur général du Forum International de Tourisme Solidaire (FITS), présent aux Rencontres du Tourisme responsable de Tours http://www.tourisme-solidaire.org/r...

[2Lire la synthèse de 2006, conduite par Ethicity et soutenue par l’ADEME. Cette étude s’attache à décrire une typologie permettant d’identifier les attentes et mécanismes d’action spécifiques de divers segments de la population. www2.ademe.fr/servlet/getBin ?name=7...

[3Lire enquête de l’UNAT : http://www.unat.asso.fr/doc/publica...