Accueil : A la Une (ne plus utiliser cette rubrique) / choisir MOT CLE - actualit ? dans chaque article :

18 avril 2005 | Imprimer cette page

Quand l’écologie danse avec le Net

par Daouda Hamadou

Ecocybercentre au Sénégal ou l’Internet au service de l’éducation environnementale. C’est l’idée originale que Cheikhou Thiome, professeur d’anglais à Dakar, a eu il y a quatre ans. En août 2004, le projet « Ecocyber », dont il est le coordinateur au Sénégal, aboutit avec l’ouverture du premier « écocybercentre » du continent, situé à Yenne, une communauté rurale de sept villages côtiers, à 50 kilomètres au sud de Dakar. Doté d’une dizaine d’appareils, ce cybercafé a pour triple vocation de sensibiliser la population locale - tout particulièrement la jeunesse- aux nouvelles technologies, à l’environnement et à la santé. Issu de l’ appui de la société civile américaine, le projet « Ecocyber » a été lancé dans trois autres pays : l’Afrique du Sud, le Bénin, et le Ghana.

« Je viens d’une zone rurale où l’environnement naturel se dégrade de jours en jours : déforestation, désertification, tri des déchets inexistant. Un problème qui me préoccupe beaucoup, auquel je désirai absolument sensibiliser la jeunesse. Internet est un outil incontournable d’accès à l’information, une source formidable. J’ai eu alors l’idée de marier ensemble ces deux concepts », raconte Cheikhou Thiome. Le concept a mis quatre ans avant de se concrétiser. Avec le soutien financier de l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (Environment Protection Agency EPA), et de celui de la Fondation Benjamine Mays, qui vise à la promotion des nouvelles technologies auprès des afro-américains, l’écocybercentre de Yenne a vu le jour en août dernier dans un petit local du village. Equipé d’une dizaine d’appareils achetés en seconde main à Dakar, le centre est géré quotidiennement par un jeune du village formé pour l’occasion aux nouvelles technologies.

Surfez jeunesse

Ouvert à tous, l’écocybercentre de Yenne repose avant tout sur une étroite collaboration avec les écoles primaires et le collège de la communauté rurale. « L’écocybercentre est d’abord apparu comme un complément scolaire, pour familiariser les écoliers de 7 à 18 ans, non seulement à l’usage incontournable d’Internet, mais aussi pour leur fournir une éducation environnementale et les sensibiliser à l’écologie et à la santé, tout cela dans un cadre très ludique », précise C. Thiome. Assistés par les instituteurs, les enfants ont par exemple dessiné les différentes forêts de leur province, et ont été particulièrement sensibilisés au recyclage des déchets et du papier. Dans le local, des affiches illustrent et expliquent les différents problèmes environnementaux, auxquels la communauté est confrontée. « Je voudrai à terme que ces enfants puissent être en quelque sorte des ambassadeurs de l’environnement et qu’ils puissent échanger leurs idées avec la jeunesse du monde entier via Internet ». « Internet est un outil fantastique, non seulement pour les élèves, mais également pour leurs instituteurs, qui ne disposent même pas d’une bibliothèque. C’est une source d’information inépuisable qui profite à tous », continue le professeur.

Manque de moyens

L’écocybercentre souffre d’un manque de moyens, tant humains que techniques et financiers. « Malheureusement, nous nous heurtons aujourd’hui à de sérieux obstacles. Tout d’abord, nous ne disposons pas de la connexion ADSL (haut débit, ndlr). Nous utilisons le système ’duonet’ (système de connexion basé sur le téléphone, ndlr), ce qui nous coûte extrêmement cher. Depuis l’ouverture de l’écocyber en août dernier, pas moins de 200 000 FCFA (305 euros, ndlr) sont partis en frais de connexion ! ». A l’origine, M.Thiome voulait rendre l’accès à ce « service communautaire » entièrement gratuit. Mais la situation financière ne le permettant pas, chaque utilisateur doit payer 500 FCFA pour une heure d’accès à Internet. De plus, l’écocybercentre souffre également d’un manque de personnel qualifié. « Nous avons un besoin extrême de former des personnes dans les deux domaines, celui de l’environnement, et celui des nouvelles technologies ». « Nous avons besoin d’aide. Avoir concrétisé ce projet ne suffit pas, il s’agit également de perdurer », insiste Cheikhou Thiome. Malgré cela, le centre continue pour l’instant à tourner tous les soirs de 20h à 22h, ainsi que le samedi, le dimanche et les jours fériés toute la journée.

Dans trois autres pays, l’Afrique du Sud, le Bénin et le Ghana, le projet « écosystème » a été également lancé sans toujours aboutir, pour des obstacles similaires à ceux rencontrés au Sénégal. Si un second écocybercentre a vu le jour dans l’enceinte d’une école en Afrique du Sud, rien n’est encore abouti au Bénin et au Ghana.