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13 février 2007 | Imprimer cette page

Le riz subventionné étouffe le Sud

par N. Wihlm

Les producteurs des pays pauvres souffrent de la concurrence sur leur propre marché.

Après avoir dénoncé le cynisme des pays du Nord dès lors qu’il s’agissait de promouvoir leurs exportations de maïs, de sucre ou de coton, l’ONG britannique OXFAM décortique le marché du riz...

La scène se déroule sur un marché de Tamale, au Ghana. Là, au
milieu des étals colorés de fruits et légumes, des plateaux de riz
local, cultivé dans les villages alentour, sont transportés par des
commerçantes ghanéennes. Mais, à défaut de clients, elles voient les passants attirés par des magasins remplis de grands sacs de riz blanc en provenance... des Etats-Unis, de Thaïlande ou du Vietnam. Un exemple, selon Oxfam, des règles biaisées du commerce mondial du riz.

Qu’elles viennent de pays compétitifs, comme le Vietnam, ou d’autres lourdement subventionnés comme les Etats-Unis, les importations de riz bon marché inondent de plus en plus les pays pauvres, anéantissant l’unique moyen de subsistance de millions de familles rurales.

L’ONG dénonce les politiques du FMI et de la Banque mondiale qui, au nom de la lutte contre un soi-disant protectionnisme, se sont soldées par une forte diminution des barrières douanières pour les importations de riz dans certains pays du Sud.

« En 1995, le FMI a forcé Haïti à réduire ses tarifs douaniers sur le riz de 35 % à 3 %, entraînant une augmentation des importations de plus 150 % entre 1994 et 2003 », explique l’ONG. Résultat ? Dans l’un des pays les plus pauvres au monde, les régions rizicoles ont aujourd’hui une des concentrations les plus élevées de malnutrition et de pauvreté. En clair, les cultivateurs haïtiens qui ont vu débarquer un riz « étranger » moins cher, ont riposté en baissant leur prix, au détriment de leur mince budget d’éducation ou de santé. Le tout au profit des producteurs de riz américains.

Selon Oxfam, les Etats-Unis (2ème exportateur mondial en 2005) détiennent la palme des subventions versées à leurs producteurs de riz : 1 milliard de dollars par an, soit la valeur totale de la récolte américaine. De grands exportateurs de riz tels que l’Inde, le Surinam et la Thaïlande pourraient tous fortement contester les États-Unis, et suivre ainsi l’exemple du Brésil au sujet du coton, en prenant des mesures commerciales de rétorsion.

« Le mécanisme de règlement des différends de l’OMC est une option onéreuse et compliquée, à prendre en dernier ressort » déclare G. Kripke, conseiller en commerce équitable d’Oxfam. « Les pays pauvres ne devraient pas avoir à rechercher le développement à travers les litiges, mais avec l’effondrement du Cycle de Doha et le peu d’empressement des États-Unis à prendre au sérieux leurs obligations internationales, les litiges sont une des rares options disponibles. »

Rappelons également que le riz est la culture qui consomme le plus d’eau :

dans un souci de gestion de cette précieuse ressource, ne pourrait-on modifier ses habitudes alimentaires en consommant davantage de céréales tout aussi nutritives et résistantes à la sécheresse (millet, fonio...), et augmenter la part de légumes secs ? (1)

Enfin, l’agriculture biologique pourrait être un moyen de lutter contre la pauvreté dans les campagnes : les coûts de production inférieurs alliés à des prix de vente plus élevés devraient permettre aux petits producteurs d’augmenter leurs revenus. (2)

Contact communiqué Oxfam :
Mouhamet L. Ndiaye (Oxfam-Sénégal) + 221 865 13 00

Renseignements sur le fonio :

(1) Projet de recherche - http://inco-fonio.cirad.fr/

(2) Commerce équitable - http://www.fonio-bio.com