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10 avril 2005 | Imprimer cette page

Le Canada s’accroche à l’amiante

par N. Wihlm

Le Canada continue de vanter les mérites de l’amiante et à en exporter vers des pays en développement, faisant fi des risques encourus.

Depuis que la France et plusieurs pays occidentaux ont banni l’amiante, les gouvernements et l’industrie préférent désormais faire la promotion du chrysotile. Ils assurent que cette fibre d’amiante peut être utilisée dans la construction en toute sécurité, à condition de respecter certaines normes et précautions. L’Institut de l’amiante, un puissant lobby, qui s’est rebaptisé récemment Institut du chrysotile, insiste sur le fait que des grands progrès ont été réalisés depuis les années 60, qu’aujourd’hui les produits commercialisés ne contiennent plus d’amphiboles, à l’origine des maladies pulmonaires observées chez les mineurs et que le chrysotile ne pose aucun danger s’il est emprisonné dans un matériau solide.

"Des travailleurs qui ont été exposés à l’amiante sont morts (...) Alors pourquoi la réintroduire dans les matériaux de construction ? Ca n’a aucun sens", affirme Anthony Pizzino, directeur de la division santé et sécurité du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP). Devant la hausse des décès, plusieurs organisations mènent campagne depuis quelques années pour que le Canada interdise l’usage de tout type d’amiante et arrête d’en vendre dans les pays en développement.

Loin de le bannir, le Canada, deuxième exportateur mondial, a réussi l’année dernière à empêcher que le chrysotile figure sur la liste des produits dangereux interdits par la Convention de Rotterdam. Derrière ce minéral, il y a le sort d’une région entière du sud du Québec. Durement touchées par la perte des marchés européens, les mines d’Asbestos n’emploient aujourd’hui plus que 900 travailleurs, loin des milliers de l’âge d’or.

Pour soutenir l’industrie, le gouvernement au Québec préconise depuis trois ans l’usage de l’amiante, mélangée à l’asphalte, dans la construction routière et, au ciment, dans la fabrication de canalisations. Cette politique inquiète l’Institut national de santé publique de la province. "Pour nous, l’amiante chrysotile est un produit cancérigène, souligne Louise De Guire, médecin conseil à l’Institut. Avant de penser à en utiliser plus, il faudrait s’occuper de l’amiante déjà sur place".

Si des mesures ont été prises pour protéger les mineurs, les statistiques montrent que les travailleurs de la construction sont désormais les plus touchés par des maladies reliées à une exposition à l’amiante. "On en a pour des années à régler le problème", assure Louise De Guire. En effet, écoles, hôpitaux, universités, immeubles, pratiquement tous les bâtiments construits avant les années 70 ont été isolés à l’amiante.

Stéphanie Pertuiset
Agence France-Presse
Montréal