Comité de Pilotage du Suivi Indépendant du projet de pipeline Tchad – Cameroun

Et

Catholic Relief Services – Cameroon

 

 

 

 

 

 

 


RAPPORT DE MONITORING INDEPENDANT DU PROJET DU PIPELINE TCHAD CAMEROUN

Janvier – Juin 2002

 

 

                                                                              

 

Le Comité de Pilotage du monitoring indépendant 

 

-          Fondation Camerounaise pour une Action Rationalisée

 des Femmes sur l’Environnement (FOCARFE)

Tél/Fax : 998 41 58 / 222 13 07 e-mail : focarfe@yahoo.com

 

 

- Centre pour l’Environnement et le Développement CED) :

BP.3430 Yaoundé tél.2.223857fax : 2.223859

 

- Environnement Recherche Action (ERA-Cameroun )

BP.3356 Yaoundé Tél./Fax 231 00 76  e-mail : era@cenadi.cm

 

 

- Service Œcuménique pour la Paix (SeP)

BP 12 214 Yaoundé Tél. 231 20 05 / 06 Fax 231 22 55

e-mail : peace.humanus@camnet.cm

Septembre 2002

 

TABLE DES MATIERES

 

INTRODUCTION.. 5

RAPPORT GENERAL DE SUIVI . 7

I-QUESTIONS SOCIO-ECONOMIQUES. 7

1) inflation et situation alimentaire. 7

observations. 7

Recommandations. 8

2. Immigration. 8

Observations. 9

Recommandations. 9

3. Emploi 9

stratégie du projet. 9

Observation.. 10

Recommandations. 10

4. Logement des travailleurs. 10

Stratégie du projet. 10

Recommandations. 11

5- Occupation des terrains supplémentaires et dommages des cultures. 11

stratégie du projet. 11

Observations. 11

Recommandations. 11

6. Démontage des ponts temporaires. 11

Stratégie du projet. 11

Observations. 11

Recommandations. 12

7. Compensation régionale et communautaire. 12

Stratégie du projet. 12

Observations. 12

Recommandations. 12

8. Compensations individuelles. 13

Stratégie du projet. 13

Observations. 13

Recommandations. 13

9-Plan pour les peuples autochtones. 13

Stratégie du projet. 13

Observations. 14

Recommandations. 14

10- Vérification sociale. 14

Stratégie du projet. 14

Observations. 14

Recommandations. 14

11. Archéologie et patrimoine culturel 15

Stratégie du projet. 15

Observations. 15

Recommandations. 15

II – SANTE, HYGIENE ET SECURITE... 15

12- Premiers secours et évacuation sanitaire. 15

Stratégie du projet. 15

Observations. 16

Recommandations. 16

13-  Soins médicaux généraux. 16

Stratégie du projet. 16

Observations. 16

Recommandation.. 17

14- Médecine préventive. 17

Stratégie du Projet. 17

Observation.. 17

Recommandation.. 19

15. Santé au travail 19

Stratégie du projet. 19

Observations. 19

16. Santé communautaire. 19

Stratégie du projet. 19

Observations. 19

Recommandations. 21

17-  Sécurité routière. 21

Stratégie du projet. 21

Observations. 21

Recommandation.. 21

18-  Sécurité incendie. 21

Stratégie du projet. 21

Observations. 22

Recommandation.. 22

III- ENVIRONNEMENT BIOPHYSIQUE ET GESTION ENVIRONNEMENTALE. 22

19- Protection des ressources en eau. 22

stratégies du projet. 22

Observations. 22

Recommandation.. 23

20- Gestion des déchets, eaux usées. 23

Stratégie du projet. 23

Observations. 23

Recommandations. 24

CONCLUSION – RECOMMANDATIONS GENERALES.. 24

RAPPORT PARTIEL, PROVINCE DU CENTRE 26

PRATIQUES DISCRIMINATOIRES.. 26

Le quotidien des travailleurs au chantier : cas de Bélabo. 26

Profil du personnel expatrié en service dans les entreprises.. 26

Personnel national, gibier de potence en cas de problèmes. 26

Accès aux moyens logistiques refusé aux cadres nationaux. 26

L’hydrotest raconté par les habitants des villages Ntal et Déa. 27

Dégâts causés par l’hydrotest dans les villages Ntal et Déa.. 28

LES COMPENSATIONS ET LES PROBLEMES D'EVALUATION DES CULTURES A DEDOMMAGER... 29

LA VIE DANS LA CITE DE BELABO... 29

RAPPORT PARTIEL PROVINCE DU SUD... 31

Descriptif  du cas du sieur Ekouang Laurant du campement pygmée KOUR MINTOUM 09 juillet 2002.. 31

RAPPORT PARTIEL PROVINCE DU NORD ET DE L'EST . 33

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 INTRODUCTION<br> <p>

 

Le projet de monitoring indépendant du projet d'exportation et de pipeline Tchad-Cameroun trouve sa justification dans le souci de préserver les droits et la dignité des camerounais riverains du pipeline. <br>

Le présent rapport de suivi, 2e du genre, veut répondre à un besoin d'information indispensable et urgent, afin de procurer aux convictions citoyennes ayant coalisé ou en voie de le faire, les outils nécessaires pour une action efficace de maintien ou de restauration de la dignité de l'homme. <br>

Rappelons rapidement qu'un système est un système d'informations bâti en fonction des objectifs d'un projet afin d'en réguler la réalisation et surtout d'en contester la validité au regard des finalités non exprimées, ou d'effets indirects pervers. <br>

Autant que possible, nous indiquerons nos sources. Il est possible que malgré les vérifications, se glissent des erreurs ça et là. Nous aimerions qu'on nous les signalent, ou mieux qu'on améliore notre éclairage sur le sujet. <br>

Il est également possible qu'un avis en une zone spécifique semble en contradiction avec l'avis du rapport général. Nous répétons que nous nous intéressons fortement aux détails, et que très souvent "quelques cas" sont encore pour nous des cas de trop. <br>

Le suivi pour nous n'est pas seulement un suivi de la réalisation des objectifs. Il ne s'agit donc pas seulement d'efficience globale du projet à mesurer par des ratios de réalisation appliqués à l'ensemble des objectifs principaux. Cet important aspect il est vrai, nous sert à interpeller les gestionnaires du projet. Mais il comporte également des écueils de taille : on présente des moyennes statistiques, ou des chiffres globaux à côté du petit nombre de cas non réglés, etc.

Ce qui nous intéresse, c'est aussi la variance (les écarts par rapport à la moyenne), les très petits cas non réglés qui pour chacun d'eux sont un cas de trop. <br>

 

La gestion du projet dans son environnement <br>

Le projet s'insère dans un jeu économique et social dont il modifie les règles, ou au moins le fonctionnement. Il apparaît donc indispensable, pour les gestionnaires et les personnes intéressées au projet de situer en permanence son action vis – à – vis de l'environnement au sens large. <br>

C'est pourquoi la notion d'impact qui résume bien l'idée d'indicateurs de situation est importante, elle qui mesure l'importance relative d'une action vis-à-vis d'un processus global de référence. <br>

Mieux encore, nous nous intéressons aux effets, c'est à dire la description plus large des conséquences d'une action sur l'environnement dans son ensemble. <br>

 

De manière précise, et parlant des questions socio-économiques par exemple, l'analyse de leurs effets peut être résumée par l'étude de la répartition des nouvelles richesses créées par le projet dans l'ensemble du corps social et de la nouvelle dynamique sociale que cette répartition préfigure. <br>

 

Le projet dans son action doit être apprécié à travers ce prisme, s'il est véritablement un projet de développement. <br>

Par ailleurs, il faut se souvenir que l'étude d'impact, dans son principe, retient les impacts les plus importants (du point de vue des réalisateurs de l'Etude) en général entre 10 et 15 ; et le plan de gestion est constitué des mesures correctrices apportées à ces "problèmes identifiés et retenus en amont". Il n'est donc pas étonnant, compte tenu du caractère assez subjectif de cette démarche, et des limites imposées par le caractère prédictif faible des disciplines utilisées dans l'étude d'impact, de trouver d'autres problèmes de taille non identifié en amont, ou de réaliser que les options correctrices sont faibles et inopérantes.

Il n'est de même pas étonnant que des observateurs autres que les réalisateurs de l'Etude d'Impact aient d'autres préoccupations prioritaires. Cela ressort nettement de l'étude sur les questions fréquentes" issues des résultats de la consultation (à partir de la page 9 – 19 du résumé de l'Etude d'Impact sur l'Environnement, version actualisée).

A ce niveau, COTCO a répondu par des actions menées ou à mener pour chacune de ces préoccupations. Il s'agit là également d'un "pôle de suivi" pour le steering commitee.

Enfin, il existe des préoccupations d'impact aussi bien sur le plan environnemental que social qui peuvent n'être pas ou suffisamment pas prises en compte par COTCO ou d'autres observateurs, mais qui pour le steering commitee sont d'importance.

En résumé, le suivi est effectué selon trois angles d'appréciation :

1 – la conformité aux options retenues du PGE

2 – la conformité rapport aux actions annoncées en réponse aux "questions fréquentes"

3 – le point de la situation effective sur le terrain camerounais par rapport aux impacts environnementaux généralement observés dans l'exploitation pétrolière en forêt tropicale.

 

Dans le présent rapport, seul le suivi de réalisation (conformité) est présenté, le travail pour les autres angles de suivi étant en cours d'élaboration.

La présentation comporte:

-         un rapport général;

-         des rapports partiels des différentes zones (Nord et Est, Sud, Centre), ne présentant au besoin que quelques aspects spécifiques.

 

Les observations ayant porté sur de nombreuses questions de niveaux d'intérêt d'urgence variables, nous tenons à ressortir ici les problèmes prioritaires à nos yeux, et donc nécessitant un traitement urgent. Il s'agit de :

1)      la question de l'approvisionnement en eau potable des populations ayant pour la plupart  vu leur source d'approvisionnement polluée par l'activité de construction du pipeline.

