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9 avril 2005 | Imprimer cette page

OLÉYIA:Agents de l’Etat le jour, taxis-motos la nuit

par Kouma Laurent Dekalikan

Fonctionnaire de son état, Komlan est bien connu dans son service pour ses activités nocturnes : depuis deux ans, il s’est investi dans le taxi-moto, un petit boulot qui lui permet d’arrondir ses fins de mois.

A l’instar de ce secrétaire administratif, des agents de l’Etat, parfois organisés en groupe, exercent ce deuxième travail dans les rues de la capitale togolaise.

"Je conduis la moto la nuit depuis environ deux mois. J’ai compris qu’il faut également exercer une activité afin d’arrondir le salaire qui ne suffit jamais, quel que soit le montant que l’on gagne", confie Paul, aide-comptable dans un ministère, rencontré à Dékon, un quartier populaire de Lomé.

"Je commence souvent à 20H00, après avoir réglé les petits problèmes de la maison et je termine un peu avant 3H00", ajoute l’"Oléyia" (littéralement : "Tu vas ?" en langue mina), le surnom des conducteurs de taxi-moto.

Dans certains services, des agents se cotisent pour acheter des motos et les exploiter en commun. A Lomé, les prix des motos varient entre 250.000 et 450.000 francs CFA (381 et 686 euros), le double d’un bon salaire au Togo.

Flavien, ainsi que deux de ses collègues de service, ont mis de l’argent de côté pendant trois mois pour acheter une "Maman glacée", une moto de luxe pour femme à la mode à Lomé.

"Il a fallu plusieurs semaines de sacrifices, car j’épargnais près de la moitié de mon salaire. Actuellement, nous l’utilisons à tour de rôle la nuit", raconte le "fonctionnaire-oléyia" à un journaliste de l’AFP qu’il a transporté.

D’autres préfèrent louer les engins de leurs amis utilisés dans la journée, moyennant 500 F.CFA (0,76 euro), voire 1.000 F.CFA (1,52 euro) la nuitée.

"Mon revenu moyen la nuit est de l’ordre de 2.500 F.CFA (3,81 euros). En tout cas, le travail de nuit est beaucoup plus rentable dans la mesure où le tarif est parfois le double de celui de la journée, sauf qu’il présente quelques risques", reconnaît Pierre, assis sur sa moto au milieu d’un groupe d’oléyias, près de l’aéroport de Lomé.

Selon des responsables du Syndicat national des conducteurs de Motos (Synaco-Moto) au moins trois oléyias de nuit sont agressés en moyenne par semaine.

"D’autres collègues ont été assassinés par des voleurs qui ont emporté leurs motos. Des cas de ce type ont été enrégistrés à Lomé cette année", déplore un responsable du Synaco-Moto.

Les taxis-motos sont apparus dans le sud du Bénin voisin dans les années quatre-vingts.

Communément appelé "zémidjan" ("tiens-moi bien", en langue goun), le taxi-moto est vite devenu une spécialité nationale qui aide à vivre plus de 180.000 jeunes Béninois, pour la plupart des "diplômés sans emploi".

Confrontés à la crise économique, beaucoup de Togolais ont massivement adopté ce mode de transport bon marché : 100 à 300 F.CFA (0,15 à 0,46 euros) la course, un tarif à la portée des bourses modestes.

Ce phénomène a fait tache d’huile dans tout le Togo, puisque le pays compterait plus de 40.000 oléyias, selon des estimations des syndicats des conducteurs de taxis-motos.