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9 septembre 2005 | Imprimer cette page

L’ETAT DE LA POPULATION MONDIALE (1) : COMBIEN SOMMES-NOUS ?

par Danielle Beaugendre

Le monde compte aujourd’hui 6,5 milliards d’êtres humains, six fois plus qu’en 1800. Au cours des seules trente dernières années, la population mondiale a encore augmenté de 2,4 milliards d’âmes, soit une hausse de près de 60%.

Si cette croissance à l’allure exponentielle tend à se ralentir, elle n’en demeure pas moins forte, au point que la population mondiale pourrait atteindre plus de 9 milliards d’habitants au milieu du siècle.

Cette affiche de 2004 évoque la Conférence du Caire (1994), où pour la première fois, deux ans après Rio pour l’environnement, l’évolution démographique de la planète était étroitement associée à la notion de développement durable, et bien sûr à la persistance de la pauvreté..

- Les mécanismes de l’évolution démographique

Deux grands facteurs commandent l’évolution démographique : la fécondité [1] et la mortalité.
La première, bien qu’en forte baisse, demeure en moyenne à un niveau élevé : 2,65 enfants par femme au niveau mondial. En même temps, l’espérance de vie [2] s’allonge.
Un bébé qui naît aujourd’hui peut espérer vivre 65 ans dans les conditions de mortalité actuelles, au lieu de 46 ans il y a un demi-siècle. Chaque année, naissent 134 millions de nourrissons, tandis que meurent 59 millions de personnes, soit un solde positif d’environ 75 millions d’habitants.

Pour résumer : la population mondiale est encore en croissance soutenue, mais cette croissance se ralentit. Par ailleurs, du fait de l’allongement de l’espérance de vie et de la baisse constante de la fécondité, elle vieillit. Le vieillissement frappe les pays riches depuis plusieurs décennies et atteint des niveaux critiques pour certains, mais il concerne déjà certains pays du Sud, peu préparés pour affronter cette situation inédite.

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Le vieillissement de la population mondiale

- Le Sud dans les pas du Nord.

La population mondiale entame aujourd’hui la dernière phase d’un processus commencé voici trois siècles en Europe, celui de la transition démographique.
Cette expression désigne le moment où une population passe d’un stade démographique « ancien », caractérisé par une forte natalité, et une forte mortalité (infantile en particulier) et une faible croissance des effectifs, à un stade dit « moderne », caractérisé au contraire par une faible natalité, une faible mortalité, mais avec le même résultat, la faible croissance des effectifs.
Le passage de l’un à l’autre de ces stades se produit lorsque l’amélioration des conditions de vie [3] rompt l’équilibre « ancien ». La « transition démographique », se caractérise alors par une natalité encore très soutenue, mais par une mortalité en chute libre, libérant ainsi l’explosion des effectifs de la population considérée.

Ce processus commencé il y a trois siècles en Europe, a gagné les pays du Sud à partir des années 50. L’écart d’espérance de vie entre le Sud et le Nord qui était de 25 ans en 1950 (41 et 66 ans) est réduit de moitié en 2000 (63,4 et 75,8 ans).. La baisse de la fécondité a fini par suivre le même processus presque partout. Elle a été quasiment divisée par deux au cours de la deuxième moitié du XXème siècle, passant de 5 à 2,7 enfants par femme.
Comment expliquer une telle rapidité ? Même si la diffusion du progrès technique demeure lente, si le monde en développement n’en perçoit souvent que des miettes, les techniques disponibles au Sud se sont améliorées, hausse des rendements agricoles, soins de santé, accès à la contraception. Les images venues d’Occident circulent en instantané, et imposent son modèle familial comme une norme universelle.

Si l’Occident a échelonné sa transition démographique sur trois siècles, les pays du Sud, eux, ont dû la gérer en un demi-siècle, et certains n’en ont pas fini avec elle... C’est le cas de nombre de pays d’Afrique et d’Asie [4]. Au total, 620 millions de personnes vivent encore dans un pays où la fécondité est supérieure à 5 enfants par femme.

- La fin de l’histoire démographique ?

Certainement pas. L’après-transition a commencé, de nouvelles situations démographiques se mettent en place. On peut en distinguer trois.