2)      Le pont sur le Lom dont le démantèlement était prévu pour Octobre 2002

3)      Le démarrage effectif de l'encadrement des pygmées.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RAPPORT GENERAL DE SUIVI

 PAR FOCARFE[1]

 

I-QUESTIONS SOCIO-ECONOMIQUES

 

1) inflation et situation alimentaire

 

stratégie du projet  : En ce qui concerne le suivi de l'inflation et des mesures à prendre pour la contenir ou la compenser, les responsabilités du consortium et du gouvernement sont les suivantes, conformément au PGE[2] :

·        Le suivi des pressions inflationnistes locales dans les villages voisins des camps de construction est de la responsabilité du Consortium,

·        L'élaboration de "politiques appropriées" pour atténuer l'inflation est de la responsabilité du Gouvernement.

 

observations

l'on note dans la partie Nord-est du projet une hausse criarde des prix des produits de première nécessité.

A Belabo, une cuvette de maïs qui coûtait de maïs qui coûtait avant le projet  entre 2000-2500Fcfa  est passé à  5.000 F Cfa et même plus après le projet ainsi que le montre le tableau  suivant des denrées dans la ville de Belabo au cours du mois de Février 2002.

 

Zone Belabo

Denrée

Prix avant le projet

Prix actuel

Maïs (cuvette)

2.000 à 2.500

5.000 quand on en trouve

Couscous (cuvette)

1.500 prix taxé

2.500

Noix de palme (cuvette)

1.000 à 1.500 selon la saison

2.500

Macabo (cuvette)

1.300 prix taxé

2.500 prix taxé

Plantin (régime)

300 à 1.000

1.000 à 3.000 selon la taille

Plantin mûr (main)

100f à 350

150 à 500 selon la taille

Huile de palme (litre)

400 à 500 selon la saison

600

Kilo de viande (bœuf)

900

1.300 (phénomène national)

Kilo de maquereau

750

850

Cuisse de poulet

2.000

1.800

Huile diamaor

1.100

850

Oeuf frais

60

70

Riz

300/kg

350/kg

cube honig

5 à 50

4 à 50

Sardine

350

60 à 100

Sucre

500

600

Pain

130

140

Arachides

35 à 50 le verre

350

Manioc (tas)

100

200

Cigarettes (bâton)

15

25

Lait Nestelé  petit modèle

200

225

Poisson fumé (tas)

250 et 500

500 et 1.000

Feuilles de manioc (paquet)

25

50

Chambres en dure

3.000

8.000 à 9.000

Maison en dure 4 chambres

15.000 à 20.000

40.000 en montant

Maison en dure 3 chambres

10.000 à 12.000

30.000 à 35.000 suivant le propriétaire

Studio (cimenté crépit)

6.000 à 8.000

15.000

Studio (bois

2.500 à 4.000

10.000

Chambre (bois)

1.000 à 2.000

5.000 à 7.000

               

-         On note une augmentation du transport cas de Ndoumba  Kanga : Février 2002 dans le Nord, le constat est pratiquement le même

-         Il y a une augmentation des prix des produits manufacturés (la boîte de lait passe de 200fcfa  à 300f cfa cas de Doyo, Begoro, Kassa Ngaoundéré, où par ailleurs une cuvette de manioc est passé de 2.000 F à 4000 frs CFA en Janvier 2002.

 

le logement est passé de 1.500 - 3.000 frs pour  10.000 frs/mois pour une chambre en matériaux provisoires.

Le kg de viande dans la localité de Bélel  au Nord est passé de 450Frs CFA à 2.000 Frs cfa (Avril 2002) avec l'installation des sociétés SOGEA/SATOM

à  Akongo II et III le prix du plat de nourriture a augmenté et est passé de 300F à 1.000F le plat.

 

Les causes de cette inflation relèvent des considérations ou des préjugés sur le comportement salarial des employés de COTCO (les étrangers essentiellement et des sociétés sous traitantes).

Elles relèvent aussi de la forte pression démographique qui implique une forte demande. La situation alimentaire s'est considérablement dégradée du fait des champs et plantations détruits par COTCO bien que "compensés", mais  les bénéficiaires n'ont pas investi l'argent de compensation dans l'aménagement de nouveaux champs; les agriculteurs, pour la plupart, des jeunes gens ont abandonné les champs pour chercher l'emploi dans le projet. Ce qui a permis de noter la baisse de la production agricole.

 

Recommandations

- encourager les riverains à l'agriculture en appuyant financièrement et matériellement les groupes d'initiatives communes, les associations d'agriculteurs et les coopératives, afin d'éviter une baisse difficilement réversible du niveau de vie des populations.

 

2. Immigration

-         Stratégie du projet : le PGE comprend les dispositions au volume 1 (pour les deux pays sous la rubrique socio-économique N°1. Pour le Tchad, des détails supplémentaires sont fournis à l'Annexe H du Volume 4 (Plan de Développement Régional), qui évalue l'impact possible de l'immigration vers la zone du projet et propose des mesures d'atténuation.

-         Le partage des responsabilités entre les Gouvernements et le Consortium est le suivant :

a)      les mesures d'atténuations associés à l'emploi direct par le projet sont de la responsabilité du Consortium ; sa stratégie pour minimiser l'immigration des chercheurs  d'emploi est basée sur des pratiques d'embauches adaptées, et comprend les mesures suivantes :

 

·        Embauches locales des travailleurs non qualifiés, dans les villages mêmes où les travaux ont lieu ;

·        Interdiction des embauches à la porte des chantiers ; les travailleurs semi-qualifiés doivent faire acte de candidature à travers l'agence de l'emploi (Tchad) ou dans les bureaux d'embauche ouverts par les entrepreneurs ; les locaux ont la préférence ;

·        Campagne d'information pour diffuser les types d'emplois disponibles et expliquer comment les embauches sont faites ; ces campagnes doivent être organisées conjointement avec les gouvernements.

·        Suivi de l'immigration vers les sites du Projet (croissance démographique, inflation, changement dans les valeurs de la terre), pression sur les équipements.

b)      Il est de la responsabilité du Gouvernement d'atténuer l'impact du déplacement spontané des migrants qui cherchent du travail dans la zone du Projet :

·        Dans les deux pays, assister les promoteurs du projet et consulter les autorités locales en tant que de besoin.

 

Observations 

Le long du tracé, plusieurs localités ont vu leur population augmenter considérablement principalement où le projet et ses sous-contractants installent des bases .Dans le village Dompta où le projet a installé une de ses bases-vies, l'on est passé de 350 habitants à plus 3.000 habitants entre 2001 – 2002. Par sa situation géographique, Dompta est le carrefour de brassage de quatre types de nationalités. C'est ainsi qu'à la date du 24 – 05- 2001, l'on a noté 77 femmes libres professionnelles de loisirs venant de la République Démocratique du Congo, République Centrafricaine, du Tchad et du Cameroun.

La ville de Bélabo a également vu sa population augmenter au cours de l'année 2000 avec l'installation de TCC, Wilbross, SOGEA/SATOM. On note également des affluences dans les localités de Batchenga et Nanga Eboko plus précisément.

 

Recommandations

Mettre les localités "agressées" par l'affluence à la hauteur des arrangements institutionnels et infrastructurels désormais nécessaires.

 

3. Emploi

stratégie du projet 

Les objectifs de la politique d'emploi et des engagements des partenaires concernés, notamment ceux des deux Gouvernements, sont présentés dans le PGE. Les objectifs du recrutement comprennent notamment "assurer une répartition équitable des opportunités d'emploi, …, donner la priorité aux communautés qui sont les plus affectées par les travaux au niveau du village et du canton" et "minimiser l'impact du logement de la main d'œuvre sur les communautés environnantes".

Les entrepreneurs ne doivent pas embaucher à la porte de leurs chantiers. Ils doivent embaucher les travailleurs non qualifiés  dans les villages où les travaux ont lieu et passer pour cela par les chefs de village, et donner priorité aux locaux pour les emplois qualifiés et semi-qualifiés. Tous les entrepreneurs ont préparé un plan Socio-économique, et doivent se doter d'un département socio-économique pour traiter ces questions.

 

Observation

Le travail réservé aux populations locales se limite à la main d'œuvre non qualifiée. Les cadres du projet sont pour la plupart des expatriés ; aux riverains, sont réservées les tâches telles que manœuvre, agent de sécurité, gardiens, agent de nettoyage et autres.

Les conditions de recrutement dans le projet sont: les sous-traitants chargés du recrutement confient cette tâche à leurs responsables socio-économiques; ces derniers recrutent sur la base tribale affirme-t-on sur place, le placement du personnel se fait dans beaucoup de cas contre  monnayage de 20.000 frs à 50.000 frs ou par des dons en nature pour un emploi. Les chefs traditionnels parfois impliqués dans le processus de recrutement exigent des pots de vin, (Meidougou, Doyo, Belabo, Bélel…) ou dans certains cas, pour voir son dossier accuser réception par le chef, l'on doit au préalable travailler dans ses plantations (cas de Taparé Février 2002). Les employés des sous-traitants (willbros, TCC) sont recrutés sans contrat de travail. Les gens se plaignent de ce que jusqu'ici il n'y ait pas de formation des natifs en qualité de soudeurs ou conducteurs de camion au lieu de prendre les colombiens (cas de Goyoum et Meidougou Mars 2002).

 

Les conditions de travail  sont très rudes et négligées : les employés dans les chantiers n'ont ni bottes, ni casques, ni tenues du travail. Les employés travaillent tous les jours y compris les jours fériés et de fête (cas de Mbaki I, le 1er Janvier 2002); les employés travaillent comme des robots : les camions les ramassent à 4 heures du matin et les ramènent à 21 – 22 heures. Les salaires sont très bas 3000 Frs la journée pour les manœuvres contre beaucoup plus 2 – 2,5 millions de Fcfa/mois pour les Colombiens, pour le même travail.

On note des licenciements abusifs et fantaisistes (cas de Doyo où 300 employés de Wilbross ont été licenciés le 08 – 04 –2002). Les femmes sont marginalisées.

 

Recommandations

Humaniser les conditions de travail ; respecter la législation camerounaise et les recommandations du PGE

 

 

4. Logement des travailleurs 

Stratégie du projet 

La JSCP 20 "Interaction socio-économiques" indique au paragraphe 5.19 que "dans les cas où les camps de l'Entrepreneur sont déplacés pendant une période de travail, l'Entrepreneur doit héberger la main d'œuvre non locale dans ses camps et il a l'option de loger aussi sa main d'œuvre locale. Dans le cas où le camp ne sait pas déplacé pendant la période de travail, l'Entrepreneur peut choisir, soit de loger ses travailleurs dans son camp, ou de s'arranger avec la communauté, les entrepreneurs locaux, et le projet, pour s'assurer qu'un logement et des aménagements sont  disponibles dans la communauté pour les travailleurs, sans déplacer ou affecter d'une manière adverse la population autochtone, l'environnement, ou surcharger l'infrastructure existante".

