DEUXIÈME PARTIE :

 

Internet et le déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information

 

La deuxième partie consistera en une analyse de l’influence d’internet sur le déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information.

 

Dans un premier temps, nous verrons, au moyen des notions de coopération et de développement, que l’association de la technologie au développement n’est pas un phénomène récent et que les pays du Sud ont déjà, par le passé, été les premiers « bénéficiaires » de programmes de coopération technologique.

 

Evaluer l’influence d’Internet sur le déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information implique que l’on puisse disposer de données statistiques récentes et fiables afin d’interpréter les résultats. Dès lors, nous montrerons en quoi l’étude de M. Elie répond à des critères de rigueur méthodologique. Son analyse de la progression d’Internet dans le monde nous amènera à défendre l’idée selon laquelle la mondialisation de la communication demeure l’apanage des pays du Nord et qu’un scénario néo-libéral conduit inévitablement à un renforcement du déséquilibre de l’accès à l’information.

 

Enfin, nous démontrerons que l’accès aux infrastructures physiques, aux contenus et aux mécanismes de production de l’information demeurent les principaux défis que devront relever les pays du Sud et nous établirons qu’Internet est susceptible d’améliorer la situation du continent africain dans les domaines de l’éducation, la santé, la démocratisation, l’enseignement et la recherche.

 

Chapitre 4

 

TECHNOLOGIE ET DÉVELOPPEMENT GLOBAL

 

 

Si la problématique du déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information trouve incontestablement ses origines dans la revendication des pays du Tiers monde d’un rééquilibrage des flux d’information, force est de constater que ceux-ci n’ont pas réussi à imposer un nouvel ordre mondial de l’information et de la communication. De nos jours, l’analyse de la problématique de l’accès à l’information implique que l’on quitte les débats qui ont eu lieu dans l’enceinte de l’UNESCO et que l’on envisage l’influence des nouvelles technologies de l’information et de la communication, dont Internet est la dernière innovation, sur le développement Nord-Sud.

 

Les limites de la coopération technologique

 

Selon Y. Mignot-Lefebvre, l’association de la technologie au développement n’est pas un phénomène récent dans la mesure où chaque innovation technologique, liée au secteur de l’information et de la communication, a été présentée, depuis les années soixante, comme une solution pour que les pays du Tiers monde sortent de leur état de sous-développement : « de coûteuses infrastructures ont été réalisées dans l’euphorie qui accompagnait cette course forcée, par les pays du Sud, au rattrapage des pays du Nord et qui ont alourdi ensuite la dette des pays « bénéficiaires ». Ainsi que reste-t-il des télévisions éducatives des années soixante qui devaient permettre de scolariser tous les enfants, d’éradiquer l’analphabétisme et de moderniser l’agriculture ? Que sont devenus les bunkers informatiques des années septante qui allaient gérer la presque totalité des services et des biens d’un pays ? (…) Beaucoup de rêves déçus se reportent aujourd’hui avec la même force sur les télécommunications dont les services à valeur ajoutée exercent une attirance sans pareille car elles semblent le garant du développement et de la modernité ».

 

S’il paraissait normal et légitime de transférer des technologies d’information dans le cadre notamment de programmes de coopération bilatérale ou multilatérale avec des prêts facilement consentis, Y. Mignot-Lefebvre constate qu’il n’en est plus de même aujourd’hui : « les Etats du Nord protègent les technologies de pointe et ne les communiquent que parcimonieusement aux pays amis, considérés comme politiquement sûrs. Les Etats du Sud, lourdement endettés, conseillés par la Banque mondiale, doivent le plus souvent accepter tout ou partie des solutions préconisées par les experts : sacrifier sur l’autel du progrès leurs vieilles PTT, les transformer en établissements publics dans un premier temps, faire appel aux capitaux privés puis, dans un enchaînement quasi inévitable, privatiser et établir des joint-ventures avec des grands groupes de communication. Voilà le prix à payer pour s’offrir ces merveilleux équipements ».