- Dans les pays en développement, la baisse a été rapide, mais la population continue à augmenter, du fait de « l’inertie démographique » : les générations en âge de procréer sont nombreuses, et on enregistre beaucoup plus de naissances que de décès. Le sida lui-même ne modifiera pas la donne, en Afrique, par exemple.

- Une autre partie du monde, riche celle-là, vit un quasi-équilibre. C’est le cas de la France, des Etats Unis, des pays scandinaves, de l’Australie. La fécondité moyenne y est légèrement inférieure au seuil de renouvellement des générations [5], mais un apport, mesuré, de l’immigration conduit à une stabilisation des effectifs de population.

- Pour un dernier groupe de pays industrialisés, la baisse de la fécondité, récente ou datant déjà de quelques décennies, a été brusque et d’une grande ampleur, liée souvent à des bouleversements politiques majeurs [6]. Baisse suffisamment significative pour entraîner plus qu’une stabilisation des effectifs mais une sensible diminution de la population.
A moins d’un apport conséquent de l’immigration des pays comme l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, [7] se dirigent à terme vers un dépeuplement.

- Le poids démographique des continents

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Le poids démographique par continent
L’Afrique sera plus peuplée que l’Europe

Qu’il a changé en un peu plus d’un siècle ! Il y a 120 ans, l’Europe « pesait » lourd : un quart de l’humanité. Elle n’en représente guère plus que le dixième. Avec 516 millions d’habitants, auxquels il faut ajouter 150 millions de Russes, l’Europe s’efface devant les poids lourds que sont déjà la Chine et l’Inde.

L’après- Mao a modifié considérablement la démographie chinoise. Le communisme avait encouragé la natalité. Après 1980, une politique volontariste, contraignante, celle de l’enfant unique, a ramené une fécondité débordante à un seuil inférieur au renouvellement des génération. Telle fut l’une des clefs du développement actuel de la Chine, et, avant elle d’ailleurs, celui du Japon et des Dragons asiatiques. La population chinoise va se stabiliser à un milliard et demi [8].

Il n’en est pas de même pour son grand voisin, l’Inde. Si dans certains Etats indiens, comme le Kérala, plus riches que d’autres, la fécondité a baissé, le subcontinent n’est pas au bout de sa transition démographique, et ses effectifs de population vont encore s’alourdir.

Les prévisions les plus étonnantes concernent le continent africain. Sa « révolution démographique » a déjà commencé. Le graphe montre qu’il va faire part égale en nombre d’habitants avec la Chine et l’Inde en 2020. Les termes de la comparaison sont faussés bien sûr, puisque l’Afrique est partagée en une quarantaine d’Etats, mais tout de même : il y a à peine un siècle, l’Afrique ne représentait que 8% de la population mondiale… En 2020, 18 habitants de la planète sur cent seront africains.

Nul ne peut ignorer cette bombe démographique.
La planète peut accueillir de nouveaux enfants, reste à savoir dans quelles conditions. Le prochain édito sera encore consacré à la population mondiale, analysée cette fois non plus sous l’angle quantitatif, mais sous
l’angle qualitatif.

Aux sources de l’article :

Cartes et graphes ont été empruntés au site de la généreuse et prestigieuse Ecole des Sciences politiques de Paris.

Autres sites génériques et statistiques :

Un site français, celui de l’institut national des études démographiques

Le site des Nations unies (United Nations Population Fund)UNPFA

Un site anglophone, accessible en français et espagnol, celui du Population Reference Bureau, le PRB


[1Par commodité, ce terme est utilisé pour décrire la fécondité du moment, toutes les générations fécondes confondues. On parle aussi d’indicateur conjoncturel de fécondité.

[2Espérance de vie : nombre d’années que vivrait un nourrisson s’il connaissait les conditions de mortalité du moment où il naît. La baisse des taux de mortalité étant quasi constante, l’espérance de vie sous-estime donc la durée de vie réelle des personnes nées cette année-là.

[3Meilleure alimentation, hygiène, progrès de la médecine

[4Encore 8 enfants par femme au Niger, 7,5 en Afghanistan, 6,9 au Mali

[5soit environ 2,1 enfant par femme

[6L’effondrement du bloc soviétique a suscité un désarroi économique et social en Europe orientale et Russie. Les politiques natalistes des dictatures passées, en Espagne, en Roumanie ont provoqué le comportement inverse.

[7fécondité : 1,3 enfant par femme

[8enfin presque : officiellement 1,3 milliard de Chinois.