 

Observation : Dans les bases-vies (Belabo, Batchinga, Nanga Eboko, Kribi, etc.) les pratiques discriminatoires entre employés Camerounais et étrangers sont nettes et perceptibles. Les Blancs  sont logés dans les maisons en préfabriqués douillettes (appartements avec chambres, salon, cuisine, douches internes, domestiques, meublés et avec véranda) alors que les noirs résident dans les chambres collectives. (chambres construites en matériaux provisoires sans aucune solidité et les toilettes sont externes et collectives).

Dans les bases vies, pendant que les Blancs sont autorisés à vivre avec leurs compagnes il est strictement interdit aux Noirs de jouir d'une présence féminine.

Le prix du loyer dans les bases vies s'élève à environ 60.000F/mois pour les Noirs ce qui est extrêmement coûteux comparativement à l'investissement  et au salaire.

 

Recommandations

Améliorer le niveau de confort  des logements "Africains".

 

 

5- Occupation des terrains supplémentaires et dommages des cultures

stratégie du projet 

Des terrains supplémentaires sont nécessaires. Leur acquisition ou occupation n'avait pas pu être planifiée.

 

Observations

Les machines et engins de COTCO travaillent au delà des limites, à l'exemple de Mbaki I Janvier 2002, détruisant parfois des cultures, sans des modalités de dédommagement précises; il arrive que les sous-traitants ayant achevé leur travail s'en aillent sans que la question soit réglée.

 

Recommandations

Dédommager les populations ou les propriétaires selon des modalités claires. Recenser les cas litigieux nombreux et leur apporter les solutions nécessaires.

 

6. Démontage des ponts temporaires

Stratégie du projet

En conformité avec le Plan de Gestion de l'Accès Induit[3], les ponts temporaires mis en place pour la construction de l'oléoduc doivent être enlevés une fois que les travaux sont terminés.

 

Observations  

Les ponts sur le Lom et sur le Mba construits par le projet dans la partie Est devraient être démontés depuis le mois d'Août 2002. De très vives contestations et revendications des populations locales pour leur maintien ont été enregistrées y compris les autorités administratives locales.

 

Recommandations

Ne pas s'accrocher au PGE, qui comporte une marge d'erreurs héritée de celle de l'Etude d'impact, pour refuser un besoin réel aux populations. Maintenir le pont et les autres ouvrages temporaires en s'assurant de leur solidité (en les renforçant le cas échéant).

 

 

7. Compensation régionale et communautaire

Stratégie du projet

Cet élément de la compensation est destiné à compenser les pertes communautaires telles les ressources naturelles, ainsi que les dérangements divers.

 

Observations

Dans la partie Sud du pays, les localités (Makouré I et II) Bidou I, Ngovayang I, II et III, Bibia, Bipindi, Mandougou n'ont pas reçu des compensations satisfaisantes : les localités riveraines dans le tracé du pipeline pour la plupart, n'ont pas perçu leurs compensations régionales parce qu 'une  mésentente a régné quant au type de compensation : les populations réclament les tôles ou groupes électrogènes. COTCO et Wilbros refusent d'exécuter la demande et les compensations restent sans suite parce que les populations sont fermes sur leur choix.

Dans d'autres localités, les populations exigent du consortium la construction d'écoles primaires à cycle complet, les forages pour eau potable, la construction de dispensaires comme compensations régionales. Malheureusement, COTCO refuse de s'exécuter en arguant que l'enveloppe prévue pour une localité précise ne peut couvrir le montant de ces choix et impose d'autres choix non convenables aux populations; c'est le cas du village Deng-Deng où COTCO et WILLBROS en janvier 2002 ont plutôt donné comme compensations: 1boeuf, 2 dammes-jeannes de 20L de vin rouge, 4 douzaines de cartons de vin rouge d'un litre (Gandia ); 5 sacs de riz et 500.000frs CFA  en espèces déposées  chez le chef du village et même ce dernier s'en est accaparé à lui tout seul suscitant vives colères de la part des populations. Dans de nombreux cas, les populations reçoivent quelques lots de petits matériel agricole (brouettes, machettes, etc.) difficiles à gérer collectivement et générateurs de conflits.

 

Recommandations

revoir le système de compensation; reconnaître que son montant global, du reste décidé arbitrairement par COTCO, est largement en dessous des ambitions desdites compensations, et autant que possible accepter de procurer aux populations l'apport en argent liquide lorsqu'il s'agit de leur cote-part pour des projets vitaux d'électrification, eau, etc.

 

 

 

 

 

 

8. Compensations individuelles

 

Stratégie du projet

Des procédures détaillées ont été préparées aussi bien au Tchad qu'au Cameroun pour identifier les usagers des terrains et leur donner une compensation correspondant aux pertes que le Projet leur a causées. Le projet a également préparé un processus de gestion des plaintes en conformité avec les dispositions légales applicables. La compensation est payée en liquide, en nature, ou les deux à la fois.

 

Observations

Le comptage des plants à compenser s' est fait sans la participation  des populations . Les taux accordés pour chaque plant détruit n' ont pas été  bien accueillis par les populations riveraines . Certains arbres et cultures détruits n'ont jamais été compensés jusqu'à ce jour : c'est le cas de Ghambiri au Nord .

Il persiste le problème des arbres forestiers plantés par des particuliers et leur appartenant, ce qui leur confère le statut de plantes cultivées pour lesquelles le système de dédommagement est connu, à l'exemple des Okoumé dans la zone de Kribi, ou des Azobés à Ngoumou. Les compensations individuelles payées par COTCO pour  la plupart en nature (vélos, tôles ,motos) n'ont pas servi comme prévu aux récipiendaires parce que les matériels étaient très vite abîmés mais aussi et surtout parce que ces compensations en nature n'ont pas abouti à la création de nouveaux champs .

Un cas de compensation fantaisiste dans  le village Nkoa–Ayos  dans le Centre: une partie de l' exploitation agricole  de Mr BETI SAMBA ROBERT comprenant des tiges de bananiers  et de manioc n' a pas été recensée lors du passage de la commission. En outre ,la moto pompe qui lui avait été remise  dans le cadre de la compensation individuelle mais qui ne fonctionnait pas et avait été rendue pour réparation à COTCO, ne lui est pas revenue à ce jour.

 

Recommandations

Payer le différentiel du montant revalorisé de compensation dans les zones où se sont effectuées des levées topographiques destructeurs des champs et démobilisateurs, même si  par la suite des modifications de tracé y sont intervenues.

Régler les cas litigieux en suspens (Okoumé, pygmées non compensés ou même visités, etc.)

Remplacer le matériel défectueux avant la fin de la période de garantie

Prendre les mesures d'engagement d'encouragement et de capacitation des populations à l'agriculture, etc., par l'octroi des moyens nécessaires y afférant.

Que le Consortium fasse effectuer un audit complet au processus de compensation et en rende publics les resultats.

 

9-Plan pour les peuples autochtones

Stratégie du projet

Un Plan pour les Peuples Autochtones (PPA) doit être mis en œuvre à travers la FEDEC[4] pour fournir de l'assistance aux communautés Bagyeli/Bakola (Pygmées) dans la zone du Projet.

 

Observations

Les pygmées Bakola et Bagyéli dans la zone sud du projet à proximité de la route Lolodorf –Kribi vivent dans les logements surpeuplés aux conditions d' hygiène mauvaises . Au cours de l'année 2001-2002,on a noté une épidémie de tuberculose en leur milieu . On ne note pas de dispensaires dans  leurs régions et ces derniers dépourvus de moyens ont un accès limité aux hôpitaux .Ils connaissent en ce moment des maladies diarrhéiques attribuables en partie à la pollution des eaux de boissons. On note également une forte mortalité chez les jeunes enfants. Les efforts annoncés pour eux ne sont pas mis en œuvre.

 

Recommandations 

La FEDEC telle que prévue par le projet, doit impérativement voir le jour.

-         Le projet doit mettre à la disposition des pygmées des centres de santé, d'éducation et des programmes d'adduction d'eau (des forages, etc.)

Les pratiques agricoles devraient être encouragées dans les milieux par le projet à travers l'octroi du matériel agricole et des moyens nécessaires y afférant.

 

10- Vérification sociale

 

Stratégie du projet

 Le projet prépare une procédure pour atteindre la conclusion des questions sociales dans chaque village, notamment des questions de compensation individuelle et villageoise, des recrutements locaux, de la réhabilitation des chantiers et des conflits divers éventuels.

 

Observations

De très nombreux cas en divers domaines restent mal ou non réglés. La procédure pour atteindre la conclusion des questions sociales dans chaque village est "top-down" et non "bottom-up" comme cela est souhaitable. Le processus retenu par COTCO se contente du Gouvernement – qui comme chacun sait est juge et partie –, et d'un "observateur indépendant" qu'il peut suffire de choisir sur mesure. De plus, les populations ne sont pas du tout  informées de manière profonde et transparente de la signification de cette clôture sociale et des implications de leurs signatures à apporter. Le processus sent l'arnaque et la supercherie. Curieusement, alors qu'il n'est même expérimenté en première approche qu Cameroun où il est né, déjà D'Appolonia le recommande au Tchad.

 

Recommandations 

Sensibiliser franchement et profondément les populations concernées par des canaux et méthodes d'information convenables : équipes de sensibilisation composées d'ONGs comme pour les compensations régionales, production de manuels simplifiés explicatifs, clairs ; utilisation de jeux de rôles pour une meilleure compréhension, etc…

Gérer au préalable ou dans l'intervalle les litiges.

Tester le processus dans quelques villages pionniers.

