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24 juin 2005 | Imprimer cette page

Afrinic, le registre régional de l’Afrique :Entretien avec Adiel Apklogan, son directeur général

par Daouda Hamadou

Après l’American registry for Internet numbers (Arin) pour l’Amérique du Nord, l’Asia pacific network information center (Apnic) pour l’Asie et le Pacifique, le Latin American and Caribbean Internet addresses registry (Lacnic) pour l’Amérique Latine et centrale et les Réseaux IP européens (Ripe-Ncc) pour l’Europe, l’African network information center (Afrinic) gère pour l’Afrique, depuis février 2005, les adresses IP (Internet Protocol). C’est une révolution pour le continent africain qui prend enfin sa part de pouvoir dans la gouvernance de l’Internet. Le Continent, qui détient actuellement moins de 1% des adresses allouées dans le monde (l’Afrique du Sud en rassemble 80%), trouve, avec cette organisation non gouvernementale, une des clés pour s’ouvrir une porte sur le développement grâce à Internet.

Afrik.com : Depuis quelle date Afrinic est installée et combien de temps avez-vous mis pour mettre en place le cinquième registre mondial ?

Adiel Apklogan : Afrinic est un projet qui a mis 7 ans à se concrétiser, nous existons officiellement depuis février 2004. Depuis cette date, nous avons entamé une transition avec les quatre autres registres mondiaux, ce qui nous a permis, depuis le 21 février dernier, d’opérer en tant que registre à part entière. Nous avons ainsi repris la gestion des ressources Internet pour l’Afrique.

Afrik.com : Qu’est-ce que cela change concrètement dans le paysage Internet de l’Afrique ?

Adiel Apklogan : C’est un pas très significatif. Bien avant l’existence d’Afrinic, tous les opérateurs réseaux et les fournisseurs d’accès et plus généralement les utilisateurs d’Internet devaient s’adresser aux registres existants pour pouvoir obtenir leurs adresses IP. Processus durant lequel ils rencontraient des difficultés qui tenaient aux critères d’attribution qui ne correspondaient pas à leurs réalités. En Afrique, la taille des réseaux et la demande des utilisateurs finaux n’est pas comparable à ceux des autres continents. Par conséquent, les critères qu’ils devaient remplir pour obtenir ces ressources auprès des registres européens étaient un frein pour eux et donc, par ricochet, un obstacle pour le développement de leur réseaux... Parce que sans adresse IP, impossible de mettre en place un réseau. La mise en place d’Afrinic reprend ces critères en les adaptant au marché africain et aux besoins des opérateurs. Concrètement, les critères d’allocations des adresses ont changé. Par exemple, il fallait justifier de l’utilisation, jusqu’à récemment, de 4 000 adresses pour être registre local. Ce qui est trop important pour un fournisseur d’accès africain. Nous avons ramené ce critère à 1 000. Nous avons aussi notre politique sur le service de proximité, notamment en matière de formation. Pour vous donner un exemple : depuis plus d’une dizaine d’années d’opération des registres, il y a eu moins 10 formations en Afrique alors qu’en Europe, il y en a eu plus de 500. Nous allons également essayer de réduire les coûts, même s’ils ne constituent pas vraiment un frein au développement de l’Internet sur le continent.

Afrik.com : C’est donc un véritable tournant, une nouvelle arme pour combler le fossé numérique ...

