Chapitre 5

 

INTERNET ET TIERS MONDE

 

 

L’idée développée par M. McLuhan, à la fin des années soixante, selon laquelle le monde ne serait plus qu’une sorte de « village global » est un mythe. Si l’idée peut paraître séduisante, force est de constater que la mondialisation de la communication demeure l’apanage des pays du Nord et qu’une partie du monde, en l’occurrence le Tiers monde, est encore exclue du processus. En effet, contrairement à ce que IBM cherche à nous faire croire à grand renfort d’images d’enfants à la peau foncée, aux vêtements colorés ou aux yeux bridés , l’analyse de la progression d’Internet dans le monde a montré que la planète est encore loin d’être câblée. Pour preuve, lors de la conférence du G7 à Bruxelles en février 1995, Thabo Mbeki, alors vice-président de l’Afrique du Sud affirmait que « plus de la moitié du genre humain n’a jamais composé un numéro de téléphone [et que] il y a plus de lignes téléphoniques à Manhattan que dans toute l’Afrique subsaharienne ».

 

Les info-riches et les info-pauvres

 

Face à un développement inégal entre le Nord et le Sud, de nombreux chercheurs s’interrogent sur la manière de gérer ce qui apparaît comme un gouffre qui va s’ouvrir entre les « info-riches » et les « info-pauvres, en particulier dans les pays du Sud, moins bien équipés en infrastructures informatiques.

 

Selon A. Gresh , le développement d’Internet n’échappe pas aux logiques sociales et aux clivages entre riches et pauvres, ni en terme de contenu de l’information, ni en terme d’accès à celles-ci. En effet, A. Gresh affirme que si la logique de déréglementation des communications risque d’accélérer le clivage qui sépare le Nord du Sud, il n’en demeure pas moins que même aux Etats-Unis le profil de l’internaute est très typé dans la mesure où il s’agit d’un homme, blanc et à revenus élevés.

 

Rappelant que la conception et l’expansion d’Internet aux Etats-Unis ont été prises en charge par des organismes publics et des universités, M. Elie affirme qu’un scénario libéral et non-interventionniste conduit nécessairement à un renforcement du déséquilibre de l’accès à l’information. En effet, M. Elie défend l’idée selon laquelle « dans les pays du Tiers monde, une frange de privilégiés, les « info-riches », disposant d’équipements dont ils seront propriétaires (hommes d’affaires), ou dont ils auront l’usage (universitaires, fonctionnaires, responsables d’ONG), y auront accès. Ils pourront ainsi être beaucoup mieux informés qu’aujourd’hui, aussi bien que leurs homologues des pays riches. Le reste de la population, les « info-pauvres », resteront aussi ignorants et donc encore plus vulnérables qu’aujourd’hui. De plus, les pays riches ont l’infrastructure et les moyens financiers et intellectuels d’exploiter la moindre information qui leur est fournie par les pays pauvres alors que la masse d’informations mise à disposition par les pays riches dans beaucoup de cas ne pourra pas être vraiment exploitée faute d’une infrastructure appropriée, conduisant à un véritable colonialisme électronique ».

 

Si un des arguments les plus fréquemment avancés consiste à affirmer qu’Internet serait une source de violentes inégalités, que le fossé se creuserait entre ceux qui auront accès à la communication et au savoir, les info-riches, et ceux qui en seraient exclus, les info-pauvres, C. Huitema défend l’idée selon laquelle « il y a toutes les raisons de penser que le développement d’Internet serait au contraire un puissant facteur d’égalité. la distinction entre info-riches et info-pauvres existe déjà dans notre société. L’accès à l’information est plus facile pour les plus puissants, les membres des gouvernements, les responsables des multinationales. Les internautes, grâce à la puissance du réseau, pourront précisément accéder à un grand nombre d’informations qui sont actuellement hors de portée du simple citoyen. Le risque n’est donc pas de créer une nouvelle classe d’info-riches, car elle existe déjà bel et bien, mais, en augmentant le nombre de ceux qui ont accès au savoir, de rendre plus évidente la condition subalterne des info-pauvres ».

 

En ce sens, R. Petrella affirme qu’il faut empêcher dès maintenant que des populations entières de la planète, au Nord comme au Sud, n’aient pas accès aux réseaux et aux interactions correspondantes et que seule une intervention politique énergique et durable, mise en place par des pouvoirs publics à l’échelle locale et mondiale, peut empêcher le scénario du « techno-apartheid mondial » de devenir une réalité.