 

11. Archéologie et patrimoine culturel

Stratégie du projet

Le Projet attire l'attention des travailleurs sur les questions de patrimoine culturel et les archéologues ont mené leurs investigations avant les travaux. Un livret intitulé "Manuel sur les sites archéologiques dans le Projet d'Exportation Tchadien" a été préparé pour être utilisé par le personnel PGE du Projet. Le Plan de Compensation (Volume 3 du PGE – Section Cameroun) décrit les types de sites sacrés contemporains susceptibles d'être rencontrés par le Projet et les compensations. La Procédure de Coordination et de Spécification de Travaux (JSCP) n° 20 indique en Chapitre 29, sous-chapitre 5.11 que si des sites d'intérêt archéologique sont découverts durant la construction, l'entrepreneur doit laisser les découvertes intactes et les déclarer immédiatement à COTCO qui donne les instructions nécessaires.

 

Observations

Dans le village Djom, dans la partie Nord du projet au mois de Mars – Avril 2002, la société SOGEA/SATOM a déterré 3 corps qu'elle a compensé à 70.000 Frs (100$ US) par corps.

A Boyou, dans la partie Est du projet, des sites sacrés ont été détruits impunément et sans réparations d'aucune sorte.

A Mbaki I Janvier 2002, il y a eu abattage des arbres sacrés en présence du chef du village et de tous les villageois qui n'avaient d'yeux que pour contempler la situation impuissants et sans défense.

Le cas de Mbong au Nord en Mars 2002 est signalé, où des corps ont été exhumés clandestinement (de manière illicite).

A Goyoum, depuis des actions similaires à celles citées ci-dessus, les villageois meurent à un rythme bizarre; pour eux le taux de mortalité s'est accru parce que l'on  n'a  pas fait des sacrifices et les dieux sont fâchés.

 

Recommandations

Le projet doit associer une expertise nationale représentative et renforcer l'équipe. Un recensement des dégâts opérés doit être fait et les actions correctrices adéquates prises.

 

 

 

II – SANTE, HYGIENE ET SECURITE

 

12- Premiers secours et évacuation sanitaire

Stratégie du projet

Stratégie du projet : le PGE requiert q"un individu capable de fournir des soins de premiers secours de base, comme la réanimation cardio-pulmonaire et le contrôle des hémorragies externes, soit disponible sur chaque site isolé de travail. En outre, un nombre adéquat de personnels non professionnels mais formés en secourisme doivent être disponibles sous quatre minutes auprès de chaque travailleur, et un secouriste pleinement formé doit être opérationnel sous 20 minutes pour stabiliser et transporter le patient vers une formation sanitaire adéquate. Le PGE indique que 10% de la main d'œuvre devrait être formée en secourisme au premier niveau. Les solutions pour les évacuations sanitaires sont variables selon les sites et définies dans les Plans Sanitaires de chaque Entrepreneur.

 

Observations

Dans bon nombre de localités, l'absence de dispensaires, d'hôpitaux, de centre d'urgence favorise des décès futiles. L'on note surtout que les employés meurent pour la majorité en cours de route suite à un accident de travail. Il faut les transporter dans l'arrondissement le plus proche. Le cas le plus flagrant est celui de Bélabo village où les employés ont grevé parce qu'un employé accidenté a été négligé puis est mort par la suite.

-         C'est le cas de Kongolo à l'Est en Mai 2002 où un agent a été frappé par un câble lorsqu'il travaillait. En effet, en Décembre 2001, l'ouvrier Gilbert Mba Douba a trouvé la mort au niveau du pont sur le Mba en plein travail, après avoir reçu un choc provenant du câble d'un engin; ne recevant pas soins primaires de l'employeur, il s'évanouit et mourut au cours de son évacuation.

-         Dans la localité de Mbambo – Santando en Janvier 2002, une voiture de flo-flo (Société sous-traitante de Willbros) a fait un accident qui a entraîné 17 ouvriers gravement blessés et fracturés.

 

Recommandations

Améliorer les disposition pour premier soins notamment en terme de rapidité d'intervention et de communication avec les structures de santé.

 

13-  Soins médicaux généraux

Stratégie du projet

Stratégies du projet : le PGE requiert que les Entrepreneurs aient un fournisseur de services Sanitaires, compétent en médecine préventive, avec la capacité de traiter les traumatismes et les cas d'urgence, et de l'expérience dans le travail en zone éloignées. Les entrepreneurs ont également dû préparer un Plan Sanitaire basé sur les lignes directives présentées dans le PGE. Les cliniques sur les sites de travail et aux camps principaux doivent être en mesure de fournir de bons soins primaires, puis assurer le transfert vers des hôpitaux ou cliniques préalablement certifiés à l'extérieur des camps. Les Fournisseurs de Services Sanitaires doivent disposer de protocoles médicaux. Un laboratoire et des équipements radiologiques sont des éléments importants pour assurer le respect des procédures établies dans les protocoles médicaux.

 

Observations

les localités situées dans la zone du projet ne disposent pas d'infrastructures sanitaires sauf dans les camps de Bélabo, Bélel où l'on note une seul centre de santé; il n'existe pas de laboratoires d'analyses ni de radiographies.

C'est la cas des localités Ngovayang, Bikalla et Bibia où les infrastructures et personnels médico-sanitaires sont inexistants. Lambi, Bipindi, etc.

A Essandjani Avril 2002, on a noté l'accroissement de décès des enfants suite à des diarrhées et dysenteries amibiennes.

 

Recommandation

Améliorer la couverture sanitaire dans les zones considérées.

 

14- Médecine préventive

Stratégie du Projet

Le PGE met l'accent sur la prévention, le diagnostic précoce et le traitement des maladies contagieuses, notamment celles transmises par l'alimentation, l'eau, l'ai, les vecteurs et de personne à personne. Le PGE insiste sur les risques liés aux maladies sexuellement transmissibles et le SIDA, ainsi que sur l'éducation sanitaire et la mise à disposition de préservatifs. La stratégie est de minimiser la transmission depuis ou vers la communauté, aussi bien qu'entre travailleurs, et dans l'environnement de travail. Les mesures de contrôle des vecteurs comprennent l'élimination des sites de reproduction de moustiques, de mouches et de rongeurs. La prévention consiste en éducation sanitaire et en programmes de vaccination. Les portes et fenêtres des lieux de vie, des cuisines et des bureaux doivent comporter des écrans pour éviter la présence d'insectes. Les contrôles sur l'eau potable se réfèrent aux normes de l'OMS. Les lieux de vie doivent minimiser la probabilité de maladies transmises par l'air. Une sensibilisation sanitaire doit être présentée à tous les employés à l'embauche. Elle porte en général sur l'éducation sanitaire, l'hygiène personnelle, et la prévention des maladies contagieuses présentes dans la zone.

 

Observation

L'évolution des cas des MST dépistés dans le dispensaire de Dompta en juillet – novembre 2001 sont présentés dans le tableau ci-après:

 

Tableau n° 1 : Evolution des cas de MST dépistés dans le dispensaire de Dompta entre juillet

et novembre 2001.

Maladies

Juillet – 01

Août 01

Sept – 01

Oct – 01

Nov - 01

Total

% des MST

Trichomonas

0

1

5

2

5

13

3,51%

Flore III – IV

2

8

13

6

29

58

15,67%

HIV

10

10

9

4

7

40

10,81%

Syphilis

4

16

7

5

5

37

10,00%

Champignons

4

8

12

10

19

53

14,32%

Garden Ella

7

12

22

11

29

81

21,89%

Gonococcie

11

18

15

12

32

88

23,78%

Total des MST/Mois

38

73

83

50

126

370

 

 

le nombre de cas de MST dépisté augmente considérablement dans le temps, malgré l’augmentation du nombre de préservatif distribué dans le camp (figure 1).

La distribution des préservatifs aux employés et les campagnes de sensibilisations organisées au sein de l’entreprise sont des mesures d’atténuation prévues. On se rend compte que rien n’est prévu pour les populations riveraines qui sont aussi exposées que les employés. Les premières statistiques publiées par le centre de santé sont sans équivoque à  ce sujet (voire figure n°1). Si des mesures de préventions  appropriées ne sont pas prises à temps et conduites de bonne manière, on risque de contribuer à la propagation  du  virus le  long du Pipe et à sa concentration en foyers épidémiques dans  les villes et villages traversés.

 

Figure n°1 : Evolution du nombre de préservatif distribué dans la base vie de Dompta entre

janvier et Octobre 2001

 

En dix mois, on a distribué environ 16304 préservatifs dans le camp, soit une moyenne de 1600 par mois. Malgré cette distribution, on constate que le nombre de cas de MST ne cesse d’augmenter. Il serait intéressant de savoir la proportion des populations riveraines dans les cas de MST enregistrés.

 

A Dompta, l'essentiel des employés qualifiés viennent des zones urbaines, Douala – Yaoundé (zone à forte prévalence MST et VIH) cette migration des populations peut s'accompagner d'un glissement de front épidémique.

En Juillet – Novembre 2001, le nombre de cas de VIH dépistés au dispensaire de SOGEA/SATOM était de 40 (voir tableau) tandis que le nombre de cas de MST était de 370 soit environ une moyenne de 74 cas/moi. Cas du village Ngaye Ngaye: Mai 2002, pas de campagne de vaccination.

Bien que la moyenne de 1500 préservatifs distribués par mois à Dompta soit constatée, la prévention des MST/SIDA est bien insuffisante.

 

A Bélabo, où l'on a pu noter la présence des prostituées européennes, et un sérieux brassage des populations, la question des MST-SIDA se pose avec plus d'accuité.

A Ndoumba – Kanga à l'Est du projet, la doléance première des populations est la programmation dans leurs villages d'une campagne de sensibilisation sur les MST-SIDA.

 

 

 

 

Recommandation

Intensifier la sensibilisation et l'étendre aux populations locales.

 

15. Santé au travail

Stratégie du projet

Les activités d'hygiène industrielle et de médecine du travail doivent être coordonnées pour éviter, contrôler et traiter les maladies et les blessures professionnelles. Le PGE met l'accent sur le Contrôle de l'exploitation aux radiations ionisantes et non ionisantes, sur les aérosols, les vapeurs, la poussière, le bruit, la chaleur, les vibrations et les températures et pressions élevées. L'équipement personnel de sécurité doit être adapté aux différentes activités, et comprendre des masques adéquats pour la poussière, les aérosols et les gaz. Les plans Sanitaires exigent que des hygiénistes industriels expérimentés ou des professionnels de santé de qualification équivalente évaluent l'exposition aux agents physiques et chimiques. Ces professionnels doivent être capables d'évaluer les risques relatifs au travail et de diagnostiquer et traiter les personnes affectées. Une analyse régulière des données est également requise.

