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24 avril 2005 | Imprimer cette page

Palu : l’espoir pour 1 euro

par Kouma Laurent Dekalikan

Le troisième laboratoire pharmaceutique mondial, le Français Sanofi-Aventis, compte lancer en 2006 un médicament contre le paludisme, jugé novateur par les professionnels car moins contraignant pour les patients, mais surtout vendu à moins d’1 dollar dans les pays pauvres. Au Togo où la maladie est un véritable fléau cette nouvelle est la bienvenue. Des campagnes sont menées régulièrement par l’OMS et par la Croix Rouge. Mais la politique de prévention et de soin laisse à désirer.

Le médicament sera développé en collaboration avec la fondation international DNDi ("Drugs for neglected diseases initiative"), dont le siège est basé à Genève et dont l’objet est de relancer la recherche et le développement de nouveaux médicaments en faveur des maladies négligées.

"Sur le plan purement scientifique, la prouesse est d’avoir réussi à combiner en un seul comprimé deux molécules -l’amodiaquine et l’artésunate-, jusqu’alors absorbées en deux prises", commente le professeur Martin Danis, chef de service de parasitologie de l’hôpital parisien La Pitié-Salpétrière.
Cette association "a prouvé son efficacité, en particulier en Afrique de l’Ouest, avec des taux de guérison de 80-85% et pouvant aller jusqu’à 90% et une tolérance plutôt bonne", explique-t-il.

La combinaison contient un dérivé de l’artémisinine, recommandé par l’Organisation mondiale de la santé et par des experts pour faire "face au développement de la résistance des parasites aux médicaments antipaludiques", ajoute-t-il.

Elle permettra de limiter le traitement pour un adulte à 2 comprimés par jour pendant 3 jours, au lieu de 8 comprimés actuellement. Pour un nourrisson, la dose passera à 1 comprimé par jour.

Outre l’innovation scientifique, l’originalité du médicament tient au fait qu’il sera commercialisé à prix coûtant et ne sera pas assorti d’un brevet. En d’autres termes, Sanofi-Aventis n’en disposera pas de manière exclusive et il pourra être utilisé par des partenaires locaux.
"Ce médicament est développé comme un générique", résume Bernard Pécoul, directeur du DNDi, fondation basée à Genève.

Selon les termes de l’accord, Sanofi-Aventis conduira, à partir des études menées par DNDi, le développement du produit, notamment au plan industriel, ainsi que les démarches nécessaires à son enregistrement auprès des autorités réglementaires des pays concernés.

Le laboratoire français s’engage en outre à mettre le produit à disposition des structures de soin du secteur public des pays d’endémie palustre, des institutions internationales et des ONG à prix coûtant.

"Ce sera vraiment à prix coûtant. Le 1 dollar correspond au prix de la matière première, aux coûts de fabrication, d’emballage, de distribution jusqu’au lieu de sa commercialisation", explique M. Pécoul.

C’est "une des politiques essentielles pour augmenter l’accès aux médicaments des populations des pays en voie de développement. (Mais) il ne faut pas croire que c’est de la générosité pure. Il s’agit d’un accord de partenariat", relève-t-il.
"Le DNDi a amené une nouvelle formulation que Sanofi-Aventis ne parvenait pas à développer. A l’inverse le DNDi ne pouvait se passer d’un grand laboratoire pour la commercialiser", ajoute-t-il.

Reste que Sanofi pourra, à plus long terme et pour le marché privé, commercialiser ce produit sous un autre nom, à un prix plus élevé.
En attendant, le groupe, qui consacre 7 millions d’euros par an au programme malaria, prévoit de fournir en 2006 près de 15 millions de doses.
"Les besoins sont supérieurs à 100 millions de doses par an mais nous allons monter en régime doucement car il faut aussi qu’il y ait les fonds", souligne Robert Sebbag, chez Sanofi-Aventis.

Le paludisme tue un million de personnes en Afrique


Le paludisme est la maladie la plus répandue dans le monde avec 300 à 600 millions de personnes touchées chaque année.

Selon une étude publiée en mars dans la revue scientifique Nature, ce sont au total plus de 2 milliards de personnes qui sont touchées par le paludisme dans le monde.

Le paludisme tue plus d’un million de personnes par an, dont 90% en Afrique. Dans les zones endémiques africaines, 40 à 50% des patients admis dans les hôpitaux, cliniques et dispensaires en sont victimes.

Cette maladie constitue la principale cause de mortalité sur le continent après le sida et, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle y représente la principale cause de mortalité pour les enfants de moins de cinq ans.

L’épidémie serait toutefois plus répandue en Asie du Sud-est qu’on ne le pense généralement, selon l’étude de Nature. En 2002, 25% des cas de paludisme ont été enregistrés dans les régions très peuplées d’Asie du Sud-Est, selon ces travaux qui corrigent quelque peu les données de l’OMS.

L’homme est infecté par le paludisme, encore appelé malaria, lors d’une piqûre des moustiques anophèles femelles uniquement, qui injectent une grande quantité de parasites sous forme de "sporozoïtes". Par la circulation sanguine, ceux-ci migrent rapidement vers le foie pour s’y multiplier. La maladie se manifeste notamment par des accès de fièvre intermittents, des frissons, des maux de tête et des douleurs musculaires.

Pour lutter contre ce fléau, les traitements classiques se révèlent de moins en moins efficaces. Dans de nombreuses régions, jusqu’à 70% des cas de paludisme résistent à la chloroquine et au sulphadoxine-pyriméthamine, d’après des indications de l’Unicef.