 

En effet, Y. Mignot-Lefebvre affirme que « la décolonisation ouvrait, pour beaucoup de pays nouvellement indépendants, la perspective d’un développement autonome. Mais des objectifs prioritaires s’imposèrent quel que fut le choix idéologique : décoller économiquement afin de rattraper le plus vite possible les pays riches. La croyance occidentale selon laquelle la technologie permet de résoudre bon nombre de problèmes et de brûler les étapes était alors bien partagée. Les télévisions éducatives sont une illustration caractéristique de cette croyance car elles se situaient dans un secteur résolument de pointe, celui de l’information et de la communication et s’appliquaient au champ de l’éducation de base qui était la préoccupation première des responsables de cette période. Celles-ci furent l’objet, au moins en leur début, d’un engouement extraordinaire de la part tout à la fois des promoteurs, des financiers et des bénéficiaires. Trente ans plus tard, il semble difficile d’imaginer de tels investissements. Entre-temps, bilan a été fait des déceptions quant aux résultats de telles opérations, au Nord comme au Sud, et pour les pays du Sud, les échéances de la dette se sont brutalement concrétisées ».

 

P. Bouvier attire l’attention sur les limites du « parachutage technologique » et souligne que le développement doit être à la fois finalisé, cohérent, homogène, autopropulsé et indivisible. En effet, P. Bouvier précise que toute logique de développement doit dépasser des objectifs purement économiques par une finalité supérieure. Définir des buts et des objectifs est en soi une nécessité. Le développement doit être cohérent car seule une vision véritablement prospective permet d’éviter à long terme des goulets d’étranglement. Homogène, le développement ne peut faire table rase du passé et doit s’ancrer dans les structures existantes pour avoir une vision finalisée d’un avenir différent. Trop de logiques de développement, aussi honorables soient-elles, ne tiennent pas suffisamment compte du caractère autopropulsé, endogène du développement. C’est dans les structures existantes qu’il faut trouver les forces nécessaires à la dynamique. Enfin, le développement est indivisible dans la mesure où celui-ci est un processus global.

 

B. Khader souligne le fait qu’en tant que processus global, le développement est un processus à long terme, que l’on ne peut importer. S’il y a un rythme et un style propre à chaque pays, la technologie montre ses limites dans la mesure où le développement est à la fois une stratégie culturelle, scientifique, économique et politique.

 

Y. Mignot-Lefebvre défend l’idée selon laquelle le Tiers monde cesse d’occuper la place qu’il avait autrefois dans l’imaginaire occidental : « après plus de deux décennies de concentration relativement intense de moyens technologiques et de mobilisation importante de coopérants, souvent d’un haut niveau de formation, les Occidentaux évacuent le Sud, au moins dans certaines de ses parties et n’y conservent que les infrastructures minimales nécessaires à la poursuite d’activités d’ordre souvent plus géopolitique que économique. Ce désintérêt se retrouve dans la recherche sur la communication et le développement. Abondante dans les années septante et quatre-vingt, où les chercheurs intervenaient souvent également dans les projets (recherche participante, très fréquente dans les études de développement), elle se raréfie en raison de l’amenuisement des crédits (l’UNESCO autrefois principal commanditaire, a annulé ses programmes de recherche-évaluation depuis le départ spectaculaire de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, suite à la publication du rapport MacBride). L’on constate aussi un manque de données nouvelles dans la mesure où les champs d’applications des technologies les plus sophistiquées et de leurs usages s’observent surtout au Nord ».

 

Le réseau Internet

 

Tantôt qualifié de «Réseau des réseaux », de « cyberespace », de « toile d’araignée électronique », d’«espace virtuel » ou encore de « village global », les termes ne manquent pas pour désigner le phénomène Internet. 

 

Au-delà de la diversité des terminologies, Internet est un réseau électronique qui permet de relier tous les ordinateurs du monde. A ce titre, il doit être considéré « comme une étape sur le chemin des autoroutes de l’information ». D’envergure internationale, Internet préfigure en quelque sorte ce que seront les autoroutes de l’information de demain. Nul ne peut prédire avec exactitude l’ampleur de celles-ci même si M. Wautelet avance déjà l’idée que « les changements qu’elles devraient induire ressembleront à une révolution mondiale ».

 

L’élaboration du modèle d’analyse que nous poursuivons ne nous permet pas d’entrer dans les détails techniques ou historiques des origines de ce réseau que R. Bolle désigne, de manière originale, par le terme de « nébuleuse informationnelle ». Toutefois, nous pensons que certaines innovations majeures méritent d’être mentionnées dans la mesure où elles sont utiles à la compréhension de ce qu’est Internet.