 

Observations

L'eau distribuée aux travailleurs locaux parfois dans des citernes ne présente pas de garantie de potabilité suffisante. Dans certains cas, sa distribution n'a pas été régulière. Les explications des tests de qualité avancées par les agents responsables ne sont pas convaicantes.

 

16. Santé communautaire

Stratégie du projet

La stratégie du PGE est de protéger les communautés contre les maladies et contre l'augmentation de leur exploitation aux accidents, à travers des activités d'éducation sanitaire et de sensibilisation. Le PGE met l'accent sur les maladies sexuellement transmissibles en particulier le SIDA. Le projet s'est également engagé à mettre en place un programme de Santé  Communautaire (CHOP) mise en œuvre grâce à des accord avec des ONGs qui réalisent des activités de prévention. L'assistance Technique de la Banque Mondiale est également destinée à renforcer la capacité des institutions gouvernementales  à suivre l'impact du projet, en particulier sur le plan de la santé des communautés.

 

Observations

Le seul exemple suivant des campements pygmées du Sud est relaté (voir tableau suivant).

 

 

 

 

 

 

 

 


Tableau récapitulatif  du suivi dans

les villages Bakola situés à moins  de 2 km du tracé du pipeline

Date

Campement/Distance au tracé

Chef de la communauté

Nombre d’habitants

Nbre. d’enfants scolarisés

Nbre. de visites du Consortium

Besoins exprimés

Modifications constatées  dans le milieu de vie

Observations

09.7.02

Kour Mintoum 1700m

Manga Mangiong Pierre

13

00

00

-          Scolarisation des enfants

-          Amélioration de l’habitat et des conditions de vie

-          Soins de santé

-          Sécurisation foncière

 

-          Eloignement du gibier

-          Les cours d’eau qui ont vu leurs lits modifiés ou simplement troublés

-          Plantes médicinales détruites

Le sieur Ekouang Laurant propriétaire d’un champ de cultures vivrières détruit par le tracé n’a pas été compensé.

 

Nkaga 700m

Ndziela Mathieu

05

02

01

Idem

Idem

Ils ont arrêté de pêcher dans la Kienké depuis le début des travaux sur interdiction des personnels du consortium

 

Bilolo 300m

Kouombi Jacques

16

02

02

Idem

Idem

 

10.7.02

Nkoundou Nkoundou

Yima David

24

02

07

Idem

Idem

Ils ont déjà reçu des dons de fournitures scolaires et de matériels agricoles du consortium

11.7.02

Giangou 150m

Ndtoungou Albert

37

01

08

idem

idem

Distribution du petit matériel agricoles et nourriture

Aucun Bagyély n’a été recruté pendant les travaux

Ils relèvent qu’aucune réunion n’a jamais porté sur leurs attentes

 


Recommandations

Intensifier la sensibilisation sanitaire des communautés et apporter des solutions concrètes à leurs difficultés à se faire soigner.

 

17-  Sécurité routière

Stratégie du projet

Le projet met fortement l'accent sur la question de la sécurité routière. Concernant cette dernière, des progrès significatifs ont été faits le long des routes réhabilitées par le projet (porte-drapeaux, sensibilisation des communautés riveraines, mesures physiques de réduction de la vitesse, contrôle radar de vitesse, etc.). Comme cela a été souligné dans les précédents rapports du groupe ECMG, aussi bien au Cameroun qu'au Tchad, la conception des routes est cohérente avec les normes gouvernementales, et les détails de conception ont été approuvés par les deux Gouvernements. Au Cameroun, COTCO a préparé un plan d'action de sécurité Routière, qui est lié à un programme de sensibilisation (phase 1) des communautés. Un programme analogue est encore en cours de préparation par David Terrassement (DT) au Tchad.

 

Observations

A Mbaki I Janvier 2002, la population locale et leurs bêtes domestiques comptent un taux très élevé d'accidents et même de morts à cause de la vitesse et régularité des voitures de COTCO et Willbros.

Tapare au Nord en Janvier 2002, les chauffeurs ne respectent pas les signalisations, roulent à vive allure et on note l'absence des dos d'ânes.

A Djom Avril 2002, le constat est plutôt différent ; il y a des dos d'ânes mais les chauffeurs ne ralentissent pas leur vitesse.

A Daukali en Mai 2002, on a noté une forte fréquence d'accidents de circulation avec morts qui s'en suivent depuis l'installation des voitures et engins de COTCO et Wilbros.

L'insécurité routière est pratiquement évoquée dans toutes les localités de l'oléoduc.

 

Recommandation

Définir et appliquer des modalités de sanctions aux chauffeurs fautifs et s'étendant à leurs employeurs. Intensifier les activités d'éducation des populations peu habituées à une intense circulation routière.

 

18-  Sécurité incendie

Stratégie du projet

Le projet met un accent considérable sur la question de l sécurité incendie. Des règles internationalement reconnues  et des recommandations ont été adoptées pour minimiser le risque d'incendie sur les lieux de travail durant les activités de construction.

 

Observations

Dans la localité de Djom au Nord, un aveugle a été surpris par le feu de son retour des champs le soir et a été sauvagement brûlé.

Ce dernier a reçu 80.000 d'indemnisation de SOGEA/SATOM

 

Recommandation

Etendre la sensibilisation du risque incendie au niveau des villages.

 

 

III- ENVIRONNEMENT BIOPHYSIQUE ET GESTION ENVIRONNEMENTALE

 

19- Protection des ressources en eau

stratégies du projet

Le PGE comprend des exigences relatives à la protection des ressources en eaux souterraines : Installation de puits de contrôle autour des installations de gestion de déchets, et suivi des puits villageois environnants afin de s'assurer que les prélèvements d'eau pour le Projet n'affectent pas ces ressources, ni en qualité ni en quantité. Le PGE contient également une prescription relative aux prélèvements d'eau de surface, qui ne doivent pas excéder 10% du débit ou du volume du cours d'eau. Si la consommation d'eau du projet a un impact négatif sur une ressource villageoise, les habitants affectés sont fondés à disposer d'une ressource alternative.

 

Observations

Du 14 février au 17 février 2002, Wilbros a procédé une fois de plus à un hydrotest. Les milliers d'hectolitres ont été déversés au  PK647 au lieu du joint venture entre squard 1 et 2 créant ainsi des dommages énormes aux populations des villages NTAL et DEA. L'eau déversée du haut de la colline dévalait vers les bas fonds zones où toutes les rivières qui desservent les villages cités plus haut prennent leurs sources.

Les sources en eau potable sont submergées d'eau sale et pleines de déchets.

Dans la partie Sud du projet, les localités de Ndata, Petit Tambi, Bidoung I, Bipindi, Mandougou, Bissangui et Bikondo dans la période de Septembre ont vu leur point d'eau perturbé par les travaux de terrassement de traçage et d'aménagement des routes. Les eaux de surface servant d'eau de boisson et d'usages domestiques ont été polluées et détruites soit par remblai de terres, soit par la chute des grands arbres déviant parfois le lit des ruisseaux.

Dans le village Mayene / Ntal, la pose des tuyaux  a perturbé et dévié les lits des cours d'eau obstruant par là le passage d'eau et entraînant une stagnation en amont avec formation des lacs à la coloration verdâtre.

Au Nord, le village Sakoudi a vu sa rivière Soudoum changée depuis l'enterrement des pipes: les eaux sont devenus stagnants et blanchâtres. Cette rivière s'assèche également. Il faut signaler que Wilbros pratique les explosions de mines aux environs de la rivière (Janvier 2002).

A Belabo village, Ndoumba Kanga, les lits des cours d'eau n'ont pas été déplacés et sont plutôt remplis de terre rouge (Février 2002). Le 10 Février 2002, à Mbaki I, les villageois ont barré la route pendant plusieurs heures et le motif de grève était la pollution des cours d'eau par COTCO et l'absence d'eau potable. Le 12 Février, COTCO fait venir alors une citerne de 1.000l d'eau.

Au Nord, le constat est le même. Presque tous les cours d'eau et marécages traversés par COTCO changent de couleur et d'odeur (pollution) et cela est très alarmant parce que l'activité économique est pratiquement freinée. C'est le cas du village Essandjané où tous les cours d'eau sont pollués par la terre rouge or, l'eau potable et domestique est extraite de ces cours d'eau et de plus, il y a un abattoir dans les environs (mai 2002).

Dans la localité Goyoum, 14 cours d'eau aux abords de la rivière Lom ont changés considérablement et l'activité de la pêche a diminué consécutivement.

La question d'acquisition d'eau potable se pose avec acuité sur tout le tracé de pipeline. Un dicton commun ne dit-il pas "l'eau c'est la vie ?" comment les populations riveraines peuvent elles alors se trouver privées d'eau sans aucun signal de solution rapide. C'est  par exemple le constat qui a été fait à Batala dans le Centre où depuis le mois d'Octobre 2001, l'unique source de ravitaillement d'eau de boisson, de cuisine et même pour les bêtes est contaminée par les eaux de ruissellement découlant de la buse fixée par SATOM. Le sous-préfet de Nanga Eboko un agent de COTCO et les responsables SATOM étaient descendus dans les lieux de très près. Ils ont fait des promesses aux riverains mais jusqu'ici rien n'est fait et l'eau de pluie reste la seule source d'eau. Est-il possible de vivre dans de telles conditions ? jusqu'à quand pleuvra t-il ? l'eau de pluie est-elle si potable ? A quoi sert donc la carte des sources villageoises dans un rayon d'1 km des points d'eau du projet?

 

Recommandation

Trouver une alternative rapide aux populations (forages, etc.).

 

20- Gestion des déchets, eaux usées

Stratégie du projet

La gestion des déchets telle qu'elle est définie dans le PGE inclut l'éducation et la formation, le recyclage des déchets, leur transport, leur traitement, leur élimination et le contrôle des déchets solides dangereux (décharge de déchets dangereux, décharge de déchets solides banals, incinérateurs pour déchets dangereux, et pour déchets banals) ; le suivi des eaux souterraines, enfin la collecte et le traitement des eaux usées et le suivi des effluents.