Adiel Apklogan  : Pour moi, c’est une étape fondamentale dans la prise en charge des nouvelles technologies pour le développement. Afrinic permet à l’Afrique d’être présente sur l’échiquier mondial en termes de gouvernance, car c’est un continent qui a été pendant longtemps absent du paysage politique d’Internet. Les décisions se sont prises sans nous, sans prendre en compte nos réalités. Avec Afrinic, l’Afrique aura désormais son mot à dire dans l’érection des règles globales de gestion de l’Internet. Aujourd’hui, il est question d’IPv6 (nouveau protocole d’adressage, c’est maintenant qu’il faut donner son avis. Afrinic, c’est aussi l’opportunité de pouvoir défendre aujourd’hui notre vision d’Internet. Elle permettra, par ailleurs, aux gouvernements africains de développer l’Internet en faisant entendre leurs voix. Dans la cadre du SMSI , il y a eu beaucoup de faux pas stratégiques parce les politiques, qui nous ont représentés, ne maîtrisaient pas les réalités techniques de l’Internet. Nous avons, par conséquent, une énorme responsabilité quant à la sensibilisation des gens en Afrique sur ce que nous faisons. De plus, les ressources financières que les opérateurs africains apportaient aux autres registres vont pouvoir désormais être consacrées à la formation en Afrique. Ce n’est pas une solution magique mais elle mérite le soutien des politiques qui est de plus en plus important. Afrinic constitue donc en effet une arme indirecte pour réduire le fossé numérique.

Afrik.com :Qui est à l’origine de la création de cette organisation ?

Adiel Apklogan  : En 1996, un certain nombre d’opérateurs africains, qui se sont frottés à toutes les difficultés énoncées précédemment, ont décidé de mettre fin à cette dépendance. C’est d’ailleurs une chance qu’Afrinic soit le fait de techniciens. Il y a alors eu une longue période de discussions et de réflexion jusqu’en 2002 où un véritable coup d’accélérateur a été donné. Après qu’en 2001, un conseil d’administration ait été mis en place de façon formelle pour pouvoir opérer la transition. Puis en 2002, un mémorandum d’entente a été signé, à Lomé (Togo), entre cette instance et les autres registres. Enfin, en 2003, les candidatures lancées l’année précédente pour accueillir le siège d’Afrinic, ont été pourvues. L’Ile Maurice accueille donc le siège administratif d’Afrinic, l’Afrique du Sud la coordination technique, l’Egypte le centre de duplication - c’est la sauvegarde du système - et le Ghana, la coordination de la formation.

Afrik.com :Afrinic gère les adresses IP et non les noms de domaine...

Adiel Apklogan : Afrinic, à l’instar des autres registres, ne gère pas les noms de domaine dont le traitement est effectué au niveau national par chaque pays. Chaque pays est supposé en avoir un, ce qui n’est pas toujours le cas en Afrique. Et, pour l’instant, il n’y a pas d’institution globale qui gère les noms de domaine en Afrique. De fait, en Europe, il y a par exemple l’Association des gestionnaires de noms de domaine. Et c’est là que vient l’exception d’Afrinic, car de plus en plus de pays africains nous demandent de les aider à former leurs gestionnaires. Une carence qui est due au fait qu’Internet est arrivé en Afrique comme une technologie salvatrice que tout le monde s’est approprié "assez facilement". Le fonctionnement d’Internet a été, par conséquent, négligé tout aussi bien par les gouvernements que par les opérateurs, parce qu’ils n’avaient certainement pas les moyens financiers d’investir dans la formation. Et aussi à cause de l’hégémonie américaine en matière de gouvernance au début de l’avènement du médium. Pour remédier à cette situation, nous sommes en train de créer une organisation qui va accompagner les pays africains dans la prise en charge de la gestion des noms de domaine.

Afrik.com : Pourquoi une naissance si tardive - près de quinze ans après la démocratisation de l’Internet - en Afrique alors que le registre semble être un fondamental dans le fonctionnement de l’Internet ?

Adiel Apklogan : C’est ce que j’expliquais. On a d’abord considéré Internet comme une arme économique sans aller plus au fond des choses. Pendant longtemps, les politiques ne se sont pas intéressés à Internet tout simplement à cause du monopole des opérateurs de télécommunication qui a perduré en Afrique. Pour eux, Internet a longtemps été "un gadget" dont ils n’ont pas tout de suite mesuré l’importance comme médium. Toute la partie gouvernance n’a donc pas été prise en compte, elle a été laissée aux registres étrangers qui ont offert leurs services.

Source www.afrik.com