 

Le déséquilibre de l’accès à l’information

 

Si la mondialisation des marchés de l’information et l’extension des réseaux de communication sont à priori une chance pour que les pays du Tiers monde sortent de leur isolement, il n’en demeure pas moins que le déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information reste une question préoccupante. Sous le terme générique d’accès à l’information, nous pensons qu’il convient de distinguer l’accès aux infrastructures physiques, l’accès aux contenus et l’accès aux mécanismes de production.

 

2.1 L’accès aux infrastructures physiques

 

L’accès aux infrastructures physiques demeure très inégal. En effet, les projections effectuées par l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) confirment que les pays à haut revenu disposent d’une part écrasante des infrastructures de base, qu’il s’agisse de lignes téléphoniques, de satellites de communications ou de câbles transocéaniques.

 

Figure 8

 

S’il est permis de craindre que la mondialisation des réseaux ne concerne que les pays du Nord, J. Guisnel affirme que la problématique du déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information n’est pas aussi manichéenne qu’on pourrait le croire : « bien des éléments peuvent au contraire accréditer l’idée que, si l’accès massif aux réseaux informatiques mondiaux n’est certainement pas envisageable de sitôt dans les pays en voie de développement, des indices permettent d’analyser plus positivement la question. En effet, des réseaux existent et se sont donnés pour fonction de faire accéder les pays du Sud à Internet dans des conditions convenables (…) Un des remèdes au sous-équipement en matière téléphonique viendra peut être des nouveaux et extraordinaires réseaux téléphoniques satellitaires que divers consortiums internationaux s’apprêtent à mettre en place. Une dizaine de projets différents sont en concurrence, qui ambitionnent tous - avec des solutions techniques variées - de remplacer les réseaux de téléphone cellulaire actuellement en service. Leur idée consiste à permettre à de petits téléphones portables de se relier directement à des satellites, sans avoir besoin de relais et d’infrastructure terrestre. On imagine aisément que les coûts d’installation en seront réduits d’autant, toutes les liaisons se déroulant dans l’espace ».

 

Conscient que le développement des technologies sans fil et le maillage de la planète par le biais des satellites pourraient laisser espérer un rattrapage rapide du retard technologique pour les pays moins équipés, F. Douzet affirme que « la technologie sans fil est avant tout développée pour satisfaire les besoins d’une élite commerciale fortunée. La sophistication l’emporte sur la recherche d’un produit au moindre coût et nécessite des équipements lourds largement inaccessibles aux pays les plus pauvres ».

 

En ce sens, M. Elie défend l’idée selon laquelle les fournisseurs d’accès se sont engagés dans une surenchère technologique  pour prendre place dans un marché prometteur : « les efforts sont orientés vers la satisfaction des besoins solvables des consommateurs des pays riches et ne prennent pas en compte ceux des pays moins développés. Ils conçoivent des solutions techniques toujours plus séduisantes et coûteuses en investissement et en fonctionnement. Les techniques antérieures, souvent plus simples et plus facilement transférables, sont peu à peu délaissées ».

 

Selon P. Renaud et A. Torrès , la pénurie des infrastructures physiques n’altère en rien la volonté des pays du Sud de s’approprier la technologie d’Internet. En effet, P. Renaud et A. Torrès affirment que, contrairement à une idée répandue, Internet connaît un développement spectaculaire dans les pays du Sud : « le manque d’infrastructures entraîne un usage intensif que ne révèlent pas les chiffres bruts. Chaque accès à Internet devient une ressource précieuse. A Tunis ou à Lima, toutes les machines reliées au réseau sont utilisées, ce qui est loin d’être le cas en Allemagne ou aux Etats-Unis. De plus le moindre ordinateur héberge des dizaines de boîtes aux lettres que les utilisateurs viendront consulter successivement ».  

