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10 décembre 2005 | Imprimer cette page

L’AFRIQUE DE L’OUEST FACE AUX DÉFIS DES NOUVELLES TECHNOLOGIES

Alors que les décideurs du monde entier plaident en faveur d’un partage
plus équitable des avantages découlant des Nouvelles technologies, en
Afrique de l’ouest, la réalité sur le terrain rappelle toute l’ampleur
de la tâche qui reste à accomplir.

Au Sommet mondial sur la Société de l’information qui s’est tenu la
semaine dernière à Tunis, de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement
du
monde, dont le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan et le
président en exercice de l’Union africaine (Ua), Olusegun Obasanjo, ont
plaidé en faveur d’une réduction de la fracture numérique entre les
campagnes et les villes et entre les pays riches et les pays pauvres.

« Les technologies de l’information suscitent de très fortes
aspirations, non comme une fin en soi, mais en raison des possibilités
qu’elles recèlent », a déclaré M. Annan à l’occasion du discours
inaugural du sommet de Tunis. « Je vous engage vivement à répondre à
ces
aspirations et à prendre les mesures concrètes requises pour faire de
ce
sommet un événement historique qui aura fait avancer la cause du
développement, de la dignité et de la paix ».

Beaucoup de personnes pensent qu’il est important de promouvoir
l’utilisation des téléphones portables et de l’Internet - ou des
nouvelles technologies de l’information et de la communication,
communément appelés les NTIC - pour atteindre certains objectifs du
Millénaire pour le développement tels que l’élimination de l’extrême
pauvreté et l’amélioration de la santé.

Mais au Niger, le pays le plus pauvre de la planète, selon l’index de
développement humain des Nations unies (ONU), seules deux personnes sur
1000 ont accès à l’Internet.

« A Zinder, les gens ne sont pas encore habitués à l’Internet », s’est
plaint Ali Lamine, tout fier de posséder le premier cybercafé ouvert
dans la deuxième plus grande ville du Niger située dans une région
désertique très affectée par la crise alimentaire de cette année.

« Quand j’ai ouvert mon cybercafé, j’ai fait trois mois de publicité
sur
les radios locales pour inviter la population à venir découvrir le
monde
de l’Internet. Mais c’est peine perdue. Seuls quelques agents des ONG
venaient de temps en temps naviguer ».

« Regarde », a-t-til ajouté, en montrant la salle presque vide. « Il
n’y
a que cinq machines en activité sur les dix installées. A ce rythme, je
risque de fermer ».

Pour Maïmouna Hassan, le coût de l’accès à l’Internet est le nœud du
problème.

« Je veux bien naviguer, mais l’Internet coûte cher à Zinder »,
fait-elle remarquer. Alors que le coût horaire des connexions a baissé
ces dernières années, ici, il est encore trois fois supérieur aux prix
pratiqués à Niamey, la capitale nigérienne.

Et Lamine se trouve dans une situation bien embarrassante. Il ne peut
pas réduire ses prix s’il n’a pas plus de clients pour lui permettre de
couvrir ses frais généraux.

Mais dans un pays où le taux d’alphabétisation des adultes est
inférieur
à 15 pour cent et où près de la moitié de la population vit avec moins
d’un dollar par jour, il est difficile de promouvoir l’accès à
l’Internet quand on sait que le contenu des pages Web est
essentiellement textuel et que le coût horaire de la connexion est de 3
dollars américains.

Si l’utilisation du téléphone ne nécessite pas de connaissances
particulières, la couverture du réseau mobile reste très faible en
dehors des grandes villes, et les communications interurbaines coûtent
cher. Et malgré l’arrivée sur le marché de trois nouveaux opérateurs de
téléphonie mobile, la plupart des 10 000 villages de ce pays enclavé ne
bénéficient pas de cette couverture.

Il n’est donc pas surprenant de constater qu’en 2003, seuls six
personnes sur dix mille abonnés à un téléphone mobile, selon le dernier
rapport du Programme des Nations unies pour le développement, un nombre
insignifiant comparé à la moyenne mondiale

Mais le Niger n’est pas le seul pays d’Afrique à faire face à ces défis
technologiques.

La fracture numérique s’accentue dans une grande partie de l’Afrique
dont la population de près d’un milliard d’habitants représente moins
de
trois pour cent des utilisateurs de l’Internet dans le monde. Et selon
les estimations de l’ONU, les abonnés à un téléphone mobile en Afrique
subsaharienne ne représentent que le cinquième du nombre moyen
d’abonnés
dans le monde.

En Guinée, par exemple, où le gouvernement a déjà des difficultés pour
assurer certains service de base, en raison de la crise politique et
économique qui y sévit, les télécommunications sont très peu fiables,
même dans la capitale.

