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28 mars 2005 | Imprimer cette page

La Cherté de la vie au Niger

par Daouda Hamadou

Ces derniers jours les populations nigériennes manifestent contre la hausse des prix des denrées de premières necessité.

Au Niger, les populations manifestent en masse contre la cherté de la vie. La hausse de la TVA qui est passée à 19% et la flambée exceptionnelle des produits dont le pain, le lait, le riz, etc, ont exacerbé la colère des Nigériens qui ont pris depuis un certain temps la rue en otage.

En cela, nos voisins ne sont pas les seuls à user leurs semelles pour exiger que l’Etat les aide à se soustraire à la montée vertigineuse du prix des produits de première nécessité. Ailleurs, notamment au Burkina, les consommateurs, toutes tendances confondues, avaient, sous la bannière ou non des centrales syndicales, eu à marcher contre la montée du coût de la vie. Tout récemment, des mouvements de défense des consommateurs ont signifié leur ras-le-bol, par rapport au coût de la vie.

Certes, les marcheurs au ventre vide ont raison de s’en prendre à l’autorité lors de leurs différentes manifestations. Mais, cette petite réflexion du premier ministre nigérien est loin d’être incongrue quand il demande en substance à celui qui ne peut acheter du lait importé de se rabattre sur le lait de vache. Produit local et excellent pour la santé, sommes-nous tentés d’ajouter. Sans verser dans le boycott des produits importés, on ne saurait donner tort au chef de l’exécutif nigérien. Le consommateur doit définitivement bannir de ses habitudes le mimétisme et adapter son train de vie à ses réalités sociales et surtout économiques. L’alternative est plus que facile à trouver car le choix doit être judicieux. Celui qui a les moyens de s’offrir du caviar n’est pas obligé de se mettre au régime du gonré, plat traditionnel moaga délicieux. De même, le consommateur qui n’est pas en mesure de s’offrir du riz cantonais peut bel et bien se nourrir convenablement avec du riz du Sourou au soumbala (ingrédient d’assaisonnement local). Malheureusement, le slogan "consommons africain" risque de demeurer un voeu pieux tant que nous ne nous départirions pas de ce complexe qui nous pousse irrésistiblement vers le mode de consommation occidentale. Une consommation responsable. C’est ce à quoi doivent tendre les Africains et en cela, ils donneront systématiquement une impulsion puissante à l’économie locale, c’est-à-dire leur économie. Le développement humain durable passe aussi par là. Paradoxalement, ce sont des ONG et autres altermondialistes occidentaux qui situent les Africains sur l’opportunité de consommer local et les aident à transformer leurs propres productions. Nombre d’Africains, pour ne pas dire la grande majorité, oublient simplement qu’ils peuvent infléchir la courbe de leurs dépenses domestiques en se rabattant sur les produits locaux qui sont aussi riches en matières nutritives que ceux qu’ils achètent à prix d’or, par pur snobisme, dans les supermarchés ou qu’ils font venir de l’extérieur. Au Burkina par exemple, la production est la chose qui marche le mieux mais la commercialisation reste le chaînon faible pour ne pas dire manquant. Des initiatives telles la petite irrigation villageoise, la mise en place des fosses fumières, la production de riz et celle récente de blé dans la vallée du Sourou viennent nous conforter dans cette philosophie que les efforts des paysans locaux sont loin d’être récompensés à leur juste valeur.

Grand goulot d’étranglement, l’écoulement des produits. Il constitue en effet une difficulté qui freine la possibilité pour la population qui voudrait bien en disposer en quantité et en qualité à accéder à ces produits. Pour provoquer un effet d’entraînement, l’Etat doit s’impliquer davantage, mettre l’accent sur la consommation de ses produits lors des nombreux cocktails qu’organise l’administration. Dans la même logique, au lieu de tout faire venir de Paris quand il y a des rencontres et autres sommets internationaux, les organisateurs doivent se faire un point d’honneur à mettre en valeur les mets locaux dont raffolent, du reste, nos amis Européens très portés sur l’exotisme. Même s’il faut reconnaître que ces mets localement fabriqués sont de plus en plus ostensibles lors des cérémonies et de grandes manifestations comme la Semaine nationale de la culture (SNC), le Salon international du tourisme et de l’hotellerie de Ouagadougou (SITHO) ou du Salon international de l’artisanat de Ouagadougou, beaucoup reste à faire pour sensibiliser les consommateurs burkinabè en particulier et africains de façon générale, à être les premiers à consommer ce qu’ils produisent. Tant qu’il y a une forte demande, le problème de l’écoulement sera sans doute résolu.

Par ailleurs, consommer local peut être une arme politique à même d’entraîner l’économie burkinabè. Culturellement, c’est également une option à prioriser. C’est à juste titre que les Ivoiriens s’enorgueillissent de leur "attiéké". Qu’est-ce qui empêche le Burkina de promouvoir des plats comme le "zamnè", ou les "chitoumou" (les chenilles) par exemple ? La question mérite d’être sérieusement prise en compte. Consommer local ne doit plus être un complexe. Plus qu’un acte patriotique ou de nationalisme, cela doit nous rendre indépendants des TVA et autres taxes exhorbitantes sur les produits importés. Ainsi, nous marcherons moins dans les rues contre la cherté de la vie.