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5 août 2007 | Imprimer cette page

.Séminaire sur le Tourisme Durable : Session 1

par benedic

Session 1

- Qu’est-ce que le Tourisme Durable ?

Le tourisme durable est une forme particulière de tourisme qui évite de nuire à l’environnement, à l’économie et aux cultures des régions où il a lieu. La finalité du tourisme durable est de faire du développement une expérience positive pour les populations locales, les professionnels du tourisme et les touristes eux-mêmes. En optant pour un tourisme durable, il est peu probable de se retrouver dans le genre de conjoncture typique (boom et dépression) qui mena à la croissance rapide, puis à la spoliation d’emplacements de stations comme ce fut le cas de la côte est de l’Espagne dans les années 1970.

En dépit de cet objectif optimiste, le tourisme durable reste en grande partie incompris. Tout d’abord, le « tourisme durable » n’est pas forcément de l’« écotourisme » [1]. L’écotourisme est devenu populaire dans les années 1980 comme une forme de tourisme se concentrant exclusivement sur la faune, la nature, ou les cultures dites « exotiques ». Une étude récente, cependant, a montré que cette catégorie de tourisme peut en fait avoir des effets néfastes sur l’environnement, ou sur les personnes concernées. Les safaris au Kenya, par exemple, sont incontestablement classés parmi les séjours d’« écotourisme ». Mais le Kenya ne compte plus les cas de lions au comportement imprévisible depuis l’arrivée massive de touristes ni ceux où le peuple Masaï local n’a pas bénéficié de ce genre de développement. De manière plus globale, l’« écotourisme » ne prend pas suffisamment en compte la tendance du tourisme littoral ou urbain où les effets sont bien plus importants que pour le tourisme rural. Le tourisme durable, par conséquent, est un moyen d’améliorer les effets de tous les types de tourisme, ce qui implique de rechercher des moyens de création de partenariats entre les agences de voyages et les gouvernements locaux ou les responsables de stations.

Mais comment peut-on mener à bien le tourisme durable ? L’expérience montre qu’une coopération est nécessaire entre les voyagistes concernés et ceux qui s’occupent des destinations. Cependant, c’est une réussite qui ne dépend pas d’un intérêt marqué de la part des consommateurs. Certaines agences ont insinué qu’elles ne prendront des mesures en faveur du tourisme durable que si elles constatent une « demande du marché » nette pour des vacances ouvertement « vertes » ou « respectueuses de l’environnement ». Néanmoins, les études indiquent que peu de personnes faisant partie du marché du tourisme de masse désirent passer des vacances « vertes » ; de plus, les vacances dites « vertes » peuvent tomber dans le même piège que l’écotourisme. Encourager la demande du marché vers le tourisme « vert » n’est peut-être ni rentable ni durable, étant donné que cette demande peut ne pas être effective et qu’elle peut également ne pas amener au tourisme durable.

Au lieu de cela, l’expérience laisse à penser qu’il est inutile de faire de la publicité pour le tourisme durable en tant que tourisme respectueux de l’environnement ou de la culture pour assurer sa popularité. Les études attestent qu’il est possible d’augmenter les bénéfices simplement en adoptant quelques principes environnementaux généraux, comme le recyclage des déchets, l’élaboration d’un programme pour le tourisme durable à long terme, et la recherche de partenariats locaux pour la gestion des stations. Si ces actions rendent les stations de vacances plus propres et moins peuplées, cela signifie alors qu’il s’agit de tourisme durable même s’il n’en porte pas l’étiquette.

Comment les agences et les responsables de stations peuvent-il alors atteindre ce stade de réussite ? Cette question suscite plus de controverses. On a parlé d’augmenter l’intégration verticale des agences de tourisme, de manière à ce que les agences individuelles aient plus de contrôle sur la commercialisation de vacances, le transport des touristes, et puis la gestion des stations. Une telle intégration peut aider à éviter la déception et la spoliation de stations qui a lieu lorsque les touristes intéressés par le tourisme de masse conventionnel sont envoyés sur des sites peut-être plus adaptés à des ornithologues amateurs ou à de grands randonneurs, comme cela est arrivé à Corfou. Toutefois, certaines personnes s’opposent parfois à cette suggestion qui peut sous-entendre que les agences de tourisme plus petites ne peuvent pénétrer le marché. En outre, baisser la concurrence des agences plus petites peut avoir pour effet de réduire la pression pour la diminution des prix. Depuis les années 1980, l’industrie du tourisme britannique a subi des baisses de prix rapides, en conséquence de la grande concurrence entre d’importantes agences telles que Airtours, First Choice, et Thompson. Mais, généralement, c’est la présence de la concurrence d’agences plus petites et moins réglementées qui mène au surdéveloppement rapide de stations, ou bien la réticence des grandes agences à augmenter leurs coûts pour soutenir la durabilité des emplacements de stations à long terme.

La réussite du tourisme durable dépend donc en partie du degré de motivation des agences et des responsables de stations pour réduire les effets négatifs du tourisme et consiste également en diverses étapes pratiques locales (comme limiter le nombre d’emplacements ou les diviser en plusieurs zones) pour réduire ces effets. Mais à long terme, la réussite finale du tourisme durable se fera aussi par un questionnement nécessaire des touristes et des agences qui doivent encore réfléchir à la manière dont le tourisme peut jouer sur les foyers et sur le mode de vie des populations. Marcel Proust a un jour écrit que la plupart des touristes semblent vouloir voyager dans cent pays avec une paire d’yeux, alors que le mieux serait de voyager dans un seul pays avec cent paires d’yeux. En cherchant plus de diversité et de profondeur dans les destinations de vacances, les touristes peuvent contribuer à éviter les effets du tourisme sur les destinations, ainsi que vivre une expérience plus satisfaisante.

Pour aller plus loin...
Trouvez-vous que la distinction entre le tourisme durable et l’écotourisme est utile ? Pourquoi ?


[1| GLOSSAIRE |
| Ecotourisme : |
| Une forme de tourisme qui se concentre exclusivement sur la faune, la nature, ou des cultures « exotiques ». Certaines personnes pensent qu’il s’agit d’un terme vague utilisé pour commercialiser tout produit lié à la nature ou au tourisme pour l’environnement. |