Les entrepreneurs chargés de travaux de construction ont préparé leurs plans de gestion des déchets, en conformité avec les exigences du PGE. Les plans des entrepreneurs ont été approuvés par Exxon. Les entrepreneurs doivent mettre en place la collecte et le traitement des eaux usées dans les camps. Ils doivent collecter, trier et éliminer leurs déchets, et livrer leurs déchets dangereux non recyclables dans les installations approuvées par Exxon pour élimination. Ces dernières sont situées dans la zone des champs pétroliers (OFDA) au Tchad, et sur le sites des stations de pompage au Cameroun.

 

Observations

Depuis le départ de Satom en octobre 2001, certains feux fument encore à Batchenga à ce jour, à l'exemple du village MABASSA  situé à 7km environ du centre ville sur la route Nachtigal, carrefour SA’A. Ce village a été victime de la pollution à haute échelle pendant une semaine au moins. En effet, il s’agit du déversement des déchets des fosses sceptiques des cadres de SATOM à quelques mètres dudit village par le service de vidange de cette société. Ce qui a  tout de suite souillé les deux champs de manioc voisins appartenant à Mme Eloundou Marcelline  et à Mr Kele Biloa Protais. Le village  a aussi respiré des odeurs sui generis durant tout ce temps. La source d’eau qui se trouvait en aval a également reçu les eaux de pluies d’écoulement avec tous ces "déchets". Aujourd’hui,  elle est abandonnée et le village privé d’eau potable. Alors que c’était leur seul point de ravitaillement. Ils parcourent  à ce jour des dizaines de kilomètres pour avoir de l’eau potable. Lorsque le problème a surgi en octobre dernier, les autorités administratives  et militaires ont effectué chacune une descente sur le terrain ainsi que les  responsables chargés de l’environnement à SATOM qui y sont également passés. Les requêtes ont suivi et jusqu’à ce jour, rien n’est toujours fait. On attend …et les  populations se plaignent davantage avec la saison sèche qui arrive.

 

Recommandations

Instituer les pénalités franches contre une gestion hasardeuse des déchets et des eaux usées.

 

CONCLUSION – RECOMMANDATIONS GENERALES

Les recommandations formulées en novembre 2001 à la publication du 1er rapport de suivi restent toutes d'actualité n'ayant connu aucune mise en œuvre, ou dans le meilleur des cas uniquement de légers frémissements (efforts de logement/restauration). Il est donc logique qu'elles soient reconduites ainsi qu'il suit:

q       Que les principaux acteurs mettent en place un audit complet et indépendant du processus de compensation, qui permettrait de recenser tous les conflits latents, tous les cas de revendications liés au processus de compensation et au projet en général, afin d’y apporter des solutions concrètes et définitives

 

q       Que le Consortium prenne toutes les mesures pour mettre fin aux pratiques discriminatoires ayant cours dans les bases vie et les différents sites des travaux

 

q       Que COTCO apporte des clarifications pertinentes sur tous les sujets à controverses notamment en qui concerne :

o       Les endroits où les tuyaux ne seront pas enterrés

o       Les populations à déplacer

 

q       Que COTCO et le gouvernement prennent toutes les dispositions nécessaires pour une élaboration concertée du plan d’urgence d’intervention en cas de déversement accidentel des hydrocarbures et un plan d’échange et d’information au moins un an avant le début de l’exploitation

 

q       Que la Banque mondiale, le gouvernement et la COTCO cessent de bafouer leurs promesses solennellement faites et accélèrent la mise en œuvre effective des nombreuses mesures d’accompagnement et d’encadrement prévues (CAPECE, PPAV,…)

 

q       Que le Consortium procure aux populations affectées des sources alternatives d’approvisionnement en eau, notamment des puits ou sources aménagées ailleurs que sur les lieux traversées par l’oléoduc.

 

q       Qu’un cadre de concertation à fréquence définie, multipartite ( Etat, Banque Mondiale, COTCO, Société civile) soit enfin mis en place pour rendre possible la discussion directe et la résolution rapide de différentes situations de non-conformité.

 

Il n'est pas superflu de rappeler que l'urgence est signalée pour les problèmes prioritaires annoncés en introduction, à savoir :

-         La question de l'eau potable ;

-         La question du Pont sur le Lom  ;

-         La question de l'encadrement des peuples autochtones (Pygmées).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RAPPORT PARTIEL, PROVINCE DU CENTRE

Par ERA-CAMEROUN[5]

 

PRATIQUES DISCRIMINATOIRES

 

Le quotidien des travailleurs au chantier : cas de Bélabo.

 

Profil du personnel expatrié en service dans les entreprises.

Au sein des entreprises SATOM/SOGEA et Tchad Cameroon Constructors (TCC), la direction du chantier est confiée presque exclusivement aux expatriés (français). Ces expatriés qui sont tous des « chefs » appartiennent en générale à 2 classes d’âge. Les vieux qui sont à plusieurs dizaines d’années de service en Afrique et les jeunes élèves des écoles de techniciens et/ou d’ingénieurs à peine sortis d’école et à leur toute première expérience professionnelle. Ils viennent en Afrique pour le compte de stage ou du service de coopération tenant lieu de service militaire. Les premiers sont pour la plupart sans grande instruction et tiennent les reines des chantiers (le directeur de site de TCC est soudeur, et a de grosses difficultés de communication et celui de SATOM/SOGEA est conducteur d’engin). Le comportement des jeunes fait croire qu’ils ont été briefés sur la manière de traiter le personnel national avant d’être envoyés sur le chantier en Afrique. Les travaux demandés à l’ouvrier pour la journée de travail sont dans bien de cas supérieurs à ces capacités physiques. On a entendu un expatrié dire à des ouvriers criant famine à 2 heures du matin : « vous pouvez manger le béton ». Ces derniers étaient à l’œuvre depuis 6 heures du matin sans repos.

 

Personnel national, gibier de potence en cas de problèmes

Bien que le personnel national et local soient la véritable cheville ouvrière de l’entreprise, le comportement du personnel expatrié laisse croire qu’à tous les degrés de responsabilité, les Camerounais font figure de poussette et de girouette servant à combler les vides de l’organigramme. Ils sont les premiers à être indexés et virés quand l’entreprise fait des conneries. A titre d’exemple, il est arrivé que SATOM/SOGEA soit convoquée par son client, TCC pour mauvaise exécution d’un ouvrage. Tout le personnel impliqué dans la construction dudit ouvrage devait se rendre à une réunion de crise avec le client. Les expatriés ont tenu une réunion préliminaire (sans les 2 camerounais concernés également) pour convenir de la manière dont ils se dédouaneront au détriment du personnel du service « Qualité » qu’ils n’avaient pas voulu écouter. Des consignes préalables avaient même déjà été données afin que ces derniers soient licenciés. Aux yeux du client, SOGEA aurait ainsi sanctionné son personnel « indélicat ».

Les cadres nationaux sont ridiculisés aux yeux des ouvriers afin qu’aucune considération ne leur soit donnée, rendant très stressant leur séjour au sein de l’entreprise.

 

Accès aux moyens logistiques refusé aux cadres nationaux.

Sur le chantier, le personnel national fait office de parent pauvre. Chez SOGEA/SATOM par exemple le personnel de tout rang doit se rendre au travail à bord de 2 camions Boungalo et 2 cars SAVIEM. Les 8 expatriés pour leur part ont 10 pick up double cabine. Chaque expatrié est logé, nourri, blanchi, véhiculé et même distrait aux frais de l’entreprise. Toutes leurs factures sont supportées par les caisses de l’entreprise.

La communication                              

L’accès au téléphone, fax, courrier électronique est refusé aux cadres nationaux dont aucun ne dispose d’adresse électronique. On estime « qu’ils n’en ont pas besoin ». Dans les locaux administratifs, la séparation entre les bureaux des cadres expatriés et ceux des cadres noirs est lisible par le recouvrement avec la toiture. Les bureaux d’expatriés sont recouverts de toiture jusqu’à la limite avec les bureaux des nationaux. Le plus élémentaire ordinateur de travail « n’est pas nécessaire » pour une partie du personnel d’encadrement noir qui en a besoin.

 

Un contexte propice au malaise.

 

Les malaises qui peuvent être ressentis dans la vie au chantier sont liés au contexte du projet. Les procédures qui y ont cours sont des plus élaborées et appliquées dans le contexte européen et américain. Ces concepts nouveaux portent sur la formation, la santé, la sécurité, la qualité, le socioéconomique et l’environnement. Les différents services suscités sont tous confiés à des cadres camerounais. Le personnel expatrié membre de l’équipe est soit inapte à ces pratiques parce que sans expérience, soit a cultivé depuis des dizaines d’années pour beaucoup une habitude de malfaçon, puisque exerçant en Afrique. Du coup, les conflits de compétence sont nombreux entre les expatriés et le personnel africain. Ces confrontations créent par cette situation sont le plus souvent gagnée par les locaux, d’où les rancunes enregistrées. Pour dévaloriser ces derniers, leur travail doit être sapé et ils doivent être traités comme tous les autres ouvriers (transport dans le même camion du personnel, restauration au même réfectoire, insultes publiques …) pour lesquels ils ne sont que « des cadres en bois, des cadres de portes et de fenêtre ». Cette pratique est bien développée chez SOGEA SATOM dans le cadre de son chantier de la PS3.

 

Informations et communications sur le projet et relations des populations avec le Consortium et les autorités administratives

 

 

L’hydrotest raconté par les habitants des villages Ntal et Déa.

 

Du 14 au 17/02/02 Wilbros a procédé une fois de plus à l’HYDRO TEST. Des milliers d’hecto litres en milliers ont été  déversés au PK 647 lieu du joint venture entre les spuads 1 et 2  créant  ainsi des dommages  énormes aux populations des villages Ntal et DEA.

L’eau déversée du haut de la colline dévalait les bas fonds. La zone où toutes les rivières qui desservent les villages cités plus hauts prennent leurs sources. Par conséquent, toutes les sources en eau potable sont inondées en eaux sales et pleines de déchets.

La pilule est forte pour le village DEA. Car certaines populations de ce village utilisent les quelques mares restantes dans le lit de la rivière via pour tremper le manioc, soit tremper leur récolte de concombre pour après laver. Mal leur en a pris car la puissante quantité de l’eau a ramassé tout sur son passage ( Manioc et concombre).