 

Si les origines du réseau sont incontestablement à trouver dans la Guerre froide qui oppose les puissances de l’Est à celles de l’Ouest, la naissance d’Internet date de la fin des années soixante. Sur demande du Pentagone, V. Cerf, Professeur à l’Université de Californie, élabore une norme qui révolutionne le monde de la communication : « c’est l’idée de fédérer, grâce à une norme commune, tous les ordinateurs et tous les réseaux de communication, et donc de permettre la communication de n’importe quel ordinateur de la planète avec n’importe quel autre ordinateur par tout moyen de télécommunication, dont naturellement le réseau téléphonique mondial ». C’est en ayant voulu préserver leurs moyens de communication en cas d’attaque nucléaire que l’armée américaine a indirectement créé Internet. Il faudra attendre 1989 pour que des chercheurs du CERN mettent au point le World Wide Web (WWW), une conception hypertexte que les Anglo-saxons appellent le « Web » et que les Francophones désignent par la « Toile ».

 

De tous les services et applications proposés sur Internet, l’E-mail, ou courrier électronique, est le service le plus utilisé. Nettement moins onéreux qu’un fax, il permet d’envoyer et recevoir instantanément des données au prix d’une communication locale. Les groupes de discussion ou forums permettent de partager des opinions autour d’un sujet commun. Généralement classés par thèmes, ils permettent aussi de poser des questions à travers le monde. Enfin, une diversité de serveurs existe : les serveurs FTP (File Transfer Protocol) permettent des extractions de fichiers. Les serveurs Gopher fonctionnent toujours mais sont de moins en moins utilisés au profit des serveurs WWW. D’autres serveurs existent tels que Telnet mais nous n’entrerons pas dans les détails étant donné que les courriers électroniques, groupes de discussions et serveurs WWW sont les services et applications les plus utilisés.

 

la progression d’Internet dans le monde

 

Analyser l’influence d’Internet dans le déséquilibre Nord-Sud de l’accès à l’information implique que l’on puisse disposer de données statistiques récentes et fiables afin d’interpréter les résultats.

 

Selon M. Elie , un ensemble homogène et public de chiffres caractéristiques, régulièrement maintenu au niveau national ou international, n’existe pas. Même établis à des dates voisines, les chiffres sont souvent discordants et la tentation est forte pour chacun de choisir les chiffres qui lui conviennent le mieux.

 

En effet, M. Elie affirme que  « les écueils sont nombreux dans leur établissement et leur interprétation et justifieraient une plus grande circonspection dans leur présentation. Avec un taux de croissance de 50 à 100 % par an, la date effective de réalisation du sondage est primordiale. Celle-ci est souvent omise ou confondue avec la date de publication des résultats. Une autre déviation méthodologique est la pratique des «enquêtes en ligne », bien moins coûteuses que des enquêtes par enquêteurs : mais n’y répondent que des volontaires, suffisamment à l’aise avec l’outil, qui ne constituent absolument pas un échantillon représentatif de l’ensemble des utilisateurs ou d’une catégorie d’entre eux. Il arrive aussi fréquemment que les chiffres établis pour une population donnée soient cités à propos d’une autre ; les sources américaines ne mentionnent d’ailleurs pas toujours explicitement que leurs chiffres sont établis pour les seuls Etats-Unis. Incertitude sur la définition des grandeurs mesurées, sur les méthodes employées, sur les marges d’erreur, sur la date effective des mesures, tout concourt à inciter à la plus grande prudence dans la lecture et l’utilisation des chiffres publiés sur Internet (…) Les chiffres ne sont pas anodins : ils servent à forger les opinions, à identifier les forces et les faiblesses, à orienter les choix et les investissements, à prévoir les évolutions. Ils mesurent les résultats, font apparaître les déséquilibres, étayent les explications. [Et de conclure que] Les acteurs d’Internet et les pouvoirs publics doivent s’organiser pour fournir sur Internet une information claire, publique et transparente, nécessaire à une réflexion sur le rôle et la prospective d’Internet, outil stratégique de la mondialisation ».

