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21 mai 2005 | Imprimer cette page

Médicaments : alerte aux contrefaçons

par N. Wihlm

L’Organisation mondiale de la santé va mettre en place sur internet un système d’alerte pour lutter contre les contrefaçons de médicaments. Sans parler de l’enjeu économique, la diffusion à grande échelle des médicaments contrefaits représente surtout un véritable danger pour la santé des consommateurs abusés.

Les contrefaçons représentent environ 10 % du marché mondial des médicaments. La Food and drug administration (FDA), l’autorité sanitaire américaine, estime même que, dans les pays les plus pauvres, jusqu’à 25 % des médicaments consommés sont des faux.

L’utilisation d’un médicament contrefait, qui n’a rien à voir avec un générique (copie d’une spécialité sous brevet), peut soit entraîner un échec thérapeutique, soit provoquer l’apparition d’une résistance à un traitement, soit dans le pire des cas causer la mort du patient.

Du cachet dans lequel le principe actif est insuffisant pour être efficace, à celui où il a carrément été remplacé par de la farine ou une substance qui peut s’avérer toxique pour le patient, en passant par un emballage qui ne correspond pas au contenu, il y a mille et une manière de fabriquer des faux médicaments. Et leur diffusion est d’autant plus facile lorsque les réglementations nationales ne sont pas dissuasives, les systèmes de santé peu performants et les populations dans la misère.

Les pays les plus démunis sont aussi ceux qui sont exposés aux maladies les plus graves, et dans ce cas la diffusion de contrefaçons peut avoir des conséquences particulièrement dramatiques.
Ainsi, l’OMS a constaté que l’utilisation de faux vaccins lors d’une épidémie de méningite au Niger en 1995 avait été à l’origine d’au moins 2.500 décès. Une enquête réalisée en 2001 en Asie du Sud-Est a montré que 38 % des médicaments contre le paludisme vendus en pharmacie ne contenaient aucun principe actif. Des antirétroviraux contrefaits ont été récemment découverts en Afrique centrale, ce qui fait craindre un retard important dans la lutte contre le sida dans cette zone où les difficultés de l’accès aux médicaments représentent déjà un obstacle dans la lutte contre la propagation de l’épidémie.

En Afrique, le Nigeria est un pays où le marché des médicaments est particulièrement peu fiable. Il y a une dizaine d’années, environ 80 % des molécules vendues dans les pharmacies de Lagos étaient des contrefaçons. Malgré les efforts de l’Agence nigériane de lutte contre la contrefaçon et pour la protection de l’hygiène (Nafdac), la situation reste préoccupante et plus de 60 % des médicaments vendus ne sont pas homologués.

Valérie Gas
Source : RFI