INTRODUCTION

 

Le sociologue canadien M. McLuhan affirmait en 1969 que les télécommunications allaient changer la face du monde et engendrer le progrès dans les pays non-industrialisés : télévisions par câble et liaisons satellites étaient les maîtres mots d’une société résolument nouvelle ne ressemblant plus qu’à un «village global». La même année, le politologue américain Z. Brzezinski écrivait que le maillage de la planète par des réseaux informatiques était devenu une réalité qui marquerait les relations internationales. Depuis, trente ans ont passé, et même si le monde ne ressemble en rien à la vision de M. McLuhan et Z. Brzezinski, force est de constater que les nouvelles technologies d’information et de communication ne sont pas sans incidence sur le plan international dans la mesure où elles aboutissent à réduire la portée du contrôle des Etats sur l’information.

Analyser le déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information n’est pas chose aisée dans la mesure où la lecture des événements est différente selon que l’on se trouve au Nord ou au Sud. De plus, des divergences de vues existent en fonction de l’appartenance linguistique (francophone ou anglo-saxonne) et des convictions politiques. Conscient que notre propos peut être teinté d’une certaine part d’idéalisme, nous tenterons d’analyser la problématique du déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information de la manière la plus objective possible et nous utiliserons des sources de l’UNESCO et de la Francophonie car, au delà de leurs prises de positions idéologiques, ces organismes témoignent un intérêt certain pour la problématique.

La première partie traitera de la mondialisation et des nouvelles technologies d’information et de communication. Si l’on s’accorde à reconnaître l’existence de trois grandes conceptions des relations internationales (les conceptions réalistes, le paradigme de l’interdépendance et le paradigme de l’impérialisme), nous verrons en quoi la problématique du déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information peut être abordée au moyen du paradigme de l’interdépendance, tel que théorisé par l’école de l’interdépendance complexe. Sur base du rapport établi par la Commission MacBride pour l’UNESCO, nous analyserons les origines du déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information et tenterons de comprendre les raisons pour lesquelles les pays du Tiers monde ont revendiqué un nouvel ordre mondial de l’information et pourquoi celui-ci a été un échec. Enfin, nous montrerons en quoi les bouleversements de l’ordre international, le progrès technique et la mondialisation de la communication seront les nouveaux défis de nos sociétés.

La seconde partie sera consacrée à l’analyse de l’influence des nouvelles technologies de l’information et de la communication sur le déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information. Nous examinerons les limites de la coopération technologique et tenterons de déterminer en quoi Internet est un réseau informatique à même d’aggraver, de tempérer ou d’améliorer l’accès à l’information. Au moyen des concepts d’info-riches et d’info-pauvres, nous démontrerons que l’accès aux infrastructures physiques, aux contenus et aux mécanismes de production de l’information demeurent les principaux défis que devront relever les pays du Sud et nous établirons qu’Internet est susceptible d’améliorer la situation du continent africain dans les domaines de l’éducation, de la santé, de la démocratisation, de l’enseignement et de la recherche.

Dans la troisième partie, nous aborderons le cas du développement des autoroutes de l’information dans l’espace francophone et analyserons la politique mise en place par la Francophonie internationale dans le domaine des inforoutes. Dans un premier temps, nous effectuerons une évaluation du nombre de serveurs et d’utilisateurs et présenterons un état des autoroutes de l’information selon la répartition géographique suivante : l’Amérique du Nord, l’Europe, l’Afrique du Nord et le Moyen Orient, l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Est et l’Océan indien, l’Asie-Pacifique et les Caraïbes. Enfin, nous envisagerons le déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information au moyen d’une étude de participation à un forum de discussion francophone et déterminerons le taux de participation tant en fonction de l’appartenance à la Francophonie qu’en fonction du critère Nord-Sud.