 

Parmi les études récentes concernant la croissance exponentielle d’Internet tant dans les pays du Nord que dans ceux du Sud, l’évaluation effectuée par M. Elie en date d’avril 1999 nous semble répondre à des critères de rigueur méthodologique. En effet, si les statistiques publiées chaque semestre par « Network Wizards » fournissent le nombre de sites Internet par domaine d’adressage, il n’en demeure pas moins que ces statistiques présentent des insuffisances liées d’une part, à la non-prise en compte des Intranets et d’autre part, à la progression des noms de domaines non géographiques. Jusqu’en 1996, la plupart des sites hors des Etats-Unis relevaient d’un nom de domaine géographique à deux lettres «.xx » (nom de domaine suivi des abréviations du pays). Seuls les Etats-Unis utilisaient une forte proportion de noms de domaines à trois lettres tels que «.com », «.net » ou encore «.gouv ». Depuis, un nombre croissant d’organisations cherchent à dissocier leur image de celle de leur pays d’origine et choisissent un nom de domaine non-géographique qui échappe aux statistiques. M. Elie évalue à 60 % le nombre de nouveaux domaines, ouverts entre janvier 1997 et janvier 1998, ayant un nom de domaine non géographique. En janvier 1998, 47 % des sites recensés par Network Wizards sont dans l’un des domaines «.com », «.net » ou « .org » contre 36 % en janvier 1997.

 

M. Elie propose de désigner par le terme de « site-G », les sites Internet appartenant à un domaine géographique. Pour mieux mettre en évidence la répartition des sites-G dans la population mondiale, M. Elie situe chaque pays sur une échelle de densité de sites-G par habitant :

 

Classe A : moins de 0,1 site-G pour 1000 habitants

Classe B : de 0,1 à moins de 1 site-G pour 1000 habitants

Classe C : de 1 à moins de 10 sites-G pour 1000 habitants

Classe D : plus de 10 sites-G pour 1000 habitants

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La figure 1 montre qu’en 1998, plus de 68 % de la population mondiale habite dans un pays de classe B, soit des pays équipés de moins d’un site-G pour 1000 habitants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La figure 2 montre qu’à la même date, 87 % des sites-G sont situés dans des pays équipés de plus de 10 sites-G pour 1000 habitants. Ce pourcentage s’est accru de 80 à 87 % entre janvier 1986 et janvier 1988, démontrant selon M. Elie que l’écart entre les pays les mieux équipés et les autres croît. En outre, M. Elie défend l’idée selon laquelle ces chiffres sont sans doute inférieurs à la réalité du fait qu’une majorité de sites appartenant à des domaines non géographiques sont situés dans des pays de classe D.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

M. Elie affirme qu’Internet reste concentré dans un nombre limité de pays correspondant à une petite fraction de la population mondiale. La figure 3 représente la répartition de la somme des populations des pays appartenant à chaque classe de sites-G en Europe (hors pays de l’ex-URSS), Asie et Afrique. Plus de 90 % des habitants d’Afrique et d’Asie habitent dans des pays équipés de moins de 0,1 site Internet par habitant. M. Elie souligne qu’il faudrait compléter cette étude au niveau des pays par une étude du déploiement d’Internet au niveau de chaque pays et que l’on constaterait sans doute que dans beaucoup de pays où Internet est moyennement ou peu développé, il se concentrerait principalement autour des grandes agglomérations.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le fonctionnement d’Internet reposant sur l’infrastructure téléphonique, M. Elie pense qu’il est logique de rechercher une relation entre le niveau d’équipement Internet et l’infrastructure téléphonique des différents pays. Les figures 4 et 5 sont quelque peu indissociables. En effet, si la figure 4 montre une forte corrélation entre le nombre de sites-G et le PNB par habitant, le même type de relation semble exister, à la figure 5, entre le nombre de lignes de téléphone par habitant et le PNB par habitant. Il en résulte que le développement du réseau téléphonique est un facteur déterminant dans la croissance d’Internet.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

M. Elie constate néanmoins des différences pour certains pays ou groupes de pays : la figure 5 montre en effet que les pays de l’ex-URSS sont en général mieux équipés en Internet que les autres pays de même PNB/hab. La figure 4 confirme cette tendance pour les pays d’Europe d’ex-URSS mais l’infirme pour les pays d’Asie qui tendent à être plutôt moins bien équipés en Internet que les autres pays de même PNB par habitant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La figure 6 représente le nombre de sites-G en fonction du PNB par habitant dans les pays européens. Elle met en évidence trois groupes de pays :

 

Les pays de l’Europe du Nord où Internet est fortement développé : la Finlande, la Suède, la Norvège, le Danemark, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne. Ces pays ont en commun une pratique habituelle de l’anglais, des relations suivies avec les Etats-Unis et une grande pratique du commerce international.