Et comme un malheur ne vient jamais seul, les populations annoncent la présence dans le lit de la rivière VIA plus loin en aval la présence de poisson mort. Peut être du fait qu'en période de saison sèche, et alors que l’eau commence à manquer, les poissons trouvent refuge sous les racines  des arbres où ils se dissimulent et lorsque l’eau arrive, ils sortent croyant à la saison de pluie et l’eau repartant comme elle est venue, ils sont surpris.

Les populations sont indignées du fait qu'après constat des préjudices aussi importants,  Willbros est venu (après revendication) laisser de l’eau potable quelque quatre jours après. Il n’approvisionne plus alors qu'avoir de l’eau à boire  est devenue un casse-tête pour les populations de DEA. Du moins celles qui s’approvisionnent à VIA.

La revendication des produits agricoles détruits est restée lettre morte et les populations qui ont plus en tête les grèves, commencent à ce mobiliser malgré la formule du dialogue qu’on leur prône.

 

 

Dégâts causés par l’hydrotest dans les villages Ntal et Déa

 

Village Déa :

Famille : AVON NDJOCK Bernard

v     SINFOUDA Timothée: 24 cuvettes de concombres

v     NTANG AVON Barthélemy: 12 cuvettes de  concombres, un champ de maïs noyé,

v     SABENG AVON Joseph: 15 cuvettes de concombres, 4 habits, 3 cuvettes de manioc, et de maïs endommagés ;

v      NTANG Pélagie: 5 cuvettes de manioc, et 2 cuvettes de maïs endommagés.

v     ETOH AVON Blaise: 8 cuvettes de manioc et 12 cuvettes de concombre.

 

Famille AKONO Pascal Noël

v     NGABEN Sylvie : 16 cuvettes de manioc ;

v     ANDING Catherine : 9 cuvettes de manioc ;

v     ASSENGUE Jeanne d'Arc : 6 cuvettes de manioc.

 

Famille SIMANG  BENG Louis

v     SIMANG BENG Louis : un champ de maïs noyé

v     NGON MENYENGUE Marie : 7 cuvettes de manioc

v     MENGANG Lucie : 9 cuvettes de manioc

v     NGADOA Françoise : 4 cuvettes de manioc

v     NYANKANG Jeannette : 14 cuvettes de manioc

v     BENG Odile : 15 cuvettes de manioc

La buse sur la rivière Via a été endommagés, rendant impossible la circulation automobile entre EWANKANG et DEA. Les populations ont mis  en place une traversé de fortune en bois pour palier à cette situation (photo n°4 et 5).

N.B: Le pont sur la rivière VIA s'est effondré et la source d'eau potable  a été polluée.

 

Village NTAL

v     NGANDEL Martine : 1 cuvette de maïs à germer et 7 cuvettes de manioc

v     TINA Marie : 5 cuvettes de manioc

v     EBENG Hélène : 6 cuvettes de manioc et une parcelle de macabo et de légumes verts (400m²) inondée

v     NGON NTAMACK : 4,5 cuvettes de manioc

v     NDONGO Basile : 3000 plants  de caféier endommagés

v     EMINI SAMBON Félix : 500 pieds de cacaoyer inondés pendant 9 jours.

La source d'eau potable du village a été inondée.

LES COMPENSATIONS ET LES PROBLEMES D'EVALUATION DES CULTURES A DEDOMMAGER

 

L'évaluation des cultures par la commission mise en place à cet effet dans son interprétation des textes et ses appréciations ont créé beaucoup de désagréments aux populations riveraines. En effet, la qualification des arbres à indemniser n'a pas toujours été faite dans le respect des textes. Monsieur Abega Otele Nestor a fait les frais de cette pratique. Lors des évaluations de mise en valeur sur le tracé du pipeline, il a vu sa plantation d'arbres mis en place dans les années 1987 et 1988 dans le cadre de la campagne de vulgarisation sylvicole dont l'ex-Office Nationale de Régénération forestière (ONAREF) être incorporée sous la rubrique "ressources naturelles". Cette exploitation d'une superficie de 3 hectares environ compte :

530 plants de FRAMIRE (Terminalia ivorensis) ,19 ABALE ,15 AZOBE, 01 EWONE.

Ces arbres ont été dédommagés à la somme de 107.000 frs CFA au lieu de 1.801.000 frs CFA si la qualification d'arbres cultivés avait été prise en considération. Après plusieurs requêtes adressées à COTCO, la situation reste à ce jour sans solution satisfaisante pour l'exploitant.

 

 

LA VIE DANS LA CITE DE BELABO

 

               Du fait de la présence d’une main d’œuvre nombreuse et solvable pour la plupart, Belabo est devenue un point de chute pour des prostitués occasionnelles  ou professionnelles du commerce de sexe. Elles viennent de partout et surtout des villes et villages des provinces de l’Est et de celle du Centre. Un contingent important serait également venu de la partie angloxasone du pays. L’activité comme de tout les temps s’effectue le soir au retour du travail. Les points de chutes ci-après sont les plus visités : Ambassade de Colombie, Rue de la joie, la Parisienne, Chaise blanche…

               L’hôtel Girafe de Bélabo est appelé Ambassade de Colombie du fait de l’abondante présence tous les soirs de la très forte colonie sud-américaine en général et surtout colombienne travaillant au sein de l’entreprise Willbros. Ces ouvriers du tuyau sont réputés de bons payeurs. Certains attribuent leurs largesses à l’épaisseur de leur porte monnaie : 40 000 FCFA d’argent de poche par jour avec 3 repas servis par l’entreprise et beaucoup de millions de salaire mensuel. Ce lieu est le plus visité de la ville et tient sa dénomination actuelle aux colombiens qui y sont essaimés. Le plein d’œuf est  atteint le week-end. La dépravation des mœurs est très forte chez ce peuple. Il arrive que plusieurs prennent une seule prostituée.                                    La Rue de la Joie est la « boite de nuit » de Belabo. Elle ouvre les jours de la semaine comme simple bistrot et fonctionne comme boite de nuit le week-end. C’est ici que se font les exhibitions les plus saugrenues.

La Parisienne est un Snack-Bar-Restaurant de classe. Elle est visitée par les cadres expatriés  des entreprises basées sur place. Du coup, ce n’est pas la même influence qu’ailleurs, mais les mêmes activités « d’exposition vente ».

Le commun des ouvriers locaux qui travaillent dans la localité se retrouve surtout à Chaise Blanche qui est un bar dancing pour prostituées  peu ambitieuses et peu prisées.

Contrairement aux différents Global Projects Specification (GPS) qui limitent l’accès des visiteurs dans les camps, les colombiens reçoivent  leurs visiteuses dans les logements du camp. D’autres sources affirment qu’une partie du personnel féminin exerçant dans cette entreprise serait recrutée pour autres chose que leur tâche officielle.  Ce serait le cas de certaines ménagères de Willbros .

               Dans la ville de Bélabo, la mode est de se procurer un travailleur du projet. Les plus veinardes et les plus courageuses se sont servi un colombien et sont donc appelé des « colombiennes ou amiga » (féminin de amigo qui veut dire amis et que lancent les colombiens a qui conque sympathise avec eux). Le courage nécessaire à la lycéenne ou à la fille ordinaire de se taper un colombien tiens au fait qu’elles sont huées par leurs compagnons dans la rue et/ou dans leurs établissements. Il faut donc avoir la carapace résistante à la honte pour faire l’exposition que nécessite l’amitié d’avec un colombien.

               D’autres problèmes sont nés de la présence des entreprises sous traitantes à Bélabo : la frustration des anciens partenaires de la gent féminin, des crises de ménages, des cas de rupture de promesse de mariage et même des mariages ont été enregistrés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

            RAPPORT PARTIEL PROVINCE DU SUD

                                                           par CED[6]

 

Descriptif  du cas du sieur Ekouang Laurant

du campement pygmée KOUR MINTOUM

09 juillet 2002

 

Nature du problème : destruction des cultures sans compensation

 

Le campement est situé à la périphérie de la ville de Kribi, au bord du fleuve de la Kienké en direction de Bipindi.

 

Sa population est évaluée à 13 personnes.

 

Avant le début des travaux de construction de l’oléoduc Tchad-Cameroun, ces dernières menaient diverses activités dans leur territoire, la pêche, la chasse et les cultures vivrières.

 

La mise en œuvre du projet va entraîner des changements dans les conditions de vie de ces populations.

 

Ce campement n’a jamais reçu de visite ni du consortium, ni d’un sous-traitant. Ses habitants n’ont jamais jusqu’au jour de notre enquête entendu parlé ni du PPAV et encore moins de la FEDEC.

 

Le cas du sieur Ekouang Laurant, 30 ans, illustre au mieux les impacts sur cette communauté.

 

Selon lui, au moment où les travaux commencent, les cultures se trouvant sur son champ ont été simplement détruits sans compensation. Le préjudice est évalué à un lopin de terre cultivable désormais hors d’usage, plusieurs dizaines de plants de manioc, igname, macabo, patate douce, banane plantain, légumes…

 

Interrogé sur les modifications intervenues dans leurs vies, suite aux travaux du consortium, le sieur Ekouang nous a avoué que nombre de nuisances sont perceptibles notamment le manque de gibier, la modification de certains lits de cours d’eau ou alors l’état de souillure que connaissent ceux-ci, la disparition de certaines plantes médicinales, …alors que l’espoir était de voir leurs conditions de vie améliorées, la scolarisation des enfants pygmées assurée, la lutte contre certaines maladies dont la tuberculose et la sécurisation foncière promues.

 

Notre interlocuteur malgré les déceptions enregistrées jusqu’à ce jour, continue d’exprimer le vœux que ce gigantesque projet, après avoir autant détruit dans leur environnement, leur apportent quelque réalisation qui leur permette de garder des souvenirs autres que ces tableaux noirs jusqu’à présent enregistrés.