 

Néanmoins, P. Renaud et A. Torrès rapportent que dans plusieurs pays africains, des opérateurs commerciaux, appuyés par des groupes internationaux, tentent de mettre en place des infrastructures dont les premiers bénéficiaires sont les multinationales : « il est certain que l’offre de nouveaux services fiables et bon marché de télécommunication internationale ne peut que favoriser les relations commerciales entre le Nord et le Sud sans pour autant modifier les termes de l’échange. Mais il est à craindre qu’une telle démarche ne limite les bénéfices des nouvelles technologies à une clientèle solvable. Or celle-ci, dans les pays économiquement les moins avancés, est souvent étrangère ou « exogène ». Cette politique, si elle n’est pas associée à une action plus volontariste vers les secteurs non commerciaux, notamment en terme de formation, a une faible probabilité de combler le fossé tant redouté entre ceux qui sont et ceux qui ne sont pas dans la société de l’information ».

 

P. Renaud et A. Torrès soulignent que contrairement aux pays du Sud, où leur introduction date du milieu des années nonante, le développement des réseaux informatiques interuniversitaires américains a commencé à la fin des années septante pour aboutir, au milieu des années quatre-vingt, à une forme réduite de ce qu’est Internet. Si certains voudraient faire croire que la mise à disposition de liaisons internationales à haut débit, fournies par des satellites ou des câbles sous-marins, permettrait de rattraper le retard technologique, il n’en demeure pas moins que la logique du parachutage technologique n’a jamais profité aux bénéficiaires de l’aide.

 

2.2 L’accès aux contenus

 

Selon P. Renaud et A. Torrès , l’accès aux contenus est une étape inséparable de l’accès aux infrastructures physiques. En effet, P. Renaud et A. Torrès posent la question de savoir à quoi bon fluidifier la circulation de l’information si elle ne fait qu’amplifier une situation où l’essentiel de la production scientifique des pays du Sud est publié en Europe et aux Etats-Unis, qu’il s’agisse de revues scientifiques ou de données recueillies sur le terrain ?

 

Prenant pour exemple le cas d’une entreprise, B. Lanvin affirme que « accéder à l’information pertinente concernant ses marchés potentiels, ses concurrents éventuels, ses prestataires de services ou partenaires possibles est souvent avant tout un défi de contenu . Où trouver l’information sachant que celle-ci est encore souvent détenue par l’un des grands fournisseurs de données et que cette situation d’oligopole n’est pas sans conséquences pour les pays du Sud et leurs entreprises. Les bases de données les plus utiles sont souvent éloignées des utilisateurs, impliquant des coûts de communication élevés et parfois prohibitifs. L’accès s’y opère le plus souvent par le biais d’abonnements (souscriptions), en général inabordables pour une PME d’un pays en voie de développement. De plus, les contenus de ces bases reflètent largement la réalité économique des pays riches et beaucoup moins souvent celle qui constitue l’environnement immédiat d’un entrepreneur du Tiers monde ».

 

B. Lanvin défend l’idée selon laquelle les choses ont changé et que l’accès aux contenus se démocratise notamment grâce à Internet : « Depuis le milieu des années nonante, le paysage de l’accès aux contenus s’est radicalement modifié au profit des « petits acteurs », notamment des pays en développement et des PME. Certes, dans la plupart des pays du Tiers monde, les fournisseurs d’accès Internet restent rares, et les coûts d’accès élevés. Mais là aussi, la situation est en train de se modifier rapidement : à mesure que la demande des utilisateurs augmente, le nombre de fournisseurs d’accès croît lui aussi, et la concurrence induit une sensible baisse des prix. Ce phénomène ne fera que s’accélérer à mesure que la masse des utilisateurs d’Internet augmentera dans ces pays ».

 

R. Bissio constate que dans le domaine de l’accès aux contenus, l’écart entre le Nord et le Sud y est encore plus marquant : « dans les universités du Nord, les étudiants peuvent accéder gratuitement à vingt mille bases de données par le biais du réseau Internet (…) sans qu’il leur en coûte un sou. Les ONG africaines, quant à elles, doivent payer jusqu’à un dollar la page transmise ou reçue (même s’il s’agit d’envois publicitaires sans intérêt, ou d’une demande d’information d’un chercheur du Nord qui rédige une thèse, et qui souvent n’est pas assez courtois pour leur communiquer ensuite les résultats de sa recherche) ».

 

Soutenant l’idée que le déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information est largement renforcé avec Internet, M. Masse Lô défend l’idée selon laquelle « les pays du Nord exercent une très forte pression pour que nous leur livrions des informations sur nos pays. Le Sud se retrouvant à nouveau au service du Nord. Et ensuite car le Nord nous submerge de concepts et de modèles de développement qui ne sont pas du tout adaptés au milieu rural de nos pays ».

