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15 septembre 2002 | Imprimer cette page

"Il existe une alternative à Microsoft !"

A l’occasion de l’ouverture prochaine du télécentre associatif d’AEDEV, Olivier Schlatter, ingénieur en informatique diplomé de l’ENST, nous expose ses idées sur Linux et les logiciels libres.

Anne Delacour - Pourquoi un télécentre entièrement dédié aux logiciels GPL ?
Olivier Schlatter - L’association AEDEV a pour objectif de mettre au point une méthode de création de télécentres en Afrique. Ce télécentre associatif à Paris nous permettra tout d’abord de voir la faisabilité d’un télécentre en logiciels libres et plus généralement, de montrer qu’il existe une alternative à Microsoft !

AD - Qu’est-ce qu’une licence GPL, exactement ?
OS - La licence GPL (General Public Licence) signifie que n’importe qui est libre d’utiliser, de modifier et de distribuer le logiciel, sous réserve que le résultat de leur modification soit aussi placé en code source ouvert afin que tous puissent en profiter.

AD - Pourquoi certaines versions de Linux sont-elles payantes si à la base c’est gratuit ?
OS - Il est interdit de faire payer un logiciel sous licence GPL. Dans les versions de Linux que l’on peut acheter dans le commerce, ce que l’on paye, c’est la distribution. Des entreprises (RedHat, SuSE et Mandrake sont les plus répandues) fournissent sur cd-rom ou plus récemment sur DVD, tous les logiciels nécessaires à l’installation de Linux. Vous économisez donc en temps de recherche et de téléchargement, puisque ces mêmes logiciels sont disponibles librement sur Internet. A cela, il faut ajouter généralement un support technique téléphonique ou électronique. Enfin, les distributions payantes intègrent souvent un outil d’aide à l’installation, qui constitue généralement l’étape la plus délicate pour les novices.

AD - On entend dire ici et là que Linux est beaucoup plus difficile à installer et à maintenir, qu’en est-il ?
OS - C’était effectivement le cas auparavant. Il y a quelques années, l’engouement médiatique pour Linux et le logiciel libre en général, a fait prendre conscience aux pros de Linux de la nécessité de rendre les choses plus accessibles aux non experts. Et il est vrai que de plus en plus, les distributions intègrent des utilitaires de plus en plus performants, nécessitant de moins en moins de connaissances techniques pour l’installation et la maintenance.

AD - Vous pensez donc qu’un fondateur de télécentre en Afrique, non ingénieur en informatique, peut s’en sortir avec une configuration pure Linux ?
OS - Bien sûr ! Le principal avantage des technologies Linux est qu’elles se basent énormément sur la communauté du logiciel libre. Quelques minutes sur Internet vous permettent dans la grande majorité des cas de résoudre votre problème : il y a 99% de chances qu’un autre utilisateur dans le monde ait déjà rencontré les mêmes difficultés.

Sur Internet, sur les newsgroups ou forums, on retrouve à la fois les utilisateurs, qui se font une joie de vous aider ou de vous conseiller, et les développeurs de ces mêmes systèmes, forcément passionnés car travaillant gratuitement. Il s’agit bien là d’un élément déterminant. Que préférez-vous, passer trois heures à 1,21€ la minute à écouter la Lettre à Elise sur une hotline quelconque ou obtenir de l’aide en quelques minutes sur Internet ?

AD - Quels sont les avantages d’utiliser des logiciels GPL dans des pays en voie de développement ?
OS - Le principal avantage est évidemment le coût. Pour installer une machine équipée de tous les logiciels nécessaires (traitement de texte, tableur, outil de présentation, retouche d’images, création de vidéo ou de sons, navigateur internent, etc.), il vous faut exactement zéro euro. Faites un calcul rapide de ce que vous devez dépenser pour obtenir la même chose sur une plate-forme non Linux !

Vous avez également, comme je l’ai déjà mentionnée, l’assurance de pouvoir compter sur l’aide de la communauté Linux. Personne ne vous laissera jamais tomber. Un tour sur Internet et vous êtes à même de régler tous vos ennuis.

Et d’un point de vue plus technique, il ne faut pas oublier que Linux est beaucoup plus stable que n’importe quelle version de Windows et qu’il n’existe aucun virus sous Linux, deux aspects non négligeables !

AD - Les logiciels GPL tels qu’Open Office [1] peuvent-ils réellement faire concurrence à MS Office ?
OS - L’aspect et l’ergonomie de cette suite de logiciels est extrêmement proche de celle de Microsoft. Les habitués de MS Office auront besoin de très peu de temps pour s’y acclimater. Inversement, les gens formés sur Open Office ne seront pas déroutés lorsqu’ils se retrouveront devant MS Office.

Open Office a été développé avec comme principe de base que MS Office a (pour l’instant) très largement le monopole des logiciels de bureautique. Il existe donc de puissantes fonctions d’import ou d’export afin d’interagir de façon transparente avec MS Office. Il est très facile, si vous recevez un document Word par email, de l’ouvrir, le lire, le modifier, et le renvoyer au format Word de Microsoft, en utilisant uniquement Open Office.

AD - Si c’est si bien, pourquoi n’y a-t-il pas plus d’entreprises sous Linux ?
OS - Je pense tout simplement que Linux est encore mal connu et qu’en bons être humains, nous avons toujours un peu peur de l’inconnu. Malgré une nette amélioration depuis 4 ou 5 ans dans ce domaine, Linux souffre encore d’un manque de notoriété chez le grand public. Le télécentre alternatif d’AEDEV aidera peut-être à une prise de conscience dans ce domaine.


[1Vous trouverez plus d’informations sur le site Web d’Open Office : www.openoffice.org