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13 septembre 2007 | Imprimer cette page

ONG Acción por un Turismo Responsable ; Achèteriez-vous un appartement à cinq mètres du bord de la mer ?

par benedic

Achèteriez-vous un appartement à cinq mètres du bord de la mer ? Une initiative artistique pour dénoncer l’urbanisme sauvage sur la côte attire les acheteurs [1]

- Joaquim Clemente, publication dans CincoDías le 16/07/2007

Des vues imprenables, une qualité incomparable, dans un environnement privilégié, pour profiter de la nature, à seulement cinq mètres de la mer. Voilà ce que dit une pancarte plantée depuis quelques jours au beau milieu de la plage de Voramar, à Benicassim, sur le sable que viennent normalement occuper parasols et serviettes de bain. Tout autour, une barrière indique le début imminent de travaux. La construction d’une tour d’appartements de luxe. S’agit-il du dernier scandale urbain ? Non. En réalité c’est tout le contraire. Ce que les baigneurs et le voisinage de Benicassim ont observé avec étonnement et indignation est une initiative artistique pour dénoncer la déprédation immobilière de la côte, réalisée par le Valencien Abraham Martínez, l’un des créateurs participant au FIB Art, une des activités parallèles qu’organise le Festival International de Benicassim (FIB), l’événement musical qui rassemble fin juin des milliers de jeunes de toute l’Europe.

L’initiative aurait pu en rester là : une simple dénonciation. Mais elle est allée plus loin car le numéro de téléphone figurant sur la pancarte a réceptionné plus de 40 appels de personnes intéressées par l’acquisition de l’un des appartements de cet immeuble ou encore de l’un des « derniers appartements en terrasse » disponibles. « Nous savions que cette initiative allait créer une certaine polémique, c’était là le but, dénoncer la situation de massification urbaine de la côte, mais ce à quoi nous ne nous attendions pas forcément, c’est que certaines personnes ont été intéressées par un projet qui de toute évidence n’est pas viable », explique José Luis Paulet, commissaire des expositions du FIB Art.

L’auteur de l’œuvre exprime la même idée ; Abraham Martínez admet que le téléphone portable qui figure dans l’annonce a été donné principalement pour recevoir les plaintes ou protestations de ceux qui, comme lui, auraient vu dans ce type de constructions une atteinte à l’environnement. « Toutefois, c’est la mairie qui a canalisé ce genre de protestations. Quant au portable, tout ce qu’on a eu, ce sont des appels de personnes intéressées par l’achat d’un appartement dans une réalisation évidemment illégale », explique Martínez.

L’artiste, âgé de 32 ans, passe son temps à dénoncer, particulièrement au travers de son œuvre photographique, les « barbaries urbaines et les mutilations que nous voyons quotidiennement aux informations ». Il a tiré profit du choix d’intervenir dans un espace public tel que la plage de Benicassim que lui a donné le FIB, ce qui lui a permis de donner plus de visibilité à sa critique. « Le fait qu’il y ait eu des appels d’acheteurs potentiels nous pousse à réfléchir et à comprendre pour quelles raisons on défigure le paysage urbain, explique Martínez. Nous aimons tous vivre dans un espace privilégié et il apparaît que le besoin de protéger un lieu pour tous, un bien commun tel que l’environnement, n’est pas suffisant pour que les gens reconsidèrent l’achat de leur appartement. Finalement, tant qu’il y aura de la demande, il y aura de l’offre », conclut l’auteur, qui a mis à profit ses études de marketing pour augmenter l’impact de son œuvre.

Une œuvre de dénonciation qui cohabite avec les dizaines de grues de grands travaux urbains, que l’on distingue d’un seul coup d’œil depuis le littoral.


[1Traduit par Laura Bénédic, stagiaire en traduction pour l’AEDEV, Université de Langues d’Orléans. Avec l’aimable assitance d’Annie Baccon, Professeur d’espagnol à l’Université de Langues d’Orléans. Document source extrait de la page : http://www.turismo-responsable.org/...