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23 mars 2005 | Imprimer cette page

Entre Espoir et Doute : Un vaccin contre le paludisme d’ici 2010 ?

par Kouma Laurent Dekalikan

Un vaccin efficace contre le paludisme a été mis au point. Il en est encore au stade de "candidat-vaccin" mais pourrait obtenir une licence d’ici 2010, selon des experts qui publient la nouvelle dans la revue médicale britannique The Lancet. D’autres vaccins sont eux aussi en cours d’élaboration, mais celui qui vient d’être annoncé semble le plus prometteur.

Chaque année, plus d’un million de personnes, et notamment de nombreux enfants de moins de cinq ans, meurent du paludisme - une maladie aussi appelée malaria, et 90 % des cas recensés sont en Afrique sub-saharienne. Le taux de mortalité est particulèrement élevé pour une forme de la maladie provoquée par le parasite "Plasmodium falciparum". Dans la lutte contre le fléau, l’accent est mis sur la prévention, en raison de la résistance croissante du parasite aux traitements anti-paludiques.

Bons résultats

Le vaccin, baptisé RTS,S/AS02A, a été mis au point par une équipe de chercheurs sous la direction du professeur Pedro Alonso, de Barcelone, travaillant avec la compagnie pharmaceutique GlaxoSmithKline. Le professeur Alonso est optimiste : "ce sont clairement les meilleurs résultats que nous avons obtenus jusqu’ici. Nous sommes certains que ce candidat-vaccin est sans danger, et nous avons pu constater son efficacité".

Financement

La recherche était financée par GlaxoSmithKline Biologicals et par un projet mondial, le Path Malaria Vaccine Initiative (Initiative pour un vaccin contre le paludisme), lancé grâce à un don de la Fondation Bill et Melinda Gates, dans le but de surmonter les obstacles qui gênent le développement d’un vaccin.

Le test

L’équipe a procédé à un test du vaccin sur un groupe d’environ deux mille enfants âgés de 1 à 4 ans au Mozambique, où le paludisme est endémique. Durant le test, effectué sur des enfants en bonne santé, certains ont reçu trois injections des injections du vaccin anti-paludique, d’autres (qui constituaient le "groupe de contrôle") un vaccin contre une maladie telle que le Hib, qui s’en prend aux enfants. Six mois plus tard, le RTS,S/AS02A avait réduit de 30 % le risque de voir un enfant contracter la malaria.

Vaccin bien supporté

Les risques de contracter la forme la plus grave étaient, eux, réduits de 58 %. 400 des enfants ont été suivis pendant plus longtemps, ce qui a permis de constater que le vaccin permettait de prolonger de 45 % le délai de survenue d’une première infection. Pour ce qui concerne les enfants de moins de deux ans qui participaient à ces tests, l’efficacité du vaccin contre la forme la pus grave de la maladie était de 77 %. Les enfants ont bien supporté le vaccin, qui n’a eu pratiquement aucun effet secondaire.

Une arme de plus

Le professeur Alonso estime qu’il n’aurait pas été réaliste de s’attendre à ce que le vaccin permette de prévenir. Mais il pense que les résultats des tests sont très encourageants. "Tout comme les autres moyens de lutte anti-paludique dont nous disposons" déclare-t-il, "comme les moustiquaires traitées à l’insecticide, par exemple, le vaccin n’est pas efficace à 100 % . Mais pour juguler la maladie, on pourra se servir de plusieurs moyens ensemble. Et nous pensons qu’un vaccin, même si son efficacité était limitée, pourrait avoir un impact énorme".

D’ici 2010

Avant qu’il ne reçoive sa licence de production, des tests supplémentaires doivent être effectués sur ce candidat-vaccin. Mais les chercheurs espèrent que la licence sera obtenue d’ici 2010.

L’action du vaccin

Comment agit le vaccin ? Il s’attaque à la forme de parasite (psalmodium falciparum) injecté par les piqûres de moustiques. Une fois le sujet immunisé par le RTS,S/AS02A, son organisme produit des tnicorps et des globules blancs qui peuvent empêcher la survie du sporozoïte ou son développement dans le foie.

Pour toute l’Afrique

Le ministre mozambicain de la santé, le docteur Francisco Songane, qui avait donné son accord à ces tests, rappelle que le paludisme est la principale cause de mortalité chez les enfants africains. Il ajoute : "nous avons efectué ces tests non seulement pour le peuple du Mozambique, mais pour tous les peuples d’Afrique, dont la santé et le développement souffrent tant des effets de cette terrible maladie".

BBC Afrique