 

 

Commentaires sur les constats relevés dans les villages Bakola

visités entre le 08 et le 12 juillet 2002

 

 

1.      Nous avons visité les campements pygmées autour de Kribi et situés à maximum 2 km du tracé

 

2.      Notre séjour dans les campements de la liste ci-jointe nous a donné de constater que les consultations prévues avant la phase de démarrage du projet n’ont pas été conduites dans tous les campements et ceux dans lesquels elles l’ont été, les résultats escomptés ne se vérifient pas dans la réalité. On en voudra pour preuve quelques faits relevés:

a.       Nos interlocuteurs rencontrés dans les campements n’ont à aucun moment fait preuve d’une quelconque connaissance du projet et de ses enjeux quant à ce qui les concerne

b.      Ils n’ont jamais entendu parlé du PPAV et encore moins de la FEDEC

c.       Ils n’ont aucune information de la part du Consortium quant à ce qui concerne leur avenir à court terme dans le contexte de ce projet

d.      Le sentiment partagé partout est celui qu’ils sont marginalisés, discriminés par rapport aux Bantu voisins

 

 

3.      Les populations Bakola savent très bien ce qui leur convient. Ils ont des besoins très précis qu’ils savent exprimer eux mêmes quand ils en ont l’opportunité. De manière que c’est à notre grande surprise qu’il nous a été donné de relever les mêmes besoins (attentes) dans tous les campements visités

 

4.      Les pygmées dans les campements visités par le Consortium relèvent leur mécontentement quant à la manière dont les réunions avec ce dernier sont jusqu’à lors conçues et organisées. Dans le campement Giangou (entre Bissiang et BidouI) par exemple, nos interlocuteurs ne comprennent pas pourquoi les réunions jusqu’à ce jour organisées se sont résumées à des distributions de dons divers pourtant au même moment, ils auraient souhaité échanger sur d’autres sujets qui malheureusement ne sont jamais à l’ordre du jour

 

5.      Le pourcentage d’enfants pygmées non scolarisés est préoccupant. Notre interrogation quant à cette situation a donné à deux types de réponses : d’une part les brimades dont sont victimes leurs enfants de la part de leurs camarades Bantu et d’autre part certains adolescents et jeunes Bakola qui à l’ère du projet pétrolier ont abandonné l’école dans l’espoir de trouver un emploi dans une des entreprises du projet

 

6.      Les impacts sur leur environnement sont aussi relevés, indifféremment dans tous les campements. C’est le lieu de redire l’urgence d’aller au delà des mutations culturelles chez ces populations du fait de ce projet, pour s’interroger sur les implications matérielles de tels changements, notamment sur la recrudescence  de certaines maladies consécutive à la disparition de certaines plantes médicinales, ou alors de la famine dans les campements étant donné que le changement d’habitudes alimentaires ne se fera pas immédiatement et automatiquement.

RAPPORT PARTIEL PROVINCE DU NORD ET DE L'EST

par le SEP[7]

 

Malgré les efforts fournis pour que ce pont soit maintenu, COTCO persiste et signe. Le démantèlement du pont sur le LOM aura lieu en Octobre 2002. A moins que,… comment réagiront les autres partenaires de la négociation du 17 Juillet 2002 ?

 

Au lendemain de la réunion du 17 Juillet qui avait connu la participation à la table de négociation de toutes les parties intéressées par la question du pont sur le Lom, l'interrogation de départ demeure : quel sera le sort à réserver à ce pont ?

 

A cette rencontre, deux grandes tendances s'étaient dégagées avec force. La première, favorable au démantèlement du pont, était soutenue par la Banque Mondiale et bien sûre COTCO et dans une moindre mesure une des ONG présentes.

La deuxième tendance, très favorable au maintien du pont était défendue par les populations locales bénéficiaires du pont, le Comité de Pilotage et de Suivi des Pipelines (CPSP) et deux ONG dont le SEP sur trois invitées à la négociation. Pour l'une et l'autre tendance, ses défenseurs avaient usé de tous les arguments pour soutenir la cause.

 

I – POURQUOI LA DESTRUCTION DU PONT ?

 

Pour COTCO, le respect de son cahier de charges et des engagements contenus dans le Plan de Gestion Environnemental (PGE)/Plan de Gestion des Accès Induits l'oblige à démonter le pont à la fin des travaux afin d'éviter un accès induit à une zone de système écologique est jugé très sensible.

Cet argument se trouve renforcé par le fait qu'il y a deux à trois ans, le tracé du pipeline avait été modifié pour ne pas traverser la forêt de Deng-Deng qu'il (le pipe) contourne aujourd'hui. Les ONG dénonçaient le passage de l'Oléoduc dans la forêt de Deng-Deng très riche en diversité biologique. Les ONG avaient ainsi joué un rôle essentiel dans la défense de cette forêt qui referme des espèces protégées au rang desquelles les gorilles. Un accès induit, soutenaient-elles et soutien COTCO aujourd'hui renforcerait le braconnage et la destruction de la forêt. D'où la nécessité de démolir le pont.

 

Pour la Banque Mondiale, le maintien du pont sur le LOM constituerait une non-conformité de niveau 3 (niveau le plus grave de non-conformité) à cause de l'impact du pont sur une zone essentiellement sensible.

 

II – POURQUOI MAINTENIR LE PONT ?

 

Les ténors de cette tendance sont d'une part les populations bénéficiaires du pont (représentées par deux chefs traditionnels), le CPSP et d'autre part les ONG dont principalement le SEP, en tant que structure qui s'emploie à la promotion humaine à travers la résolution non-violente des conflits à l'effet de la participation de tous à la gestion de la société. Le SEP qui par ailleurs est chargé du monitoring du pipe dans cette partie du territoire.

Pour les populations locales estimées à quelques six mille cinq cents âmes (6500 habitants de Lom à Ngaidara), le maintien du pont désenclave la zone et permettra les évacuations rapides des malades vers les centres hospitaliers de Bélabo. Car l'irrégularité du train couchette et les déraillements fréquents constituent un danger pour la survie des populations. En outre, le pont facilitera l'écoulement des denrées alimentaires à Bélabo ou Bertoua étant donné que les populations produisent beaucoup de vivres et de bétail qui pourrissent et périssent faute de moyens de transport pour l'exportation vers les marchés. C'est dire que ce pont est un point d'encrage pour le développement de la zone. Le chef de Lom 1 et du canton Mbitom ont d'ailleurs rassuré les autres parties de l'interdiction formelle du braconnage dans la région comme en témoigne l'existence d'un poste de gendarmerie et d'un poste forestier nouvellement créés.

 

Pour les ONG, la protection de la faune et de la flore ne doit pas compromettre l'épanouissement et le développement de l'homme. Une meilleure protection passant par l'implication directe et la responsabilisation des populations locales dans la surveillance. La pression sur la forêt due par les villageois ne peut se justifier que par l'absence d'autres sources et ressources de revenus. L'exploitation de la forêt ne relevant pas de leur capacité, il faut regarder du côté de ceux qui exercent des opérations modernes de commerce, donc les industriels. Se faisant, maintenir les populations dans un état d'enclavement dans un contexte de lutte contre la pauvreté s'assimile davantage à une lutte contre les pauvres. Parallèlement à ce qui précède, les ONG pensent que pour viabiliser et rentabiliser les parcs nationaux créés dans cette région, les infrastructures de communication et d'accompagnement sont indispensables. Le pont constitue à lui tout seul une des infrastructures.

 

Enfin, les ONG pensent que COTCO doit penser aussi à compenser l'utilisation des infrastructures existantes qui n'ont pas été construites par lui à savoir les routes, les pistes et les ponts…

 

Pour le Comité de Pilotage et de Suivi des Pipelines (CPSP), il reste solitaire des clauses de la convention d'établissement signé le 20 Mars 1998 entre le Gouvernement du Cameroun qu'il représente et le Consortium pétrolier. Toutefois, il ne saurait agir en faveur et au détriment de ses populations qui demandent le maintien du pont. Pour le CPSP, le gouvernement du Cameroun veut répondre aux besoins  légitimes et clairement exprimées des populations. Ce qui va nécessairement entraîner un ajustement de ses engagements vis-à-vis du PGE.

 

III – POSSIBILITES DE MAINTIEN OFFERTES PAR COTCO …

 

Bien que COTCO soit favorable au démantèlement du pont sur le LOM, il n'en demeure pas moins que sa position n'est pas tranchée. COTCO serait prêt à (faire) maintenir ce pont si et seulement si trois conditions jugées par lui très importantes sont satisfaites :

 

1– Le gouvernement et les bailleurs de fonds (entendu le groupe de la Banque Mondiale) doivent s'accorder que nonobstant les dispositions du Plan de Gestion Environnemental (PGE), le pont peut demeurer permanent.

 

2 – Le gouvernement du Cameroun doit dédouaner COTCO et l'épargner de toute responsabilité future en cas d'éventuels incidents causés  par le pont sur les populations, l'environnement et leurs biens (propriétés).

 

3- Un accord commercial et financier parfait doit être signé pour transférer la propriété du pont du projet à la République du Cameroun.

 

… Avec une mise en demeure

 

Evoquant toues ces conditions, COTCO a rappelé au CPSP en date du 31 Juillet 2002 que le propriétaire du pont, Wilbros Spie J.V entend démonter le pont au mois d'Octobre 2002. Par conséquent, le Gouvernement du Cameroun aurait donc jusqu'au 1er Septembre 2002 pour faire connaître sa position au sujet du pont et au regard des conditionnalités sus-énoncées.

 

Véritable mise en demeure qui oblige une intervention rapide et efficace sinon les populations vivront la triste expérience de leur abandon à eux-mêmes.

 

La société civile laissera-t-elle passer cette injustice ???

 

Même si la balle semble beaucoup plus se trouver dans le camp du Gouvernement Camerounais, la voix de la Société Civile compte. Car elle a la possibilité, de concert avec les membres du Steering Committee du  Groupe Indépendant de Suivi et d'autres ONG, de mobiliser ou de faire mobiliser l'opinion nationale et internationale autour de cette question cruciale pour le bien être des populations

 

 



[1] ONG responsable du volet communication (banque de données, analyse des données et diffusion des informations)

[2] PGE, Tchad et Cameroun, Volume 1, Aspect du domaine socio-économique n°1

[3] PGE, Cameroun Volume 1, Annexe D

[4] PGE, Cameroun, Volume 4

[5] ONG en charge du suivi indépendant pour la province du centre

[6] ONG responsable du suivi indépendant dans le Sud

[7] ONG responsable du suivi dans le Nord et l'Est