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22 décembre 2004 | Imprimer cette page

Les droits de propriété intellectuelle dans l’agriculture en Afrique et leurs conséquences pour les petits agriculteurs

par Kouma Laurent Dekalikan

Traditionnellement, dans l’agriculture africaine, toute innovation est le fruit de processus communautaires collectifs, issus de pratiques coutumières basées sur l’échange.Mais au cours des dix dernières années,les pays d’Afrique en ont été exclus en faveur des monopoles privés- par le biais des droits de propriété intellectuelle (DPI). Ces droits sont issus d’une culture très différente où domine la négation du droit d’accès aux innovations. Les défenseurs des DPI soutiennent que les DPI apporteront le développement agricole et qu’ils augmenteront la production en favorisant le transfert technologique et les investissements privés dans la recherche. Cependant,ce dossier montre que la pression pour les DPI vise plutôt à privatiser les pratiques innovantes et les ressources biologiques en Afrique, et à réorganiser les marchés des semences au profit des firmes étrangères.
Les agriculteurs africains, les savoirs immenses qu’ils détiennent, ainsi que la diversité des plantes qu’ils ont entretenues seront obligatoirement piétinés par ce processus, ce qui menace une sécurité alimentaire déjà fragile sur le continent.Les pays africains se voient dans l’obligation de choisir entre deux voies contradictoires en matière de recherche et de développement : l’une enracinée dans les savoirs et les pratiques de leurs agriculteurs et l’autre dépendante des produits fournis par les entreprises du Nord.
L’innovation peut prendre différentes formes, et un certain nombre de personnes peuvent être considérées comme des innovateurs. L’employé d’une firme peut inventer une nouvelle manière de rendre un véhicule plus économique en matière d’énergie, et un agriculteur peut développer un nouveau moyen d’éloigner les rats de ses champs. Tous deux sont des innovateurs. Mais seul l’un d’entre eux peut prétendre bénéficier d’un droit exclusif sur son invention. Les droits de propriété intellectuelle ne contribuent pas nécessairement à encourager ou à recompenser l’innovation. En observant l’impact des DPI sur l’Afrique, il est essentiel d’envisager de quel type d’innovation l’agriculture a besoin sur ce continent et qui sont les innovateurs.