2.3 L’accès aux mécanismes de production de l’information

 

Selon B. Lanvin , la production de l’information disponible sur le réseau Internet demeure l’apanage des pays du Nord. En effet, B. Lanvin affirme que « rares sont encore les sites Internet en swahili ou en guarani, ou ceux qui traitent de l’artisanat du cuir au Nigeria ou du tourisme au Vietnam. Pourtant, là aussi, Internet est en train de bouleverser les réalités et les mentalités. En effet, Internet est non seulement un outil bon marché d’accès à l’information, mais il est aussi un moyen de production d’information par lequel n’importe quel acteur (privé, public, PME ou multinationale) peut diffuser ses propres informations à l’échelle planétaire. La révolution, de ce point de vue, a commencé de pénétrer une grande majorité de pays en voie de développement, le plus souvent par le biais des chercheurs et des enseignants des universités. Le défi, aujourd’hui, consiste pour ces pays à sortir Internet du ghetto universitaire où il a parfois tendance à stagner, en se limitant à des utilisations académiques et en ne touchant qu’une élite locale ».

 

Les champs d’application d’Internet en Afrique

 

3.1 L’éducation, la santé et la démocratisation

 

G.O. Segond voit dans les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), dont Internet est le dernier développement, une possibilité d’établir une coopération technologique avec l’Afrique afin de rétablir sur ce continent un équilibre Nord-Sud de l’accès à l’information.

 

Tout en tenant compte de la diversité de la société africaine, G.O. Segond affirme que les NTIC peuvent apporter une contribution positive dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la démocratisation. En effet, G.O. Segond défend l’idée selon laquelle « les NTIC sont de nature à revitaliser les échanges de l’Europe avec l’Afrique dans ces trois secteurs dans l’intérêt mutuel des partenaires. L’appropriation de ces technologies nécessitera toutefois (comme en Europe) la mise en place de politiques volontaristes et une concertation politique euro-africaine. La focalisation des efforts d’application des NTIC dans les trois secteurs de l’éducation, la santé et la démocratisation permettra également d’apporter une contribution factuelle à la discussion en cours sur le rôle des NTIC dans les politiques de développement et facilitera l’émergence en Afrique de la société de l’information. Pour aboutir à des résultats probants, cette politique volontariste devra accorder la priorité à des enquêtes interactives sur le besoin réel des sociétés concernées et sur les possibilités d’intégration du multimédia dans le contexte culturel (…) Cette approche implique la mise en place de plates-formes indiquant de manière constante comment améliorer, dynamiser et piloter l’implantation des NTIC en Afrique. Les institutions bilatérales et multilatérales de financement devront apporter une contribution de longue haleine de manière à assurer les investissements nécessaires aux besoins spécifiques des Etats africains (…) Il n’est pas certain que le démontage brutal des monopoles de communication constitue l’approche la plus appropriée pour le développement d’une société globale de l’information en Afrique : s’il est évident qu’une libéralisation entraînera des effets favorables, elle risque de limiter l’accès des NTIC aux seuls secteurs solvables de la société africaine en aggravant l’écart qui sépare les couches privilégiées de l’ensemble de la population. Une telle approche comporte le risque d’un rejet des NTIC par une majorité de la population africaine avec une diabolisation des nouvelles technologies perçues comme un nouvel instrument d’asservissement (…) Tout en redonnant un nouveau sens au dialogue euro-africain, la prise en charge des NTIC en Afrique par les partenaires publics européens garantirait l’appropriation progressive par les citoyens africains de ces nouveaux instruments d’information et de communication ».

 

3.2 L’enseignement et la recherche

 

Selon P. Renaud et A. Torrès, l’association de l’Afrique à Internet reste modeste dans la mesure où les services qu’offre le réseau se réduisent souvent à l’échange de courrier électronique : « les coûts des télécommunications y sont trop élevés pour que les usagers puissent se généraliser, même au sein de la communauté des chercheurs et des universitaires. Problème classique du sous-développement, la faible densité des utilisateurs ne permet pas d’exploiter, comme au Nord, des liaisons spécialisées à coût forfaitaire qui permettraient précisément d’enclencher un cercle vertueux. Les technologies d’Internet rendent cependant possible à des établissements partageant une unique ligne téléphonique entre cinquante enseignants et chercheurs et dix administratifs d’ouvrir à chacun une boîte aux lettres électronique. Cette dernière leur permettra de rester en contact étroit avec la communauté scientifique internationale. Ainsi disparaîtrait peu à peu le pouvoir dont usaient certaines hiérarchies de donner des « faveurs » à travers l’accès au téléphone ou à la télécopie ».

