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29 avril 2005 | Imprimer cette page

ADSL : le marché a-t-il besoin d’un second souffle ?

par Daouda Hamadou

Personne ne le contestera, le marché français du haut débit est dynamique. Aujourd’hui 31% des foyers français sont abonnés à Internet. Grâce au dégroupage partiel, les acteurs concurrents ont pu émerger en force en proposant des offres et des services à bas prix. La concurrence fait rage, les prix fondent comme neige au soleil et le consommateur en sort gagnant.

Mais selon les acteurs du secteurs, le marché est aujourd’hui à la croisée des chemins, notamment pour offrir le même service à tous, car tout le territoire ne profite pas du dégroupage ! D’un autre côté, les FAI doivent aujourd’hui revoir leurs stratégies et la concentration du secteur se profile à grands pas. Lors d’une conférence organisée par l’EBG, la plupart des grands groupes du secteur y sont allés de leurs visions.

- Le prix des abonnements
Tout le monde s’accord à dire que les prix ont atteint un plancher. Paradoxe, le prix d’acquisition d’un client est toujours le même : environ 250 euros. Bref, l’équation de la rentabilité commence à devenir difficile et seuls quelques FAI, comme Free, font des bénéfices. Pour Jacques Veyrat, président de Neuf Telecom, « La guerre des prix semble être terminée. Avec en moyenne 15 euros par mois pour une offre supérieure à 1 Mb/s, nous avons atteint un véritable plancher. Aujourd’hui, la décision du client ne se fait plus seulement autour du prix mais autour des services associés comme la téléphonie et la télévision ». Une position partagée par Carlo d’Asro Biondo, Président d’AOL France. « Aujourd’hui l’enjeu n’est plus de proposer le prix le plus bas possible mais de fidéliser le client. Et le prix n’est pas le seul facteur qui répond à cet objectif ».

- La consolidation du marché
La mise en vente de Tiscali France par sa maison mère italienne a remis à l’ordre du jour les projets de concentration du secteur. Tout le monde a regardé ce dossier de près même si aucun FAI français ne semble avoir été retenu par Tiscali. Mais cette démarche illustre la quasi obligation d’un rapprochement entre des acteurs trop nombreux. « La consolidation est inévitable, avec près de 10 acteurs majeurs nous sommes trop nombreux », confirme Carlo d’Asro Biondo, Président d’AOL France. Pour Olivier Huart, Directeur Général de Cegetel, « Les fournisseurs ont besoin d’économies d’échelle et d’atteindre une taille critique en nombre d’abonnés, environ 500.000, pour franchir un cap significatif. Compte-tenu du nombre d’acteurs, il paraît donc nécessaire de procéder à des rapprochements. Dans quel ordre vont-ils se produire et à quel rythme, je ne peux par contre pas le dire ». Seul le trublion Free tempère un peu ce consensus. « Un rapprochement doit répondre à deux objectifs : quel est le sens industriel ? Et surtout, quel sens pour l’actionnaire en terme financier », explique Michael Boukobza, Directeur Général d’Illiad/Free. Manière détournée de dire que le prix de Tiscali France a été largement surévalué…

- Le dégroupage total, la clé pour re-dynamiser le secteur
La mise en place et le développement du dégroupage partiel a permis à la concurrence de véritablement émerger même si France Télécom reste l’acteur dominant. La France est le premier pays d’Europe en terme de lignes dégroupées. Mais ce n’est qu’une étape. Il s’agit maintenant de faire décoller le dégroupage total qui permet aux abonnés de s’affranchir totalement de l’abonnement de France Télécom. L’ART, le régulateur, a ce jeudi annoncé qu’il rouvrait le dossier pour revoir le prix de ce procédé à la baisse (voir notre article). « Nous voulons accélérer le mouvement, car le dégroupage constitue la clé de voûte du développement de la concurrence », souligne Philippe Distler, Directeur Général de l’ART. Mais la concurrence veut aller plus vite. « Le marché ne peut croître qu’avec la concurrence », peste Michael Boukobza, Directeur Général d’Illiad/Free. Et d’ajouter « France Télécom dit que tout va bien en comparant la situation française aux autres pays européens. Or le problème n’est pas là. Aujourd’hui, nous sommes à la recherche d’un second souffle et l’opérateur historique traîne des pieds pour dégrouper totalement les clients ». Faire baisser le prix du dégroupage total est le premier objectif, il passera à 9,50 euros en juin contre 10,50 euros actuellement mais pour Free, ce tarif est encore trop élevé et réclame moins de 8 euros et le plus vite possible. Pour Jacques Veyrat, Président de Neuf Telecom, l’objectif est simple : « il faut laisser le choix au client et avec 0,3% de lignes totalement dégroupées, ce choix n’est pas possible ».

- La régulation
Chacun s’accorde à dire que le service est aujourd’hui le principal argument de vente des FAI, et notamment la VoIP, la téléphonie sur Internet. Mais en France, dans ce domaine, l’opacité règne. Ce qui n’arrange personne. Explications : l’Art considère que la VoIP est une option parmi d’autres des offres ADSL, elle n’exige donc pas de régulation. Mais le Conseil de la concurrence dit exactement le contraire car le service s’apparente de très près à la voix classique. La confusion règne. Pour certains, la non régulation avantage forcément France Télécom. « Si le marché est mal interprété, des acteurs seront menacés », souligne Michael Boukobza de Free. « Il est simpliste d’affirmer que la VoIP s’apparente à un service complémentaire », ajoute Olivier Huart de Cegetel. Carlo d’Asro Biondo d’AOL enfonce le clou : « S’il n’y a pas de régulation, il faudra s’assurer
que la concurrence soit là, partout et aux mêmes conditions ». Réponse de l’ART : « Nous tenons compte de tous les avis mais le problème n’est pas simple ». Bref, le brouillard n’est pas prêt de se dissiper.