 

Les pays de l’Europe de l’Ouest dans lesquels Internet apparaît moins développé que ne le laisserait penser leur PNB par habitant : la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la Grèce. Si la France peut apparaître comme un cas particulier du fait du développement important du Minitel, il n’en demeure pas moins que ces pays sont moins tournés que ceux du groupe précédant vers le monde anglo-saxon.

 

Les pays de l’ancien bloc soviétique, où la pénétration d’Internet s’avère plus forte que ne le laisserait supposer leur PNB par habitant : la Slovénie, la République Tchèque, la Hongrie, la Slovaquie et la Pologne.

 

M. Elie affirme que le croisement de la pénétration d’Internet et de l’Indicateur de Développement Humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) semble pertinent bien que le mode de calcul de l’IDH fasse l’objet de nombreuses polémiques. En effet, M. Elie explique qu’en intégrant des éléments liés à la culture et à la santé au secteur de l’économie, l’IDH peut influer sur le niveau de pénétration d’Internet dans un pays.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Parmi les 32 pays équipés de moins de 1 site-G pour 1000 habitants, représentés par la figure 7, aucun n’est en Europe contre 21 en Afrique. Pourtant, M. Elie souligne qu’un certain nombre d’entre eux sont des pays moyennement développés : tel est le cas de l’Irak, du Vietnam, du Gabon, du Salvador, du Turkménistan, de l’Algérie, de la Syrie ou de la Corée du Nord. Ces pays partagent aussi une ou plusieurs caractéristiques suivantes : circulation de l’information restreinte, gouvernement non démocratique, faible ouverture au reste du monde, faible pratique de l’anglais. Inversement, on trouve des pays relativement bien équipés en Internet compte tenu de leur niveau de développement : l’Estonie, l’Afrique du Sud, la Lettonie, la Namibie, le Nicaragua, le Zimbabwe, la Zambie, la Côte d’Ivoire ou le Sénégal. Ils présentent les caractéristiques d’être généralement plus démocratiques mais aussi plus ouverts sur l’extérieur, à la libre circulation de l’information ou encore à la pratique de l’anglais.

 

En conclusion de son analyse, M. Elie défend l’idée selon laquelle « la connaissance et l’intelligence que nous avons d’Internet en tant qu’outil stratégique d’une évolution vers une société globale est encore très embryonnaire. Les données disponibles ne sont pas rassemblées et exploitées de façon systématique en dehors de créneaux d’application tel que le commerce électronique où, au contraire, prolifèrent des sondages et études dont la transparence et la rigueur scientifique sont parfois contestables. Contrairement à d’autres infrastructures telles que les transports, les télécommunications ou les médias, peu de statistiques et d’analyses de ces données sont accessibles au public. Bien souvent celles qui existent sont utilisées hors contexte. La maîtrise et la disposition de l’outil sont concentrés entre les mains de quelques pays et probablement aussi d’une minorité de personnes au sein de ces pays. Une « tension technologique » est également maintenue par un renouvellement très rapide des technologies mises en œuvre par Internet qui favorise l’obsolescence rapide des équipements. Néanmoins, le déploiement d’Internet profite de la baisse des coûts du matériel et de celui, moindre, des télécommunications. Le risque d’une fracture informationnelle entre « info-riches » et « info-pauvres » est bien exprimé par la réaction de certains pays en développement : une coalition de pays en développement, conduite par l’Egypte, l’Inde et le Pakistan, contestent la proposition de l’Organisation Internationale du Commerce d’établir une zone de libre échange pour le commerce sur Internet. Ils affirment qu’un tel projet renforcerait la domination des pays d’Amérique du Nord et d’Europe sur le commerce « en ligne ». Ils proposent de renoncer à tout projet tant que le problème de la domination de l’Ouest sur Internet n’est pas résolu ».