 

P. Renaud et A. Torrès affirment que la diffusion d’Internet, tant dans le domaine de l’enseignement que de celui de la recherche, est loin d’être sans utilité. En effet, P. Renaud et A. Torrès défendent l’idée selon laquelle, loin d’être un remède miracle ou un raccourci sur la voie du développement, Internet peut être envisagé comme une possibilité réelle de limiter la « fuite des cerveaux ». Internet est en mesure de transformer radicalement le travail des chercheurs africains : « pour la première fois, dans les pays les plus pauvres et les moins avancés technologiquement, il serait possible d’accéder à toute la richesse informationnelle des centres de recherche et des universités les plus avancées du Nord. Il ne s’agit pas simplement de consulter des banques documentaires ou des encyclopédies, ni de visiter des musées virtuels. Internet est de plus en plus un moyen privilégié, voir exclusif, pour accéder à la production scientifique courante : thèses et rapports de recherche dans leurs versions intégrales, programmes de recherche des laboratoires, composition des équipes et adresse électronique de leurs membres ».

 

Si une équité dans l’accès à l’information et à la connaissance reste possible, M. Elie affirme que « pour infléchir le scénario libéral, il faudrait que les Etats, les collectivités locales, les organisations internationales, les ONG et les associations de développement local prennent conscience de l’enjeu. Les agents économiques locaux devraient être dotés des moyens de communiquer et d’accéder à l’information relative à leurs activités. Les structures de l’Etat et les organismes internationaux chargés de l’aide au développement devraient être sollicités non seulement pour contribuer à mettre en place l’infrastructure nécessaire mais aussi pour inciter à la conception d’applications adaptées à la spécificité et à l’intérêt de chaque pays. Des informations, des suggestions, le retour d’expérience des utilisateurs seraient collectés et exploités. Les acteurs locaux se sentiraient partie prenante et pourraient avoir l’initiative de services nouveaux adaptés à leurs besoins. Le courrier électronique permettrait des échanges rapides, économiques et fiables, d’information à grande distance suppléant les défaillances des services postaux dans ces pays. Les conférences électroniques permettraient de faire participer aux discussions et aux décisions des personnes qui n’auraient pu se déplacer et de mener à bien des projets de développement régionaux impliquant éventuellement des partenaires de pays riches. Au niveau international, un effort devrait être fait pour inciter les principaux fournisseurs à proposer informations et logiciels dans les langues d’usage des différents pays ».

 

Conclusion

 

Ayant attiré l’attention sur le fait que nous manquons cruellement de données statistiques au niveau international et que la création d’un organisme neutre, composé de spécialistes du développement d’Internet, ne pourrait être qu’un organisme utile à la compréhension du phénomène, une corrélation semble toutefois exister entre d’une part, une forte pénétration d’Internet et d’autre part, l’ouverture démocratique d’un régime, son ouverture vers l’extérieur et sa pratique courante de l’anglais.

 

Néanmoins, contrairement à l’idée répandue selon laquelle le monde ne serait plus qu’un « village global », la mondialisation de la communication demeure l’apanage des pays du Nord dans la mesure où ceux-ci ont tendance à protéger leurs technologies de pointe. Un scénario néo-libéral conduit inévitablement à un renforcement du déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information parce que la sophistication technologique l’emporte bien souvent sur la recherche d’un produit à moindre coût.

 

Dès lors, pour éviter que seule une élite, au Nord comme au Sud, n’ait accès à l’information, nous pensons qu’une régulation au niveau international pourrait engendrer une amélioration du déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information.

 

Si Internet porte en lui une réelle possibilité d’être un vecteur de culture et de connaissance et si les nouvelles technologies d’information et de communication sont une chance pour remédier aux carences en infrastructures de base dans les pays du Sud, et plus particulièrement en Afrique, nous devons rester vigilant afin qu’Internet ne soit pas utilisé au détriment des pays du Sud car il est à craindre que les projets de certaines multinationales n’envisagent de câbler les pays du Sud que dans une logique de pénétration de marché ou pire afin d’exploiter les ressources du Sud.