« Je passe des journées entières assis à attendre les clients, et
lorsqu’ils viennent et que je compose les numéros demandés, je n’arrive
pas à avoir la communication », s’est plaint Mamadou Diang Diallo,
propriétaire d’un petit télécentre à Conakry.

« Le télécentre n’est pas rentable. Je pense que je vais changer
d’activité et vendre plutôt du pain et du beurre ».

Mais certains guinéens très entreprenants exploitent les opportunités
qu’offrent les NTIC dans un pays où le nombre d’internautes a été
multiplié par cinq depuis 2000, selon la société Internet World Stats.

« Nous avons identifié et saisi cette opportunité », a indiqué
Moustapha
Naite, 29 ans, propriétaire de Mouna Communications, un cybercafé
ouvert
en plein coeur de la capitale et qui est passé en peu de temps de deux
à
40 ordinateurs. « L’Internet est comme une drogue. Quand vous y avez
goûté, vous ne pouvez plus vous en passer ».

Naite se considère comme un homme d’affaires, qui met en place une
infrastructure technologique dans un pays où la majorité des gens vit
avec moins d’un dollar par jour.

« Cette technologie permettra à tout le monde de faire des projets pour
l’avenir et de réduire la pauvreté », a-t-il dit.

Dans le Mali voisin, le marché de la téléphonie mobile est en plein
essor, mais dans les campagnes, il y a moins d’une ligne pour mille
habitants, explique le ministre de la Communication.

Et la majorité des cybercafés se trouvent dans les centres urbains.

C’est justement pour inverser cette tendance que le gouvernement malien
s’est lancé dans un vaste projet de création de 50 centres multimédias
communautaires sponsorisé par l’UNESCO. Ce projet a pour objectif
d’associer la radio aux NTIC afin de transmettre des informations aux
communautés qui n’ont ni les moyens ni la connaissance pour y accéder
en
ligne.

Grâce aux télécentres, les opérateurs peuvent fournir des réponses aux
interrogations des populations en allant chercher sur le Net des
informations pertinentes qu’ils peuvent ensuite traduire dans les
langues locales.

A terme, les télécentres peuvent aussi devenir des centres
d’information
sur la santé, par exemple, et des sources de revenu dont le coût de
construction sera bien inférieur à celui d’une bibliothèque classique.

« Aujourd’hui, avec les nombreuses opportunités qu’offrent les NTIC,
les
pouvoirs publics doivent œuvrer pour que le plus grand nombre de
populations y accèdent », a déclaré le président malien, Amadou Toumani
Touré, à l’occasion de l’ouverture de la rencontre des municipalités du
Mali, le 14 novembre. « C’est ainsi qu’on pourra combler la fracture
numérique entre ville et campagne ».

Mais beaucoup de Maliens ont peur des nouvelles technologies et de
leurs
éventuels effets pervers.

« Les contenus des cybercafés nous échappent », a expliqué Oumou Touré
Traoré, responsable d’une organisation de défense des droits des femmes
à Bamako, la capitale malienne. « Nos enfants se retrouvent souvent à
surfer sur des sites pornographiques ».

Et au-delà des besoins élémentaires que sont la fourniture d’eau
potable
et la couverture des besoins alimentaires, il s’agit de définir les
priorités.

« L’Internet est un outil encore réservé à l’élite », Gregg Zachary, un
écrivain américain qui a publié beaucoup d’articles sur la technologie
et le développement en Afrique. « En Afrique les populations ont besoin
d’électricité, de postes radio et de téléphones cellulaires bon marché
 ».

« Vous n’entendrez pas souvent parler de réduction du coût des
connexions ou de l’augmentation de la taille de la bande passante »,
a-t-il expliqué au cours d’un entretien téléphonique, ajoutant qu’il
est
peu probable que le récent sommet de Tunis ait un impact significatif
sur la vie des Africains moyens.

Mais il reste à déterminer les technologies - si tant est qu’elles
existent - qui auront un impact positif en Afrique de l’ouest.

Même si le Mali a fait ces dernières années d’énormes progrès en
matière
de développement des télécommunications, il reste le quatrième pays le
plus pauvre de la planète selon l’index de développement humain de
l’ONU.

Malgré cela, le ministre malien de la Communication, Gaoussou Drabo,
est
convaincu que les nouvelles technologies et les opportunités de
développement qu’elles offrent, promettent un meilleur avenir à
l’Afrique.

« Nous avons raté toutes les révolutions...il ne faut qu’on rate
celle-là si nous voulons décoller ».

(SOURCE : Irin)