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27 mars 2005 | Imprimer cette page

Quel avenir pour le coton togolais après Cancùn ?

par Kouma Laurent Dekalikan

A l’instar du Bénin, du Burkina Faso, du Mali et du Tchad qui font front commun à Cancùn (Mexique) dans le cadre de la conférence ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) pour sauver le coton africain mis à mal par les subventions des pays du Nord, le coton togolais est menacé. Et ce, au moment même où la reprise s’annonce dans le secteur après trois années de vaches maigres.

L’industrie cotonnière togolaise a enregistré de meilleurs résultats pour la campagne 2002-2003 en comparaison de la période 1998 -2001. 186 589 en 2002-2003 contre 168 323 tonnes en 2001-2002, selon Panapress. Une reprise que viennent ternir les menaces qui pèsent actuellement sur le coton africain et qui font l’objet de négociations à Cancùn (Mexique), la cinquième conférence ministérielle de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Le coton au Togo représente 194 025 hectares de superficies ensemencées et 186 589 tonnes de coton-graine. La filière coton est actuellement contrôlée par une entreprise publique, la Société Togolaise de Coton (SOTOCO) qui en détient le monopole. La libéralisation prochaine du secteur avec l’entrée sur le marché de 3 entreprises privées, à savoir la Société industrielle du coton (SICOT), la Société de production industrielle du coton (SOPIC) et la Société cotonnière des savanes (SOCOSA), devrait confirmer cette tendance positive.

DES ECHOS PEU ENCOURAGEANTS

« Selon une étude réalisée en septembre 2002 pour le compte de la Banque mondiale, mentionnée par l’agence panafricaine de presse, cette reprise serait due au paiement du coton- graine conformément au calendrier prévu, au maintien du prix du kg à 200 F CFA et à une campagne de relance auprès des producteurs. A contrario des années précédentes où les paysans avaient été payés en retard et n’avaient pas perçu les ristournes qui leur étaient dues par la SOTOCO en 1997. De mauvaises conditions pluviométriques et la désorganisation de l’encadrement technique se sont rajoutées à ces raisons structurelles. Mais cette amélioration de la conjoncture de l’industrie du coton au Togo intervient au moment où le secteur cotonnier africain est menacé. Le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Tchad ont uni leurs forces et tentent de le défendre actuellement au Mexique. Ils réclament la suppression progressive et totale des subventions des pays du Nord entre 2004 et 2006 - qui faussent le jeu de la concurrence internationale - et une indemnisation financière pour les pertes subies par leurs pays.

Le coton africain perdrait chaque année plus de 200 millions de dollars de revenus d’exportation en raison des subventions. Un coton très compétitif, en termes de qualité et de coût de revient et qui représente 5% de la production mondiale. Il constitue également, selon Dagris, holding française dont le coton est le cœur de métier, l’origine des revenus d’environ dix millions de familles sur le continent. « L’initiative africaine » est soutenue par le directeur de l’OMC, Supachai Panitchpakdi, et par l’Union européenne. Un soutien important mais pas rassurant compte-tenu de la position des Etats-Unis et de l’Europe, elle-même, qui semblent ne pas vouloir renoncer à leur politique de subventions dans le secteur agricole en général. Ils accusent, par ailleurs le G21, le groupe formé par tous les pays pauvres pour défendre leurs intérêts face aux pays riches, d’être trop ferme sur ses positions. Espérons que les négociations de Cancun ne s’achèveront pas dans une impasse donnant ainsi la preuve que les intérêts du Sud et du Nord sont hautement divergents.